Suite à la diffusion du documentaire Le business du commerce équitable sur Arte, Max Havelaar  régit. L’association a souhaité répondre point par point aux critiques du documentaire. Pour vous faire votre propre idée, nous avons choisi de publier la réponse complète de Marc Blanchard, Directeur Général de l’Association Max Havelaar France !

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Max Havelaar réagit aux critiques portées par le documentaire « Le business du commerce équitable » de Donatien Lemaître

Nous constatons que les questions traitées par le journaliste ne sont pas nouvelles pour nous et nous y travaillons comme vous pouvez le lire dans le document « Changer d’échelle en toute intégrité ». Les points critiqués, comme l’organisation des petits producteurs et des plantations dans les pays en voie de développement, soulèvent des problématiques à causes et à dimensions multiples qui ne sont pas uniquement dépendantes du système Fairtrade / Max Havelaar.

Néanmoins, nous prenons nos responsabilités. Concernant la situation des travailleurs en service pendant la période de récolte, il s’agit d’un point clé dans l’amélioration actuelle de nos standards.

Par contre, nous constatons, avec regret, que le reportage ne s’attarde pas sur les points positifs et les impacts pour les producteurs et les travailleurs que l’on aperçoit dans le reportage. Celui-ci ne nous montre pas non plus le contexte et la différence entre le commerce équitable et le commerce conventionnel, non-Fairtrade. Or cette comparaison est essentielle pour expliquer au grand public l’impact réel du commerce équitable. Comme nous l’affirmons depuis toujours, notre approche est ambitieuse et en progrès continu. Nous nous améliorons en permanence et, globalement, nous arrivons (en nous basant sur des études indépendantes) à d’autres conclusions que celles du reportage.

Afin d’éclaircir les points principaux du reportage, Fairtrade International travaille sur une analyse claire et réelle de notre action, que nous communiquerons au public français et allemand. D’ores et déjà nous tenons à vous apporter un complément d’informations sur les sujets suivants :

Les grandes surfaces et les marges

La décision de travailler avec des grandes surfaces a été mûrement réfléchie et date des années 1990. C’est seulement ainsi que nous pouvons réellement peser sur le marché international et améliorer les conditions de vie d’un nombre toujours plus significatif de producteurs et de travailleurs. C’est comme cela que la consommation de produits issus du commerce équitable a progressé en France et partout en Europe.

Cependant, Fairtrade / Max Havelaar ne peut pas réglementer juridiquement le prix final pour les consommateurs.

Par expérience, nous avons vu de nombreuses entreprises absorber les coûts de la certification Fairtrade sans en répercuter le prix pour leurs consommateurs. Ce sont des exemples bien connus comme Ben & Jerry’s, Coop (Suisse) et les supermarchés Sainsbury (Grande Bretagne) parmi d’autres.

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Transparence et Fairtrade / Max Havelaar

Les images montrées dans le reportage contrastent fortement avec notre priorité de transparence et d’ouverture aux avis et aux critiques extérieures. Pendant plus d’un an, pendant que le reportage se préparait, Fairtrade International, FLO-Cert et Max Havelaar France, notamment, ont été en contact régulier avec le journaliste. Nous avons toujours répondu à toutes ses questions par écrit, souvent de façon très détaillée, ce qui lui a d’ailleurs permis de bien comprendre le fonctionnement du système. Fairtrade International a choisi de ne pas donner d’interview filmée par manque d’informations concrètes sur le contenu et l’objectif du reportage de la part du journaliste.

Le cahier des charges pour les organisations de petits producteurs

Le cahier des charges pour les organisations de petits producteurs a des critères centraux (critères rédhibitoires) en termes de travail des enfants, de travail forcé, de la liberté d’association, de la discrimination et de l’utilisation des pesticides. Ces exigences s’appliquent à tous les producteurs et travailleurs, qu’ils soient permanents ou temporaires, migrants ou locaux.

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Est-ce que Fairtrade / Max Havelaar privilégie des plantations au lieu des petits producteurs ?

Pour beaucoup de produits, Fairtrade / Max Havelaar travaille uniquement avec des petits producteurs. La culture des bananes est particulière sur deux points notamment : c’est une culture permanente tout au long de l’année, ce qui nécessite une main-d’oeuvre importante et autre caractéristique, 90% de l’exportation mondiale de bananes proviennent de fermes de plus de 10 ha.

Douze ans après la certification de la première plantation de bananes dans le système Fairtrade / Max Havelaar, les petits producteurs restent largement les principaux bénéficiaires du commerce équitable labellisé Fairtrade / Max Havelaar. Deux bananes sur trois labellisées Fairtrade / Max Havelaar vendues dans le monde proviennent d’une organisation de petits producteurs.

Fairtrade et les droits de l’Homme

Fairtrade / Max Havelaar travaille dans les régions où les risques de violations des droits de l’Homme sont connus. Fairtrade / Max Havelaar respecte les législations nationales et internationales, y compris les droits de l’Homme sur les questions de harcèlement et d’abus sexuels, du trafic des êtres humains, des pires formes de travail des enfants, du travail forcé et de toute discrimination. Les normes Fairtrade / Max Havelaar comprennent des critères centraux strictes sur ces questions et sur d’autres conventions fondamentales de l’OIT. La conformité avec les normes du commerce équitable est vérifiée par FLO-CERT, une société agréée ISO-65, ce qui signifie une reconnaissance officielle de son indépendance.

Les difficultés rencontrées par les agriculteurs et les travailleurs dans les pays en développement vont bien au-delà de la portée de la seule certification. Fairtrade International développe une expertise dans ce domaine, y compris sur le travail des enfants et les droits des travailleurs, afin que nous puissions adopter une approche de plus en plus proactive et nous attaquer aux causes profondes des problèmes qui affectent les producteurs et les travailleurs du monde entier.

Rien n’est jamais acquis, rien n’est entièrement gagné lorsqu’il s’agit d’améliorer les conditions de vie et de travail de millions de gens. Mais ce qui reste certain, c’est qu’en deux décennies, le commerce équitable a permis à de nombreux individus de vivre mieux. C’est certainement insuffisant et encore trop faible, mais la seule voie pour que les résultats soient encore plus importants, c’est que nous, consommateurs du Nord, exigions toujours plus de produits issus du commerce équitable dans nos achats. L’idéal reste qu’un jour, le commerce équitable devienne la norme du commerce international et replace l’humain au cœur des échanges.

Auteur : Marc Blanchard, Directeur Général de l’Association Max Havelaar France


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  • Guillaume

    On aimerait bien avoir les réactions du journaliste face à cette réponse bien orchestrée qui élude des points sombres du reportage. Les deux parties sur un plateau, voilà qui serait intéressant !

    En souhaitant que ce reportage n’éloigne pas trop les consommateurs du commerce équitable… il y a du positif, il y a d’autres acteurs de ce type d’échange.