Le documentaire diffusé sur ARTE intitulé « Le business du commerce équitable» a émis plusieurs allégations à propos du programme de certification de Rainforest Alliance et de Fairtrade/Max Havelaar. Après avoir donné un droit de réponse à Max Havelaar, Natura Sciences donne la parole à Rainforest Alliance pour que l’ONG apporte ses réponses aux critiques du documentaire. Voici la tribune de Marlyn Daniel-Dufetrelle, chargée des Relations Médias de Rainforest Alliance.

rainforest alliance business du commerce équitable

Dans les plantations Rainforest Alliance, une ligne est dédiée aux salariés qui rencontreraient des problèmes avec leur hiérarchie.

Depuis plus d’un an, nous sommes en contact avec Donatien Lemaître, l’auteur du reportage. Nous avons organisé pour lui des visites sur place au Kenya. Marc Monserrat de Rainforest Alliance l’a accompagné pendant plusieurs jours sur le terrain et lui a fait rencontrer un grand nombre d’acteurs avec qui nous travaillons.

L’ONG, par volonté de transparence, a répondu à toutes ses questions y compris aux demandes d’interviews. Nous sommes déçus de découvrir au final que son objectif était de faire un document à charge uniquement et partial. La volonté de faire du sensationnel, des documentaires « chocs » sont hélas monnaie courante aujourd’hui… Nous le déplorons car cela sape tous les efforts entrepris – et ils sont considérables – par des organisations comme les nôtres.

Il faut savoir que 99% des plantations certifiées Rainforest Alliance sont celles de petits producteurs, contrairement à la croyance populaire. La taille moyenne des exploitations agricoles – calculée sur l’ensemble des exploitations certifiées à travers le monde – est actuellement de 3 hectares environ.

Que vaut réellement la norme SAN, référentiel permettant d’obtenir la certification Rainforest Alliance ?

Le Réseau d’Agriculture Durable (Sustainable Agriculture Network – SAN) est une organisation indépendante dont les membres sont Rainforest Alliance et des organisations environnementales locales. Il met au point les normes que les exploitations agricoles doivent respecter afin d’obtenir la certification Rainforest Alliance™.

Une  étude critique sur les systèmes de certification dans la culture du thé, a été faite par le Tropical Commodity Coalition (TCC), une fusion de dix organisations non gouvernementales (Oxfam, Solidaridad, Fairfood…) et de deux syndicats. Et le TCC a attribué les meilleures notes à la norme SAN en 2010.

Le TCC a comparé 5 labels pour la production durable du thé et le label Rainforest Alliance a obtenu le plus haut score pour les normes relatives au droit du travail et leur conformité avec les règles et recommandations de l’Organisation International du Travail (OIT), ainsi que pour les normes environnementales.

Pour le thé, le Baromètre TCC 2010, a présenté un aperçu des développements du marché, en mettant l’accent sur la production durable du thé. Il a évalué des labels de développement durable selon un barème qui comporte huit catégories : La certification Rainforest Alliance a obtenu cinq fois la note maximum. Deux des principales orientations du TCC étaient sans aucun doute le respect des règles fondamentales et des recommandations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), le respect de la législation en vigueur dans les pays producteurs de thé quant au travail des enfants, au travail forcé et à la discrimination, ainsi que l’application des mesures de protection de l’environnement relatives à la déforestation, l’utilisation de pesticides et l’érosion du sol.

Le TCC a trouvé une conformité maximale de Rainforest Alliance à ces directives. En outre, d’autres critères d’évaluation ont également pesé pour Rainforest Alliance comme sa démarche de progrès continu pour l’amélioration et la mise en œuvre de ses programmes, les audits de contrôle effectués par des tiers indépendants, ses pratiques commerciales justes et les questions de transparence du marché incluant l’information faite auprès des consommateurs et des fournisseurs.

Quels sont les critères critiques relatifs au travail forcé et harcèlement sexuel ?

Tout travail forcé est interdit, cela inclus le travail sous un régime d’emprisonnement involontaire, selon les conventions 29 et 105 de l’OIT et la législation nationale. L’exploitation agricole ne retient ni partialement ni totalement le salaire, les bénéfices, les papiers des travailleurs ou tout autre droit acquis ou stipulé par la loi dans le but de les obliger à travailler ou a rester dans l’exploitation agricole, ou comme sanction disciplinaire. L’exploitation agricole n’utilise pas l’extorsion, l’endettement, les menaces, l’abus sexuel, l’harcèlement ni tout autre forme physique ou psychologique pour forcer les ouvriers à travailler ou rester dans l’exploitation agricole, ou comme sanction disciplinaire.

L’exploitation agricole et son personnel de supervision ne doivent pas menacer, abuser ou harceler sexuellement, ni maltraiter verbalement, physiquement ou psychologiquement les travailleurs sans raison. L’exploitation agricole doit favoriser un rapport respectueux des travailleurs et doit avoir des mécanismes formels afin d’agir en cas de plaintes de mauvais traitement de la part des travailleurs.

Le harcèlement sexuel est-il une fatalité ?

Les difficultés rencontrées dans les pays en développement vont bien au-delà des moyens de la certification. Et en l’occurrence au Kenya, le harcèlement sexuel est un problème de société majeur. Quelles en sont les causes ? Les coutumes d’une société patriarcale, les rites et traditions, le sexisme fort qui règne dans le pays. Selon Njoki Ndungu, la députée kenyane à l’origine d’un nouvel article du code pénal visant à rendre plus sévères les sanctions prises à l’encontre des auteurs de violences sexuelles, une femme est violée toutes les 30 minutes au Kenya !

Il n’est pas possible pour Rainforest Alliance de « garantir » qu’aucune personne n’est victime de harcèlement sexuel dans les exploitations certifiées. Des cas isolés peuvent se produire. Mais notre système fonctionne pour s’assurer que ce n’est pas un problème systémique.

Rainforest Alliance et les personnels du SAN font un travail d‘information et d‘éducation sur ce sujet auprès de l’ensemble des personnels en soulignant les dangers que font courir de telles pratiques. Les managers sont sensibilisés au problème et sont formés à réagir également.  Le plus grand défi consiste à faire évoluer les mentalités des hommes et des femmes de ce pays. Cette évolution ne peut être obtenue que par le dialogue et les débats, la sensibilisation, la participation des communautés.

Auteur : Marlyn Daniel-Dufetrelle, chargée des Relations Médias de Rainforest Alliance

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