Pour la première fois depuis le lancement du Plan Ecophyto en 2008, l’indicateur d’utilisation des pesticides enregistre une baisse de près de 6 %. Si les résultats sont encourageants, la dynamique doit être renforcée.

pesticides ecophyto

Préparation de l’herbicide Lasso, vendu par Monsanto et interdit en France en 2007 à cause de sa toxicité.

A l’issue du Comité National d’Orientation et de Suivi (CNOS) du plan Ecophyto, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, a fait un point d’étape sur le plan Ecophyto.

Ainsi, entre 2011 et 2012, le nombre de doses-unités épandues à l’hectare (NODU), l’indicateur d’utilisation des pesticides, enregistre une diminution de 5,7 %. C’est la première fois que cet indicateur baisse depuis sa mise en place en 2009 : en 2011, il avait encore progressé de 2,5 %.

Des résultats mitigés

Les résultats sont particulièrement encourageants pour les insecticides et les herbicides qui enregistrent des réductions jusqu’à moins 11 %. En revanche, le recours aux fongicides a augmenté de 6 %. Il est aussi à noter que le recours aux pesticides dans les zones non agricoles stagne : entre 2009 et 2012, le NODU n’a enregistré qu’une baisse de 0,1 %.

L’usage des pesticides les plus dangereux (Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques (CMR) 1A et B) a baissé de 63 % entre 2008 et 2012, principalement grâce aux interdictions de produits prévus dans le cadre réglementaire européen. Les produits CMR2 ont quant à eux de 37 % entre 2008 et 2012. « En revanche, les substances dangereuses pour l’environnement restent stables depuis 2008 » relève l’association Générations Futures.

Stéphane Le Foll se félicite de ces progrès.  « Les conditions du changement sont là et nous avons des solutions concrètes pour tendre vers des modèles plus durables. Il y a un an je détaillais le projet agro-écologique pour la France et mon ambition de développer une agriculture faisant de l’environnement un levier de croissance et de progrès, je suis heureux de constater que les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à rejoindre cette nouvelle voie», souligne-t-il. Cette tendance doit désormais se confirmer et se consolider en intensifiant la recherche d’alternatives efficaces et adaptées et en renforçant encore l’accompagnement de tous les acteurs du monde agricole dans l’évolution de leurs pratiques.

De son côté, France Nature Environnement (FNE) considère dans un communiqué que « la réduction de 5,7 % constatée entre 2011 et 2012 est trop modeste pour être considérée comme un progrès significatif » car « ce sont, chaque année, environ 80 millions de doses de pesticides qui sont épandues sur nos champs, puis dispersées dans le sol, dans l’eau, dans l’air ».

Vers une baisse de 50 % de l’usage des pesticides ?

Lors de son lancement en 2008 et suite au Grenelle de l’Environnement, l’objectif du plan était de réduire de moitié l’usage des pesticides d’ici 2018. Mais Stéphane Le Foll n’aime pas trop les engagements chiffrés et préfère « créer la dynamique sur le terrain », plutôt que de se focaliser sur cet objectif qui ne sera vraisemblablement pas atteint. A l’instar de son plan Ambition Bio 2017, où il parle de « processus global de développement de l’agriculture biologique » plutôt que de « surface agricole utile à convertir en bio », le ministre préfère ici encourager les nouvelles pratiques agro-écologiques plutôt que de se focaliser un objectif difficile à atteindre.

L’idée est donc de diffuser l’expérience des pionniers de l’agroécologie pour former les agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles et diminuer l’utilisation des pesticides en France. Ainsi, le réseau des 1 900 fermes agricoles « Dephy » est dédié à la démonstration et à l’expérimentation de nouvelles méthodes agricoles plus économes en produits phytosanitaires et à la production de références sur les systèmes économes en produits phytosanitaires. Ce réseau a identifié 90 systèmes de culture économes et performants qui sont destinés à être largement diffusés aux autres agriculteurs dans chaque région.

Par ailleurs, les alternatives aux pesticides, qu’il s’agisse de lutte intégrée, de bio-contrôle, d’enherbement, de désherbage mécanique ou encore de filets anti-insectes, sont de plus en plus utilisées par les agriculteurs.

NB : La baisse des pesticides était tronquée. Le bilan de 2016 indique une hausse continue des pesticides. Lire Ecophyto: toujours plus de pesticides !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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