Les conversions en agriculture biologique stagnent : depuis le début de l’année, certaines régions n’en dénombrent aucune ! Mais les Chambres d’agriculture n’abandonnent pas leur combat pour augmenter les conversions et accompagner les agriculteurs sur le terrain. Tour d’horizon des actions menées.

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L’accompagnement technique en conversion biologique est très importante pour s’accaparer les nouveaux outils. Ici, une roto-étrille sur céréale © Haute-Loire Biologique

L’agriculture biologique est entrée dans une phase délicate depuis l’année dernière. Depuis le début de l’année 2013, la tendance est confirmée et on observe un « ralentissement assez fort » des conversions, révèle Etienne Gageront, nouveau président de l’Agence bio et administrateur à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) en charge des questions liées au bio. « Plusieurs régions n’ont reçu aucun dossier de conversion depuis le début de l’année », précise-t-il.

Le ralentissement des conversions s’explique de multiples façons. Malgré des rendements plus faibles, les agriculteurs étaient attirées par des prix de vente plus élevés en bio. Actuellement, le tassement du différentiel de prix entre produits bio et conventionnels change la donne. « Le différentiel avec la bio est pour certains secteurs presque nuls », avance Etienne Gageront. Ajoutez à cela une période de conversion particulièrement dure pour les agriculteurs et cela suffit à démotiver la majorité des candidats. Durant 3 ans, ils doivent en effet respecter les contraintes de la production bio, mais continuer à vendre leur production en conventionnel !

S’ajoutent à ces problématiques les difficultés d’accès au foncier, la concurrence des importations plébiscitées par la grande distribution (car moins chères !) et la faible mobilisation de la restauration collective. Si le dossier de la restauration collective demeure majeur et capital pour le développement du bio, seulement 2 % de produits bio seraient actuellement proposés au lieu des 20 % fixés par le Grenelle de l’environnement.

Les consommateurs ont un rôle important à jouer pour redémarrer les conversions. « Si les consommateurs continuent à manifester leur intérêt, en démarches individuelles, mais aussi en restauration collective, on pourra avancer », estime Etienne Gageront. Le programme « Ambition Bio 2017 », visant à redynamiser les conversions, sera présenté d’ici juin 2013 par le Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll.

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Le secteur bio est-il mature ?

« L’agriculture biologique en France est en train de finir sa phase adolescente », estime Etienne Gageront. Pour arriver à maturité, elle doit structurer ses filières. Mis à part le vin, la particularité française est de développer la bio avant tout pour les consommateurs français. La France n’entre pas dans une logique d’export, contrairement à l’Espagne ou à l’Italie. Ainsi, si l’on observe des stagnations, il n’y a pas de « retour en arrière » comme cela peut être le cas dans ces pays suivant les années. « Cela montre bien la volonté et l’implication que tous les acteurs ont dans le développement de la bio dans la durée », analyse Etienne Gageront. Il est important de répondre à la demande des consommateurs français et ne pas les laisser sur des démarches d’importation.

Pour faciliter le développement et la structuration des filières, la mixité doit pouvoir se développer, estime le Président de l’Agence bio. « Ce changement doit s’appuyer sur une recherche agronomique performante, un accompagnement durable des agriculteurs dans leur conversion et les pratiques agricoles quotidiennes et l’amélioration de la structuration des filières », résume Guy Vasseur, Président des Chambres d’agriculture. « L’enjeu de la compétitivité de nos productions sur les territoires face aux autres filières bio européennes et internationales reste crucial », rappelle-t-il également. Pour pouvoir se développer, les exploitations doivent effectivement être compétitives et rentables !

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Des experts sur le terrain pour aider à la conversion

Les Chambres d’agriculture ont pour but de promouvoir les métiers de l’agriculture, d’accompagner et de relier les projets des agriculteurs, des filières et des territoires et de développer des systèmes de production innovants. Le groupe est constitué de Chambres départementales qui s’impliquent dans les actions de proximité, de Chambres régionales qui pilotent les programmes, appuient les filières et les Chambres départementales et de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA) qui anime les réseaux et s’implique dans les politiques agricoles nationales, européennes et internationales.

Les Chambres d’agriculture sont engagées pour développer l’agriculture biologique et les techniques alternatives. Pour cela, elles accompagnement des agriculteurs en conversion, aident aux améliorations techniques et aident à la sécurisation de leurs revenus. Ces dernières années, les Chambres d’agriculture interviennent à plus de 60 % durant les phases de conversion. « Dans la région Midi-Pyrénées, les conseillers des Chambres réalisent 80 % des dossiers de conversion », précise Christophe Cardet, conseiller en maraîchage bio à la Chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. « Dans les moments très difficiles et très complexes et notamment la phase de conversion, les agriculteurs biologiques se retournent vers le réseau », note-t-il.

Sur l’ensemble du réseau des Chambres d’agriculture, 250 experts bio (sur les 6 000 conseillers que comptent les Chambres d’agriculture) agissent auprès des agriculteurs pour les accompagner techniquement et économiquement dans la conversion. Ces conseillers sont immergés dans les Chambres d’agriculture, intégrés dans l’ensemble du dispositif des techniciens. Cela permet de favoriser les interactions entre techniques en bio et en conventionnel.

Ayant très peu avancé en recherche depuis une dizaine d’années, les Chambres d’agriculture insistent sur les aspects de recherche « pour améliorer la performance technique sans remettre en cause ses spécificités », insiste Etienne Gageront. « Nous demandons expressément à l’INRA d’investir encore plus dans la recherche en bio et de proposer véritablement des schémas alternatifs aux agriculteurs qui s’engagent dans la bio », ajoute-t-il.

Les responsables des Chambres d’agriculture ont pour souci de ne pas opposer l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle, mais au contraire d’avancer dans une démarche constructive. Selon eux, les échanges possibles au niveau agronomique et technique sont importants.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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