Le plan Ecophyto ne parvient définitivement pas à faire diminuer les doses de pesticides épandues dans les champs. La hausse du nombre de doses épandues à l’hectare est spectaculaire entre 2013 et 2014 : + 9,4 %, après une hausse de 9,2 % entre 2012 et 2013.

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Le plan Ecophyto ne parvient pas à enrayer la hausse d’utilisation des pesticides //PHOTO Libre CC BY-SA 3.0

Le Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt vient de publier les chiffres du plan Ecophyto pour l’année 2014 et ils ne sont pas bons ! Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la France s’était fixée comme objectif de diviser par deux sa consommation de pesticides d’ici 2018 ; l’échec est cuisant. Loin de diminuer, le nombre de doses-unités épandues à l’hectare (NODU), l’indicateur d’utilisation des pesticides du plan Ecophyto, ne cesse d’augmenter depuis 2009. La hausse est de 5,8 % en moyenne triennale entre la période 2011-2013 et 2012-2014 pour les usages agricoles. La hausse est spectaculaire entre 2013 et 2014 : + 9,4 %, après une hausse de 9,2 % entre 2012 et 2013. En volume de substances actives vendues, c’est pire : + 16 % entre 2013 et 2014.

Concernant les molécules suspectées d’être cancérigènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction humaine, les résultats sont tout aussi accablants. Ils accusent une hausse de 12,9 % du NODU et de 22,6 % des tonnages substances actives vendues. Les traitements de semences ont quant à eux bondi de 31,4%.

Du côté des jardiniers amateurs et gestionnaires d’espaces verts, le NODU a diminué de 2,2 % en moyenne triennale entre 2011-2013 et 2012-2014. Mais l’indicateur est reparti à la hausse entre 2013 et 2014 : + 10,1 %. La loi « Labbé » prévoit pourtant l’interdiction des pesticides pour les zones non agricoles en 2017 pour les collectivités et en 2019 pour les jardiniers amateurs.

Le ministère accuse les mauvaises conditions climatiques de 2014 qui ont engendré une pression élevée des maladies causées par les champignons et donc un recours accru aux herbicides et fongicides. Par ailleurs, dans un contexte de concurrence mondial et de crise agricole, les pesticides représentent une « assurance-récolte » pour les agriculteurs qui ne veulent prendre aucun risque.

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Mettre Ecophyto 2 au plus vite sur les rails

La mise en application du plan Ecophyto 2 est donc plus que jamais capitale. Présenté en octobre 2015 par le gouvernement, ce nouveau plan reporte la réduction de 50 % de la consommation de pesticides de 2018 à 2025. Un palier intermédiaire, en 2020, prévoit une baisse de 25 %.

Force de propositions concrètes, France Nature Environnement (FNE) réagit avec entrain. « Nous demandons l’interdiction immédiate des néonicotinoïdes, ces insecticides dangereux pour les pollinisateurs actuellement en débat dans la loi sur la biodiversité, du glyphosate, dont la réautorisation est en débat au niveau européen, et des insecticides utilisés dans le traitement post-récolte des cultures, à l’origine de la majorité des contaminations de produits alimentaires, fait savoir Claudine Joly, en charge des pesticides à FNE. En particulier, les insecticides à base de chlorpyriphos-méthyl, dont le lien avec des leucémies et des problèmes de neuro-développement chez l’enfant est avéré, doivent être interdits. » Par ailleurs, « nous demandons au Ministre de l’agriculture de mettre immédiatement en œuvre le plan Ecophyto 2 en passant outre les résistances d’une partie des responsables agricoles et des distributeurs, ajoute Jean-Claude Bévillard, chargé des questions agricoles à FNE. Nous demandons également que le nombre de traitements soit affiché sur les produits alimentaires. »

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Des fermes Dephy et des certificats d’économie de produits phytosanitaires

Les résultats sont moins sombres dans le réseau des 1 900 fermes Dephy, réseau de Démonstration, d’Expérimentation et de Production de références du plan Ecophyto. « Entre 2012 et 2014, le nombre de traitements moyen a diminué de 10 % en grandes cultures et polyculture-élevage, de 12 % en arboriculture et en viticulture, de 15 % en cultures légumières, de 38 % en horticulture et de 22 % en canne à sucre », se félicite le Ministère de l’agriculture. Si ces résultats sont effectivement encourageants, ils demeurent néanmoins loin de l’objectif initial d’une baisse de 50 % à l’horizon 2018.

Selon le ministère, les fermes « modèles » Dephy accompagnent chacune dans leur transition une dizaine de fermes grâce à des ingénieurs agronomes cofinancés par les conseils régionaux ou les agences de l’eau. Le nouveau plan prévoit donc de recruter 1 000 fermes pionnières supplémentaires pour accélérer le mouvement.
Les fermes Dephy ont leur importance, mais il faut élargir la dynamique au-delà de ce cercle réduit. Selon le recensement agricole de 2010, la France compte 326 000 exploitations professionnelles. La route reste donc longue… Pour s’y attaquer, la grande nouveauté du plan Ecophyto 2 est la mise en place d’un système de certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), inspiré par le modèle des Certificats d’économies d’énergie. Les distributeurs de pesticides et les grandes coopératives devront engager des services et conseils pour réduire les produits phytosanitaires chez leurs clients de 20 % d’ici 2020. Ce système doit entrer en vigueur au mois de juillet 2016. Une large concertation portant sur les indicateurs des CEPP, le dispositif de pénalités et les modalités d’incitation se tiendra courant mars avec les professionnels, pour des propositions au Ministre pour la fin mars 2016.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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