Vous roulerez peut-être rapidement au biométhane provenant de la fermentation de vos déchets. À moins qu’il ne serve à vous chauffer, à faire la cuisine ou vous fournisse de l’électricité. L’injection du biométhane dans le réseau de gaz français vient de commencer !

biogaz transition énergétique

Quelle sera la place du biogaz et du biométhane dans la transition énergétique ? Les politiques devront trancher rapidement.

En 2020, la France devrait compter environ 1 500 méthaniseurs, contre environ 240 début 2013. Le plan « Énergie Méthanisation Autonomie Azote » lancé par Delphine Batho, alors ministre de l’Écologie, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, prévoit l’installation de 1000 méthaniseurs à la ferme à l’horizon 2020. Viendront s’y ajouter environ 500 méthaniseurs  de déchets ménagers, de déchets de l’industrie alimentaire et des boues de stations d’épuration (STEP).

Des objectifs en cours de construction

La France s’est fixé comme objectif d’atteindre 625 MW électrique et 555 ktep de chaleur à base de biogaz en 2020. Il n’y a pas pour le moment d’objectifs spécifiques au biométhane dans les transports.

Le Club biogaz, représentant de l’interprofession du biogaz, défend des objectifs ambitieux de développement du biométhane dans le Plan National d’Action en faveur des Énergies Renouvelables (PNAER). Il milite pour la production et l’injection dans le réseau de 20 TWh en 2020 et 50 TWh en 2030. Il souhaite aussi inscrire un objectif ambitieux de développement du biométhane carburant dans le PNAER pour atteindre l’objectif de 10% de biocarburants dans les transports. Il propose alors 200 000 véhicules légers GNV (gaz naturel pour véhicules) et 20 000 véhicules lourds alimentés par 6 TWh de biométhane en 2020. En 2030, il suggère d’atteindre 1 million de véhicules légers GNV et 100 000 véhicules lourds alimentés par 33 TWh de biométhane.

Selon les prévisions de l’ADEME qui considère tout le gisement à méthaniser, sans culture énergétique dédiée, le potentiel français de production de biométhane est très important avec près de 100 TWh en 2020 et plus de 185 TWh en 2050. GrDF va plus loin. Pour l’entreprise, il est possible d’atteindre 480 TWh de biométhane en 2050 en gazéifiant la biomasse et en valorisant les micro-algues.

Pour Caroline Marchais, Déléguée générale du Club Biogaz, si l’on suit l’ensemble de ces scénarios et études, le potentiel français se situe plutôt aux alentours de 150 TWh à l’horizon 2050. Mais l’exploitation dépendra de choix politiques importants. Les boues de STEP constituent un gisement important, mais l’exploitation réelle de ce gisement dépendra avant tout de la rénovation des stations et du choix où non d’y installer des unités de méthanisation. Pour les déchets ménagers, l’exploitation du gisement dépendra du tri des déchets à la source ou du développement des unités de tri mécanisées, vu que seuls les biodéchets peuvent être méthanisés.

Des orientations à définir

L’exploitation réelle des gisements identifiés dépendra au final des politiques menées. 100 % du biométhane produit pourrait être injecté dans le réseau ou être utilisé en carburant. Une autre solution pourrait être de privilégier un mélange des usages en fonction des besoins locaux. C’est d’ailleurs  ce que propose le Club Biogaz. « Nous voudrions un soutien équitable pour les utilisations vertueuses et que le choix de la technologie retenue se fasse sur les particularités de chaque projet, des besoins sur la zone concernée pour voir s’il est plus intelligent de partir sur du carburant, de la chaleur ou de la cogénération. » affirme sa Déléguée.

L’injection change la donne. « L’injection est un transport vers les utilisations : cogénération, chaleur ou du carburant. » note Caroline Marchais. « Il est un peu dommage d’injecter du gaz pour faire de la cogénération, alors qu’il aurait été possible de la faire sur place : a priori, le débouché le plus intelligent pour l’injection c’est de faire du carburant. » poursuit-elle.

En 2012, la consommation énergétique française était d’environ 490 TWh d’électricité, 450 TWh de gaz et plus de 550 TWh de carburants. Mais à l’avenir, les usages du gaz devraient se réduire grâce à l’efficacité énergétique des bâtiments et la consommation individuelle des véhicules devrait baisser à en croire les objectifs du secteur automobile. Avec 150 TWh de biométhane, on pourrait donc  alimenter aujourd’hui un tiers du parc automobile. « Si on considère le parc de demain qui consommera 2 ou 3 fois moins, on peut quasiment alimenter tout le parc de véhicules. » se félicite Caroline Marchais.

En 2030, l’ADEME prévoit que la production de biométhane devrait répondre à 20 % des besoins de gaz français. Cette production permettrait de tendre vers une substitution progressive du GNV fossile par le bioGNV renouvelable. Selon l’ADEME, le gaz fournira environ la moitié de l’énergie des transports en 2050 et une grande partie pourrait être du bioGNV.

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À quel prix ?

Les tarifs d’achat sont fixés par arrêté ministériel pour une durée de 15 ans. Ils varient en fonction de la taille et des matières traitées, de 45 à 95€/MWh pour les décharges, entre 64 et 125€ pour les autres sites. Le tarif d’achat d’injection de biométhane dans réseau issu de boues de stations d’épuration devrait être annoncé à l’automne par le Gouvernement.

Pour estimer la compétitivité du biométhane, les tarifs doivent être comparés au coût des importations. En Europe, les importations de gaz coûtent en moyenne entre 25 et 35 €/MWh. En revanche, au Japon, le gaz importé coûte environ 45 €/MWh, donc le biométhane y est déjà compétitif. La situation est toute autre aux Etats-Unis : le développement des gaz de schistes a fait baisser les prix et ceux-ci se situent entre 10 et 15 €/MWh. Malgré ces prix très bas, il existe des politiques volontaristes, notamment en Californie, pour soutenir les projets liés à la production de biogaz.

Le développement d’une vraie filière industrielle française devrait faire baisser les coûts de production. Parallèlement, le prix du gaz naturel devrait tendre à la hausse en Europe. Même si les prix du biométhane sont plus élevés, miser sur une production locale de biométhane permettrait de développer le tissu économique local et d’accroître notre indépendance énergétique tout en réduisant la facture liée à l’importation des hydrocarbures fossiles.

Un système de garantie d’origine a été mis en place pour tracer le gaz « vert ». Il est ainsi possible d’acheter des garanties d’origine pour faire rouler des bus ou des camions. Lorsque le marché sera installé, il sera possible aux opérateurs de gaz de proposer du gaz « vert », comme ils proposent aujourd’hui de l’électricité « verte ».

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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