L’ivoire devient un véritable business en Chine

Paru le 06.06.12 - Dernière modification le 11.10.13 - Un commentaire

Les éléphants sont braconnés pour leur ivoire, vendu à prix d’or. © Han van Hoof

Dans un monde en proie à l’incertitude économique, l’ivoire des éléphants est devenu un nouveau véhicule d’investissement en Chine, entraînant par là même une augmentation spectaculaire du nombre d’éléphants tués pour leur ivoire. C’est ce que révèle le rapport d’IFAW Le commerce meurtrier rendu public hier.

Ainsi qu’en témoigne ce rapport d’enquête sur le marché de l’ivoire publié par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW), la vente légale de stocks d’ivoire en 2008 a dopé la demande d’ivoire, notamment en Chine où cet « or blanc » est de plus en plus convoité par les plus fortunés.

« D’une certaine manière, on peut dire que l’ivoire d’éléphant est devenu une nouvelle monnaie en Chine », affirme Grace Gabriel, Directrice régionale d’IFAW en Asie. « La demande croissante a fait exploser le prix de l’ivoire. Ajoutez à cela le renforcement du yuan chinois (RMB) par rapport à un dollar américain en berne et vous comprendrez vite pourquoi l’achat illégal d’ivoire en Afrique est devenu un business extrêmement lucratif en raison des marges colossales que procure sa revente en Chine. »

Selon IFAW, la faute en revient entièrement à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) qui, en 2008, a donné son feu vert à la vente légale des stocks d’ivoire de quatre pays d’Afrique australe à destination de la Chine et du Japon.

Depuis 2009, lorsque la Chine a commencé à recevoir ses commandes, le marché de l’ivoire dans ce pays, licite ou non, a connu un essor spectaculaire. Les saisies d’ivoire issu du commerce illégal à travers le monde reflètent bien cette tendance, et les médias ont rapporté que 5 259 défenses en ivoire, à savoir pas moins de 23 tonnes, ont été saisies rien qu’en 2011.

De plus, la demande en ivoire a rendu peu ou prou inopérant le cadre réglementaire chinois instauré en 2004 afin de contrôler de manière stricte le marché national de l’ivoire conformément aux exigences de la CITES.

« Sur les 158 installations consacrées au commerce de l’ivoire inspectées dans cinq villes par des experts chinois, 101 faisaient fi de la loi et ne disposaient d’aucune autorisation délivrée par le gouvernement. En outre, la plupart des installations autorisées ne se conformaient pas, d’une manière ou d’une autre, au système de contrôle de l’ivoire », explique Mme Gabriel. « Les activités de commerce illicite de l’ivoire, au sein d’installations agréées ou non mais qui ne respectent pas les lois, représentent un volume six fois plus élevé que les activités légales (135 contre 23). »

L’étude menée en 2011 par IFAW (la cinquième du genre en Asie en 10 ans) illustre clairement comment l’ivoire, une fois entré en contrebande sur le territoire chinois, se retrouve sur le marché légal. Ce rapport met également en lumière les raisons économiques qui incitent les Chinois à s’adonner au trafic d’ivoire.

En effet, le prix de gros du kilogramme d’ivoire en RMB a triplé, passant de 4 500 à 15 000 yuans entre 2006 et 2011, avec une appréciation concomitante du RMB face au dollar américain. En outre, le renforcement de la monnaie chinoise augmente le pouvoir d’achat des acheteurs de ce pays, qui convertissent leurs RMB en dollars américains lors de leurs achats sur les marchés étrangers d’où provient l’ivoire. Aussi, si l’on ajoute à cela la facilité avec laquelle l’ivoire de contrebande s’immisce sur le marché légal, rien d’étonnant à ce que les trafiquants d’ivoire engrangent d’immenses bénéfices.

« Les ventes de stocks autorisées par la CITES étaient censées affaiblir le commerce illégal de l’ivoire et freiner le massacre des éléphants par l’engorgement du marché. Or c’est exactement l’inverse qui s’est produit », poursuit Mme Gabriel.

« Les importations légales d’ivoire permettant à l’ivoire illégal d’être blanchi en Chine, le triplement du prix de gros de l’ivoire du fait de sa demande insatiable comme objet d’investissement ainsi que le flottement des devises sont autant de facteurs qui conduisent à l’extermination des populations d’éléphants » , déplore-t-elle.

Auteur : Fonds international pour la protection des animaux

Discussion

28 juin 2012
08:14

Quand il n’y aura plus d’Éléphant en liberté, et que nos enfants nous demanderont pourquoi ? Que va t-on leur répondre. Que l’on savait, mais que l’on a rien fait ? Monde de corrompu je vous hais !

 

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