Pour pouvoir exploiter un jour les caractéristiques d’une variété végétale particulière, il faut qu’elle existe encore. C’est pour cela que nous avons créé des banques de gènes, qui conservent les variétés sous forme de semences ou de plantes vivantes. Si une espèce venait à disparaître dans la nature, elle pourrait alors être recréée.

banques de gènes

La FAO recense plus de 1 400 banques de gènes dans plus d’une centaine de pays.

La FAO recense plus de 1 400 banques de gènes dans plus d’une centaine de pays. Environ 6,5 millions de spécimens de semences, dont 1 à 2 millions sont « uniques », sont actuellement conservés dans de telles collections. Plusieurs centaines de milliers d’échantillons sont distribués chaque année aux sélectionneurs et aux chercheurs. Il y a mieux. Une Arche de Noé végétale a ouvert ses portes en 2008 en Norvège. Celle-ci permet le stockage de 3 millions d’échantillons de graines provenant du monde entier. Comme chaque échantillon est composé d’environ 500 graines, la réserve peut contenir environ 1,5 milliards de semences. Son rôle est d’être l’ultime sauvegarde de sécurité. Si des semences disparaissaient d’une banque, quelle qu’en soit la raison, l’Arche pourrait lui renvoyer. En plus, cette réserve de semences pourra conserver toutes les nouvelles semences susceptibles d’être collectées ou produites dans le futur.

Conservation « in situ » versus « hors-sol »

Ces banques renvoient dos à dos deux visions de conservation radicalement opposées : les défenseurs de la biodiversité in situ et ceux qui prônent la conservation hors-sol. Dans la liste des fondations et sociétés impliquées dans le financement de ce coffre-fort, on retrouve des géants des biotechnologies et des semenciers. Ceux-ci sont régulièrement accusés d’appauvrir la biodiversité mondiale en commercialisant des semences OGM brevetées et de vouloir détenir le monopole sur les semences.

Dans le pire des scénarios, après avoir éliminé toute la biodiversité sur le terrain, ces sociétés pourront  aller piocher dans leur réserve personnelle et créer de nouveaux OGM. Ils isoleront ainsi, par exemple, le gène résistant à une nouvelle maladie trouvé dans les variétés anciennes. Ces dernières auront disparu de la surface de la terre, mais resteront congelées dans le permafrost norvégien. M. François Belzile, professeur au Département de phytologie de l’Université Laval au Québec estime que ce type d’ouvrage ne garantit pas la préservation des écosystèmes. « On ne pourra pas créer de banque des écosystèmes et des savoirs locaux », précise-t-il.

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Quelle est la situation actuelle ?

M. David Ainsworth, du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) rappelle que « 60 % des écosystèmes sont aujourd’hui menacés ». « Le rythme d’extinction actuel des espèces serait 1000 fois plus rapide que le rythme d’extinction naturel » ajoute-t-il.

Une réchauffement climatique de 2°C d’ici 2050 constitue déjà une« sentence pour 20 % des espèces ». Les scientifiques estiment que chaque hausse de 1°C de la température moyenne de la Terre serait accompagnée d’une perte supplémentaire de 10 % des espèces.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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