Le charbon gagne des parts de marché au détriment du gaz en Europe. En cause? Son faible prix et un marché de quotas d’émissions qui n’arrive pas à jouer son rôle.

charbon réchauffement climatique

La centrale polonaise de Bełchatów est la centrale thermique la plus puissante d’Europe. D’une puissance de 5 298 MW, elle émet 37 millions de tonnes de CO2 par an.

Selon le bilan électrique 2013 de RTE, la production électrique à base de centrales thermique utilisant des combustibles fossiles a reculé en France de 7,1 % entre 2012 et 2013. Elle assure désormais 8,1 % de la production d’électricité. Cette évolution est néanmoins mitigée : la production des centrales au charbon a augmenté de 14 %, lorsque celle des centrales au fioul a baissé de 19,2 % et celle des centrales au gaz gaz de 18,9 %. Le recours accru au charbon plutôt qu’au gaz, durant les périodes de froid de janvier à mars, conduit à une augmentation des émissions de CO2 en 2013 par rapport à 2012 de 0,2 % avec un total de 29,1 millions de tonnes.

Le constat est amplifié dans le reste de l’Union Européenne, notamment dans les pays plus dépendants du charbon, selon le rapport « Europe’s Dirty 30 », publié par le WWF et d’autres ONG. Ce rapport expose les trente premières centrales qui émettent le plus de CO2 en Europe. Selon ce rapport, les émissions de CO2 provenant des centrales thermiques au charbon dans l’Union Européenne minent les efforts entrepris dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La centrale la plus émissive d’Europe est la centrale de Bełchatów, située en Pologne. Il s’agit également de la centrale thermique la plus puissante d’Europe. D’une puissance de 5 298 MW, soit près de 6 réacteurs nucléaires de 900 MW, elle émet 37 millions de tonnes de CO2 par an. C’est plus que les émissions annuelles électriques françaises ! L’Allemagne détient les 4 autres centrales qui émettent le plus, avec une puissance installée cumulée de 13065 MW. Sur l’ensemble des 30 centrales répertoriées, 9 sont situées en Allemagne et 9 au Royaume-Uni. L’Italie et la Grèce en détiennent deux, l’Estonie, la Hollande, l’Espagne et le Portugal n’en détiennent qu’une. Maigre consolation : la France n’en possède pas.

Des centrales au charbon qui fonctionnent à plein régime

Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, le problème ne provient pas principalement de la construction de nouvelles centrales au charbon, mais de l’usage croissant des installations existantes. « En Europe, de nombreuses centrales thermiques au charbon fonctionnent à plein régime ou presque, à cause du prix relativement bas du charbon par rapport au gaz. S’ajoute à cela la faiblesse du prix des quotas de CO2, qui ne joue plus son rôle pour orienter l’industrie vers une production moins polluante », explique le WWF dans un communiqué.

Malgré le développement des énergies renouvelables et une diminution globale des émissions de gaz à effet de serre de l’Union Européenne, les émissions de CO2 issues des centrales thermiques au charbon en Europe augmentent. Pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l’Union Européenne, « la sortie du charbon doit être une priorité pour l’Europe », note l’ONG.

« Les centrales électriques au charbon représentent 70 % des émissions du secteur de l’énergie dans le monde. Avec 26 % du mix énergétique de l’UE en 2011, les centrales électriques au charbon dans l’UE prospèrent encore. Il est urgent de sortir de ce modèle, vers plus d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables », affirme Diane Simiu, Directrice des Programmes de Conservation du WWF en France.

La transition allemande en marche, le charbon un dommage collatéral

L’Allemagne est parvenue à développer les énergies renouvelables de façon à compenser la réduction d’électricité produite par ses centrales nucléaires. C’est la preuve que la transition énergétique peut être lancée. Si le charbon s’est également développé en parallèle, cela n’est pas à cause des énergies renouvelables. Cela tient plutôt  en « l’inefficacité du marché de quotas d’émissions (EU ETS) et au faible coût du charbon sur le marché de l’énergie », analyse Pierre Cannet, Responsable du Programme Climat et Energie au WWF-France. Pour parvenir à sortir à son tour du charbon, il faut réformer rapidement le marché de quotas d’émissions en augmentant sensiblement le prix du CO2 sur ce marché.

Dans une tribune intitulée « Non, le solaire ne pousse pas à la consommation de charbon en Allemagne » et parue sur Techniques-ingenieur.fr, Olivier Danielo rappelle qu’en 2003, selon la BDEW, l’association fédérale des industries de l’énergie et de l’eau, le charbon et la lignite représentaient 50 % de la production électrique allemande, le gaz 10 %, le nucléaire 27 % et les énergies renouvelables 7 %. En 2013, le couple charbon-lignite est passé à 46 %, le gaz est resté aux alentours de 10 %, le nucléaire a chuté à 15 % et les énergies renouvelables ont fortement progressé pour atteindre 23 %. Les énergies renouvelables ont donc augmenté de 16 %, lorsque la part du gaz est restée stable et que le couple charbon-lignite a reculé de 4 % et le nucléaire de 12 %. Entre 2012 et 2013, le charbon est passé de 18,5% à 19,7 %, lorsque le gaz baissait de 12,1% à 10,5 %. Ce ne sont donc pas les énergies renouvelables qui sont en cause, mais bien le prix du charbon qui est attractif par rapport à celui du gaz. Néanmoins, l’Allemagne maintient son cap : atteindre 80 % d’énergies renouvelables en 2050.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • didierdemetz

