Depuis plusieurs années, un phénomène d’affaiblissement et de mortalité des colonies d’abeilles est constaté dans de nombreux pays. La communauté scientifique a identifié divers facteurs pouvant agir sur la santé des abeilles, seuls ou en association: maladies infectieuses et parasitaires, stress lié aux changements des ressources alimentaires, pesticides, médicaments, conditions climatiques… Mais de nombreuses zones d’ombres persistent !

disparition des abeilles

La disparion des abeilles est un fléau mondial

Dans le cadre de ses Rencontres scientifiques, l’Anses a organisé, le 21 novembre, une journée pour faire le point sur la santé des abeilles. Les travaux exposés au cours de cette journée scientifique ont permis de mettre en évidence l’origine multifactorielle de la mortalité des colonies.

Contrairement à d’autres pays d’Europe, la mortalité hivernale des abeilles en France a diminué ces cinq dernières années. En revanche, aucun dispositif n’a été mis en place pour quantifier l’ampleur des épisodes d’affaiblissement et de surmortalité en cours de saison. Les taux de mortalités restent considérables : les mortalités hivernales moyennes sont supérieures à 20 % et il est fréquent que les taux de pertes annuelles dépassent les 30% dans les colonies.

Du stress en veux-tu en voilà

Le parasitisme à Varroa destructor est une cause majeure de l’affaiblissement des colonies, et en particulier de leur mortalité hivernale, mais ce n’est pas la seule. Les facteurs de stress et de mortalité sont nombreux : manque de diversité de l’alimentation, notamment dans les zones de grandes cultures, action des prédateurs comme le frelon asiatique, agressions par les bactéries, virus, acariens, champignons et le stress chimique provoqué par les pesticides et les médicaments. « On ne peut pas dire que l’acarien Varroa explique tout, ni les pesticides… Nos colonies sont aussi victimes d’autres éléments et d’éventuelles interactions entre ces facteurs. La surmortalité est multifactorielle », précise Yves Le Conte, président du groupe de travail sur la mortalité des abeilles mis en place par l’Anses.

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« Les connaissances issues des expérimentations nous amènent à imaginer le paysage idéal pour la conservation des abeilles et pour l’apiculture qui devrait présenter à la fois des cultures offrant une importante masse florale appréciée des abeilles domestiques et des apiculteurs (colza, tournesol, luzerne), mais également des surfaces où la flore est plus variée, préservée dans la durée, offrant ainsi des apports alimentaires plus réguliers dans le temps (haies, bois, bosquets, bandes enherbées, lisières, bords de champs et de routes) » affirme Axel Decourtye, chef de projets à l’Association de coordination technique agricole.  Le plan agro-écologique de Stéphane Le Foll et son plan pour une apiculture durable vont donc dans le bon sens et permettent de financer la recherche dans ce domaine.

Développer de nouveaux médicaments vétérinaires

L’abeille appartient aux espèces dites « mineures » pour lesquelles le marché du médicament est réduit et très peu de médicaments sont disponibles. Tous les médicaments autorisés en France sont destinés au traitement de la varroase. « La disponibilité en médicament efficaces contre varroa est ainsi un enjeu majeur en matière thérapeutique », affirme Anne Touratier, vétérinaire aux Groupements de défense sanitaire.. Pour y parvenir, il convient de favoriser le « retour sur investissement pour les laboratoires pharmaceutiques pour des marché limités », précise-t-elle. Bref, il faut que cela soit rentable pour les laboratoires.

Il va donc falloir autoriser d’autres médicaments pour traiter les autres pathologies. Pour faciliter cela, les experts proposent d’inciter les laboratoires à déposer des demandes d’autorisations de mises sur le marché (AMM). « Ces incitations se traduisent par des réductions des frais de dépôt des dossiers, un allègement des données à fournir dans le dossier d’AMM ou encore par l’extrapolation possible des LMR d’espèces majeures vers les espèces mineures » prévient Eric Fresnay, du département de pharmacovigilance de l’Agence nationale du médicament vétérinaire. Il faudrait également favoriser l’enregistrement en France de produits autorisés dans d’autres pays européens et réviser la réglementation européenne pour stimuler l’innovation auprès des laboratoires notamment en renforçant davantage la protection des données.

De nouvelles études en 2014

Outre les données déjà publiées, la grande enquête de surveillance européenne (EPILOBEE), diligentée par le laboratoire de référence de l’Union européenne de l’Anses sur la santé des abeilles basé à Sophia Antipolis, va permettre de livrer aux experts des données de mortalité comparables à l’échelle de l’ensemble des états membres. Cette harmonisation européenne de la surveillance est une donnée essentielle pour l’Union européenne afin de coordonner les stratégies de recherche et de lutte contre l’affaiblissement des colonies.

Les résultats de ces recherches alimentent le groupe d’experts que l’Anses a constitué afin de dresser un état des connaissances sur les « co-expositions des abeilles aux facteurs de stress ». Il rendra ses conclusions d’ici la fin de l’année 2014.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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