« Produire bio : un business comme les autres » de Christian Jentzsch (Allemagne, 2014, 1h30) est un documentaire à charge contre les dérives de la bio industrielle de plus en plus pratiquée à travers le monde.

produire bio un business comme les autres

Les produits bio industriels sont souvent produits sous serre par une main d’oeuvre bon marché © MDR/DOKfilm

Comme tout domaine économique en développement, l’agriculture biologique a attiré les gros investisseurs et la loi du marché s’est imposée, balayant les idéaux des pionniers. Cette enquête dénonce l’industrialisation des modes de productions en bio. Ce sont des plus en plus de grands groupes internationaux ou la distribution discount qui contrôlent la bio : ils produisent pour la plupart dans des conditions sociales et environnementales peu enviables.

Cap sur la Roumanie pour du bio bon marché

En Roumanie, ce ne sont plus des professionnels agricoles, mais de gros investisseurs qui rachètent les terres de petits paysans pour cultiver ou faire de l’élevage bio sur des milliers d’hectares. Une fois récoltés, les produits sont empaquetés à la chaîne par des machines, direction les supermarchés hardiscount. Seuls quelques petits exploitants résistent encore, mais pour combien de temps ?

« La Roumanie est éligible aux subventions pour l’agriculture bio depuis qu’elle est entrée dans l’Union. C’est donc devenu un secteur très attractif », confie un ancien banquier d’affaires suisse, devenu investisseur à grande échelle dans la bio. Les parcelles exploitées en bio y font entre 50 et 100 hectares. L’investissement est particulièrement rentable : si la terre vaut entre 26 000 et 35 000 euros en Allemagne et entre 70 000 et 100 000 en Autriche et en Suisse, elle est autour de 2 500 euros en Roumanie. Les investisseurs reçoivent en plus des aides à l’hectare et des primes de conversion au bio.

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Le business du « faux » bio dans le monde

En Thaïlande, des crevettes prétendument« bio » sont élevées dans des fermes géantes qui ont remplacé la mangrove. Elles consomment de la nourriture industrielle dans de l’eau polluée et sont en contact avec des produits chimiques. L’entreprise utilise le label bio allemand Naturland de façon illicite, puisque son autorisation lui a été suspendue.

En Chine, des élevages de dindes et de poulets ne doivent leur étiquette « bio » qu’à un trafic illégal de documents. La plupart des produits bio chinois sont frauduleux d’après un producteur bio chinois. Les certificats pourraient y être achetés pour 200 €. Des entreprises proposeraient aussi d’ajouter des engrais de synthèse ou des pesticides dans les produits censés convenir à l’agriculture biologique.

En Allemagne, ce documentaire suit des activistes de la ligue pour la protection des animaux qui entrent en pleine nuit dans un élevage de dindes prétendues bio. Les animaux reposent sur leurs excréments et beaucoup sont blessés. Les activistes y découvrent un cahier de suivi : il sert à noter les dizaines de dindes qui y meurent chaque jour. Les dindes fraîchement mortes viennent rejoindre des moins fraîches dans trois grosses poubelles.

En Espagne, des tomates « bio » poussent à côté de champs en culture intensive. Nos chères serres espagnoles sont de retour ! A Almería, les journaliers agricoles, la plupart sans-papiers, gagnent environ 35€ par jour. Les serres sont irriguées au goutte à goutte dans une région qui manque déjà d’eau, asséchant les nappes phréatiques.

Un bio entièrement contrefait ?

Ce documentaire allemand a été tourné en Europe et en Asie. S’il montre bien les dérives du bio industriel, il passe complètement sous silence les pratiques des petits producteurs bio. Il confirme qu’en France, il ne faut pas compter sur les importations pour avoir des produits de qualité. Mais il ne présente pas les modes de distribution alternatifs et les circuits courts : paniers bio, Amap, marchés de producteurs, Ruche qui dit oui… Est-ce un oubli volontaire ? C’est pourtant bien à ces initiatives qu’il faut se fier pour avoir des produits de qualité et connaître les modes de production !

Nous avons tendance à oublier qu’il y a la même différence entre le bio industriel et celui produit par les petits exploitants qu’ entre les grandes monocultures conventionnelles et les petits maraîchers. Pour le moment, ce bio industriel répond à une demande : il fournit des produits bio bon marché pour les supermarchés. Qui est responsable ? Nous, consommateurs ! Car si nous avons généralement de bons principes, au moment de faire nos courses, c’est le plus souvent le porte-monnaie qui a le dernier mot. Si nous voulons un bio de qualité, il ne faut tout simplement plus acheter des produits importés d’Espagne, d’Egypte ou d’Asie en grandes surfaces, mais privilégier les circuits courts.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Gilbert Duroux

    « S’il montre bien les dérives du bio industriel, il passe complètement sous silence les pratiques des petits producteurs bio ». Mais pourquoi voulez-vous que ce reportage traite des AMAP, circuits courts, etc puisque cette forme de distribution est ultra minoritaire et que le problème, c’est la grande distribution qui concerne le plus gros du bio. Si l’on ne commence pas par dénoncer le scandale du faux bio il n’y aura aucune échappatoire pour les « vrais paysans » qui n’ont aucune chance de s’en sortir face à la puissance des marchands.