Le nouveau numéro de Cash Investigation diffusé le 2 février sur France 2 s’intéresse à l’impact des pesticides sur l’environnement, la santé des riverains, notamment des enfants, des zones d’épandage. Enquête sur Syngenta, Bayer, Monsanto, BASF, Dow et Dupont, les 6 plus grandes multanationales de produits chimiques.

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Le nouveau numéro de Cash Investigation s’intéresse aux effets dévastateurs des pesticides sur les citoyens, notamment les enfants. //PHOTO Ljubo Stefanov sur Flickr

Enquêter sur l’impact des pesticides n’est pas toujours chose aisée. Les journalistes trouvent porte close ; au coin d’une rue, d’un colloque ou d’un dîner, l’industrie chimique affirme que ses produits sont sûrs et que les pratiques évoluent. Mais la réalité est toute autre. Les intérêts économiques priment encore trop souvent sur la santé des citoyens.

Les journalistes de Cash Investigation ont eu accès aux données confidentielles de vente des pesticides de 2008 à 2013, région par région, molécule par molécule, provenant du ministère de l’Écologie. En compilant ces données, ils ont réalisé une carte des ventes nationales des pesticides les plus dangereux présentant un risque probable ou avéré pour la santé humaine. Certains sont cancérigènes ou neurotoxiques, d’autres sont des perturbateurs endocriniens. Peu de surprises : les départements agricoles les plus polluées sont la Gironde, la Marne et la Loire-Atlantique, avec des ventes de pesticides dangereux 3,5 supérieures à la moyenne de l’ensemble des départements français.

Près de 65 000 tonnes de pesticides purs sont vendus chaque année. Il n’est donc pas surprenant que d’après l’Efsa, l’agence sanitaire européenne, 97% des denrées alimentaires contiennent des résidus de pesticides. Malgré l’objectif du Plan Ecophyto 2 de réduire l’utilisation des pesticides de 50% en 2025, l’industrie répond clairement que cet objectif ne sera pas atteint. La contamination devrait donc continuer encore quelque temps.

Des écoles menacées, des enfants pollués

En Gironde, plus de 2 700 tonnes sont vendues chaque année. 132 établissements scolaires sont situées dans des zones d’épandage de pesticides, souvent encerclées par des vignes. L’équipe de Cash Investigation a prélevé des mèches de cheveux sur 20 enfants de 4 écoles primaires classées sensibles. L’analyse a révélé la présence moyenne de 44 pesticides différents dont 24 pesticides classés dangereux. Un vrai cocktail !

Depuis 1980, les cancers infantiles augmentent chaque année de 1 % en France, en faisant la deuxième cause de mortalité chez l’enfant. On dénombre ainsi environ 2 500 cas supplémentaires chaque année.

Lire aussi : Des cheveux remplis de perturbateurs endocriniens

Folpel, atrazine, Chlorpyrifos… 3 pesticides dévastateurs

Ce numéro de Cash Investigation s’intéresse à 3 pesticides inconnus du grand public : le folpel de Bayer, l’atrazine de Syngenta et le Chlorpyrifos de Dow Chemical. Trois pesticides aux effets dévastateurs. Pour les scientifiques du monde entier, ces 3 pesticides jouent sans aucun doute un rôle majeur dans le développement des maladies infantiles.

Le folpel est la molécule que l’on mesure le plus souvent dans l’air en France. On le retrouve dans l’air de presque toutes les régions françaises, notamment près d’un certain nombre d’écoles. Il ne s’agit que de quelques nanogrammes par mètres cubes d’air, qualifié de non toxique par l’industrie. Mais les scientifiques ne sont pas de cet avis… Encore moins les riverains des champs où les maladies ravagent la vie de leurs enfants.

Si l’atrazine est interdit depuis 15 ans, cet herbicide se retrouve encore dans l’eau du robinet. Interrogé par Cash Investigation sur les études prouvant la toxicité de l’atrazine, le directeur général de Syngenta balaye ces accusations en les qualifiant de « science poubelle ».

Enfin, le Chlorpyrifos de Dow est en ligne de mire pour expliquer l’expansion de l’autisme dans le monde. Aux Etats-Unis, la progression de l’autisme est fulgurante. 1 enfant sur 68 est touché par un trouble du spectre autistique. En France, l’enquête dévoile l’absence de chiffres et de suivis précis. Mais selon les chiffres de la sécurité sociale, le nombre de patients touchant une allocation autisme est passé de 36 750 en 2011 à 48 880 en 2013, soit +33 %.

Lire aussiMais en fait, c’est quoi un pesticide chimique de synthèse ?

Hawaï, terrain de jeu de l’agrochimie

A Hawaï, les champs expérimentaux d’OGM à ciel ouvert empoisonnent les habitants et notamment les enfants. Les entreprises y font un usage massif de pesticides, y entraînant dix fois plus d’anomalies congénitales que la moyenne aux Etats-Unis.

Les habitants ont voulu faire passer une loi pour les protéger de l’exposition en créant notamment des zones tampon. L’industrie a dépensé près de 8 millions de dollars en campagne de communication pour faire pencherle vote en sa faveur. Un échec. La loi a été votée par le comté. Les firmes chimiques ont donc attaqué cette loi devant les tribunaux. La justice leur a donné raison et a annulé la loi. Pour l’avocate de Dow et Monsanto, « c’est aux Etats ou aux Gouvernements de réglementer les pesticides », pas aux comtés. « La question simple : est-ce que les citoyens ont le droit de réglementer notre secteur ? Nous pensons que non », affirme-t-elle.

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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