    ça vous étonne qu’on en revienne au charbon ?
    il n’y a pas si longtemps le charbon était une énergie polluante et dépassée. Mais depuis cette théorie du climat on désigne le CO² comme polluant, ce qu’il n’est pas, et on oublie la vraie pollution.
    Premièrement le CO² est un ingrédient indispensable à la vie, si on l’enlève de l’atmosphère, les plantes meurent, deuxièmement, son importance dans l’évolution du climat est sans doute bien exagérée. La température moyenne du globe n’augmente plus depuis une quinzaine d’année alors que le taux CO² n’a jamais autant monté. Comment s’étonner alors qu’une grande partie de l’industrie de l’énergie se remette au charbon. Blanchi, il est de moins en moins considéré comme polluant.

  • Tarzan

    J’espère que personne ne va croire didierdemetz.
    Il est vraiment déconnecté de la réalité climatique.

  • Certes, nous parlons bien là d’un des pays qui utilise le plus le charbon, donc en soit pollue plus. Mais il faudrait que toutes les autres nations suivent le mouvement de l’energie renouvelable pour que l’on voit de réels effets. Pour l’instant je vois mal des pays comme la Pologne ou la République Tchéque s’intéresser à ces nouveaux modes de production d’énergie.
    Ce probléme climatique est selon moi, loin d’être résolu, tant les gouvernements ne cherchent pas à s’y intéresser réellement et la France en premier…

  • @Cocorette je n’aurais pas dit mieux, cela dit vous admettrez qu’il faut que certaines nations commencent, sinon le problème ne sera jamais résolu.

  • Archimède

    En effet, la petite augmentation de l’utilisation du charbon en Allemagne n’a rien à voir avec l’essor des énergies renouvelables mais est dû à une moindre utilisation du gaz.

    Les statistiques sont très claires :

    http://energeia.voila.net/electri2/allemagne_nucle_charbon.htm

    Comme l’on voit, les énergies renouvelables ont remplacé le nucléaire en partie disparu dans la production d’électricité. Le moindre coût du charbon a fait qu’il a remplacé une partie du gaz.

    Et déjà pour 2014 le charbon est en recul.

  • cassoret

    et si l’Allemagne ne sortait pas du nucléaire, les renouvelables pourraient remplacer le charbon, et les émissions de CO2 diminueraient bien plus.

  • Freyr Gunnar

    Non : le solaire/éolien est intermittent, les centrales nucélaires ne sont pas assez réactives pour s’adapter à la demande et l’Allemagne n’a quasiment pas de barrages. Le solaire/éolien impose donc des centrales à flamme.

  • Freyr Gunnar

    > Selon le bilan électrique 2013 de RTE, la production électrique à base de centrales thermique utilisant des combustibles fossiles a reculé en France de 7,1 % entre 2012 et 2013. Elle assure désormais 8,1 % de la production d’électricité.

    S’il y a ici quelqu’un de calé dans le domaine : pourquoi la France a-t-elle encore besoin de centrales à flamme en plus de ses centrales nucléaires (75% de la production électrique) et ses barrages (15%)?

    Parce que les barrages ne suffisent pas à faire la jonction entre la production de base (nucléaire) et la consommation?

    > Malgré le développement des énergies renouvelables et une diminution globale des émissions de gaz à effet de serre de l’Union Européenne , les émissions de CO2 issues des centrales thermiques au charbon en Europe augmentent.

    Pour rappel : les énergies renouvelables, c.a.d. l’éolien et le solaire, sont par nature intermittentes. En conséquence, elles imposent de leur adjoindre des centrales électriques à flamme (charbon ou gaz) pour pallier cette intermittence.

    Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les pays qui ont beaucoup investi dans l’éolien et/ou le solaire (Allemagne, Danemark, Espagne) soient obligés de développer leurs centrales à flamme. Ironie.

    > L’Allemagne est parvenue à développer les énergies renouvelables de façon à compenser la réduction d’électricité produite par ses centrales nucléaires. C’est la preuve que la transition énergétique peut être lancée.

    Quoi qu’il en coûte, à la fois financièrement et écologiquement?

    Si l’on prend tout en compte, l’éolien et le solaire sont les méthodes les plus coûteuses pour produire de l’électricité. Et comme en plus ces méthodes imposent d’installer des centrales à flamme à énergie fossile, c’est sans intérêt. On ferait mieux de consacrer cette argent pour d’autres projets (développement des centrales nucléaires et du transport électrifié, isolation des logements, etc.)

    > Les énergies renouvelables ont donc augmenté de 16 %, lorsque lar part du gaz est restée stable et que le couple charbon-lignite a reculé de 4 % et le nucléaire de 12 %.

    Non : il s’agit de pourcentages mais de points de pourcentage. Exemple avec les EnR : 7% -> 23% = 228%.

    http://mathforum.org/library/drmath/view/64433.html