D’un côté, les secteurs du bâtiment et des bioénergies. De l’autre, ceux de l’habillement et de l’électronique. Et deux plantes idéales à cultiver : le miscanthus et le ricin. Deux solutions d’intérêt pour fabriquer des produits biosourcés. Deux plantes, pour deux destins différents.

huile de ricin miscanthus

Fleur donnant l’huile de ricin (à gauche) et miscanthus (à droite). PHOTO//Pixabay

Le ricin est une plante tropicale. Son huile est transformée en polyamide Rilsan PA 11 depuis 1947 par Arkema. D’abord utilisé pour fabriquer des chaussettes et des maillots de bain, l’amélioration du procédé permet aujourd’hui un large champ d’applications. Il sert notamment à fabriquer les semelles des chaussures des plus grands sportifs. On retrouve également le Rilsan dans la fabrication des smartphones, l’électronique, l’automobile ou l’impression 3D. Il existe aussi des applications plus confidentielles, comme ces cordes à base d’huile de ricin.

Mais aussi du miscanthus!

Le miscanthus est une plante originaire d’Asie. Avec plus de 4.000 hectares cultivés en France, il est surtout utilisé en France comme biocombustible. Mais le miscanthus pourrait voir son avenir propulsé par le bâtiment. L’industriel Ciments Calcia et Alkern, spécialiste de la fabrication de bloc béton ont eu l’idée de substituer les granulats traditionnels présents dans le béton par des broyats de miscanthus. Pour atteindre un pourcentage de miscanthus de 60% dans le béton. Ils ont ainsi obtenu un prototype de bloc de béton de 20x50x20 cm pesant 17 kg, un poids comparable au bloc classique.

Le matériau obtenu est trois fois plus isolant que le béton classique. Le béton de miscanthus répond ainsi aux spécificités de la RT 2012 et de la future réglementation environnementale RE 2018. Un avantage certain, alors que le surcoût ne serait que de 2%. Pour cette raison, il existe aussi des panneaux isolants en miscanthus.Ce biomatériau a aussi démontré son efficacité en matière de confort acoustique avec une atténuation des bruits de 54 décibels lorsqu’un mur est enduit sur une face. Sa tenue au feu est également exceptionnelle : 4 heures.

Une fois l’ensemble des autorisations obtenues, le béton de miscanthus sera utilisé pour son premier chantier expérimental en février 2018. Le béton de miscanthus sera alors déployé sur les 1.700 m2 de façade de 46 logements sociaux à Chanteloup-en-Brie (77). Ce permier chantier nécessitera 50 tonnes de miscanthus.

Arkema mise sur l’huile de ricin

L’usine française installée à Marseille est la seule dans le monde à produire du Rilsan depuis 1995. Face aux nouveaux débouchés de ce matériau, elle serait aujourd’hui saturée. Arkema a donc annoncé le 11 juillet le doublement de sa capacité de production mondiale. Pour ce faire, une nouvelle usine dédiée à la fabrication de Rilsan sera construite en Asie. Une façon de se rapprocher des fabricants d’articles de sport et d’électronique.

Il s’agit du plus important investissement du groupe depuis 2006, soit 300 millions d’euros sur cinq ans. Car selon Arkema, la croissance attendue sur ces marchés en Asie sera de 7 % par an au cours des prochaines années. Le démarrage de l’usine est prévu pour la fin de 2021.

Des filières locales en France pour le miscanthus

Du côté du bloc en béton de miscanthus, les industriels préfèrent inscrire leur matériau dans le projet de constitution d’une filière complète autour du miscanthus en tant que matériau biosourcé en Île-de-France. Car l’utilisation du miscanthus dans le bâtiment se fait avant tout à travers des filières locales. Ce projet est piloté par l’association Biomis G3 qui oeuvre depuis 4 ans à réunir partenaires institutionnels, coopératives agricoles, acteurs de la recherche et industriels. Avec pour objectif de produire et transformer localement la plante de miscanthus. A l’instar de ce qui a été fait dans la région chalonnaise où 450 hectares sont déjà cultivés.

Miscanthus et ricin, deux plantes idéales

Le miscanthus est une plante idéale, à l’instar de l’aloe vera ou du chanvre. Il pousse sans pesticide et sans irrigation sur tous les sols. « Le fait que sa culture s’adapte idéalement aux terres polluées, dégradées ou délaissées, s’avère un atout phare, note Ciments Calcia. Elle n’entre pas ainsi en concurrence avec l’agriculture alimentaire ; la production de miscanthus s’inscrit au contraire en complément de ressources et débouchés économiques pour les agriculteurs ».

La production s’échelonne sur une durée de 15 à 20 ans sans ressemer ni engrais. Par ailleurs, elle est stérile, à rhizome et non invasive. Chaque hectare cultivé produit jusqu’à 10 tonnes de miscanthus par an. En développant sa culture sur chaque territoire, il réduirait l’empreinte carbone du bâtiment en économisant le transport de granulats sur de longues distances.

Même chose pour le ricin. Son exploitation, notamment en Inde, n’empiète pas sur les terres agricoles. Elle peut pousser dans des zones désertiques, à très faibles ressources en eau.

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Auteur : Raphaël Petit, journaliste du webzine Natura-sciences.com

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