Henri Guaino profite du Salon de l’Agriculture pour accuser le système économique français d’être nocif pour les agriculteurs. Alors, l’économie, responsable de la crise agricole?

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Henri Guaino profite du salon de l’agriculture pour parler de la crise agricole. PHOTO//Chaymaa Deb/Natura-sciences.com

Au milieu du Salon de l’Agriculture, le député LR des Yvelines Henri Guaino est venu rencontrer les agriculteurs le 28 février. Selon une enquête Cevipof pour Le Monde, ils seraient 35% à vouloir voter pour Marine Le Pen à la présidentielle. Et 52 % des agriculteurs indiquent vouloir s’abstenir. C’est un signal fort pour Les Républicains, qui risquent ainsi de perdre un électorat qui leur est historiquement acquis. Pour l’ancien proche de Nicolas Sarkozy, le message est clair.

Alors qu’il peine grandement à réunir ses 500 signatures, Henri Guaino charge. Pour lui, si le monde agricole veut voter pour le Front National, c’est par pur esprit de contestation. Il pense que la popularité de Marine Le Pen s’explique par le fait que les agriculteurs se sentent acculés. « C’est ce qui arrive quand on se moque du monde depuis trop longtemps » assène-t-il. Mais il ne faut pas y voir pour autant un soutien au Front National. En effet, Henri Guaino avait balayé l’appel du pied lancé par la candidate frontiste en février.

Zéro pointé en économie

Pour expliquer la crise agricole, le coupable est tout trouvé. Selon le député des Yvelines, c’est la conséquence d’une mauvaise politique économique. « En réalité, la crise va au-delà du monde agricole, dit-il, et il faudrait changer tout notre système économique ». Plus encore, c’est tout un système, établi depuis des décennies, que Henri Guaino semble rejeter aujourd’hui. Ce dernier oublie-t-il peut-être trop vite qu’il est parti prenante du système qu’il dénonce aujourd’hui ? La droite a largement gouverné la cinquième République, c’est pourquoi sa colère est surprenante.

Pour autant, Henri Guaino ne propose aucune idée précise pour changer les choses. Les agriculteurs sont en colère ? Oui. Les Français n’en peuvent plus ? D’accord. Le système économique est déplorable ? Probablement. Alors, que fait-on ? On ne sait pas. Celui qui dit que Fillon n’est pas crédible à cause du Penelopegate le serait-il plus ? Henri Guaino serait prêt à être le plan B en cas de défaillance de François Fillon, mais rien n’indique qu’il plaira plus aux agriculteurs.

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« Il n’y a plus de PAC », selon Henri Guaino

La solution serait peut-être d’aller voir du côté de l’Union européenne ? Certainement pas. Henri Guaino prône pour une politique de la « chaise vide ». Première visée, la politique agricole commune (PAC). « Il n’y a plus de PAC, les agriculteurs français ne sont que très peu aidés par l’Union européenne » estime le député des Yvelines. Rappelons que la France est la première bénéficiaire de cette aide, et reçoit chaque année environ 9 milliards d’euros. Cette somme viendra à manquer si la France décide de bouder Bruxelles.

Ainsi, dire que la PAC n’existe plus est faux. Cependant, Bruxelles reconnaît qu’elle doit être réformée. C’est l’aveu fait par Phil Hogan, le commissaire européen à l’Agriculture. Il affirme que « la PAC doit être remise sur le métier » afin qu’elle soit distribuée plus équitablement. Cette simplification de la PAC souhaitée par l’UE pourrait être un indicateur précis pour les agriculteurs. De quoi faire réfléchir les eurosceptiques qui critiquent l’ordre établi sans proposer ni alternative, ni perspective tangible.

Auteur : Chaymaa DEB, journaliste du webzine Natura-sciences


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