La France compte 15 millions d’hectares de forêts. Utiliser une plus grande part de cette biomasse permettrait de réduire davantage notre dépendance aux énergies fossiles. Mais une surexploitation pourrait menacer les écosystèmes et la qualité des sols…

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La forêt publique représente moins de 30 % des 15 millions d’hectares de forêt recensés, mais apporte la plupart de la biomasse exploitée © lechoucas

La consommation annuelle de bois issue de la forêt française est actuellement d’environ 65 millions de m3. Cela concerne l’ensemble des usages : bois d’œuvre, bois d’industrie (pâte et panneaux) et bois énergie. Le bois énergie est utilisé sous forme de bûches traditionnelles, de plaquettes de bois broyées et de granulés issus de la fabrication de bois d’œuvre. Cette dernière utilisation présente un important potentiel de développement, notamment si l’on développe la filière du bois d’œuvre en France. En même temps, l’accroissement annuel de la forêt est d’un peu plus de 100 millions de m3. On prélève donc environ 60 % de ce qui pousse chaque année actuellement.

« C’est ce décalage entre prélèvement et accroissement naturel qui fonde l’idée d’une « surcapitalisation » et d’une « sous exploitation » de la forêt française qui contraste avec la déforestation qui prévaut globalement notamment dans les pays en développement », précise Marc Guérin, directeur du département Territoires à l’Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea, ex Cemagref).

18 millions de m3 supplémentaires

Pour atteindre l’objectif français de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale en 2020, il faudra produire 20 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) provenant de sources renouvelables supplémentaires par rapport à 2006. La biomasse devrait y contribuer majoritairement à hauteur de 10,7 Mtep supplémentaires. Pour y parvenir, il faudra obtenir 6,2 Mtep supplémentaires sous forme de chaleur, 1,2 Mtep sous forme d’électricité et 3,3 Mtep sous forme de biocarburants. Vous l’aurez compris, il faudra couper plus de bois !

Selon deux études réalisées en avril 2010 pour le compte de l’ADEME et du Ministère de l’agriculture, les ressources en bois énergie supplémentaires disponibles dans des conditions d’exploitation acceptables à l’horizon 2020 sont de 4,3 Mtep/an, pour les forêts, peupleraies et haies et de 1,6Mtep/an pour les coupes d’entretien des vignes et vergers, arbres urbains. Ces coupes apporteraient donc 5,9 Mtep/an supplémentaires. En ajoutant l’électricité et la chaleur produite par les incinérateurs, le biogaz et les résidus de récoltes, on pourrait donc théoriquement atteindre les 7,4 Mtep supplémentaires nécessaires à la production d’électricité et de chaleur provenant de la biomasse en 2020.

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Des prélèvements non uniformes

Si la thèse de la « surcapitalisation » est assez largement partagée par les milieux forestiers, elle est nuancée par certains commentateurs qui insistent sur la relative jeunesse des peuplements et la difficile accessibilité de certains d’entre eux, sans compter la faible propension des petits propriétaires forestiers à livrer leur bois. En effet, les prélèvements ne sont pas uniformes sur le territoire et se concentrent dans les forêts publiques.

La forêt publique représente moins de 30 % des 15 millions d’hectares de forêt recensés  mais apporte la plupart de la biomasse exploitée. C’est donc principalement dans la forêt privé qu’il existe des possibilités importantes de développement. Mais celle-ci est dispersée entre de nombreux propriétaires : plus de 3,5 millions ! L’essentiel de ces propriétaires possède moins de 5 hectares. IIs n’entrent donc pas toujours dans une logique entrepreneuriale ou patrimoniale d’entretien du bois. De plus, ces forêts sont réparties sur l’ensemble du territoire, ce qui renforce les défis à soulever pour les exploiter.

Quels sont les risques d’une surexploitation ?

En France, le bois de chauffage provient essentiellement des travaux d’entretien forestiers: bois d’éclaircies (d’entretien) et résidus des coupes finales. Une partie des plus petits branchages est restitué au sol, les plus grosses branches étant utilisées pour le bois de chauffage. Il faut en effet éviter les effets négatifs sur la biodiversité d’un prélèvement trop intensif et mal contrôlé.

« L’intensification forestière peut créer des situations défavorables à la biodiversité, car il y a moins de bois mort, moins de vieux peuplements et de gros bois, des habitats plus fragmentés, un tassement des sols, davantage de dérangements de la faune, une augmentation des surfaces totales des coupes et une diminution des zones humides et des tourbières. » insiste Marc Guérin. On note également des impacts potentiels sur la fertilité des sols et le cycle des éléments minéraux sur le long terme. Les risques liés à la surexploitation de la forêt sont donc réels et doivent être anticipés.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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