A partir du 1er janvier 2015, il sera interdit de faire un feu de cheminée à Paris et dans les communes d’Ile-de-France situées en zone sensible pour la qualité de l’air. L’utilisation des appareils de chauffage fonctionnant au bois sera aussi grandement réglementée. Cela aura-t-il un impact important sur la qualité de l’air ? Pas sûr, si les autres régions ne suivent pas !

feux cheminée paris

Finis les feux de cheminée à Paris au 1er janvier 2015 ! PHOTO//CC0 Domaine public

La ville de Paris et des centaines de communes d’Ile-de-France ont préparé un arrêté pour interdire les foyers ouverts et les appareils peu performants pour le chauffage principal au 1er janvier 2015. Seuls les appareils très faiblement émetteurs de particules pourront encore être utilisés, mais pour cela ils devront avoir obtenu une dérogation du préfet de police (simple démarche administrative). « Cette mesure n’est pas populaire », reconnaît Roland Gérard, Chef adjoint du service bioressources de l’ADEME, « mais au niveau de la qualité de l’air, cela se justifie, il n’y a pas de doutes là-dessus », poursuit-il.

Se chauffer au bois dans les zones sensibles

Dans les zones sensibles pour la qualité de l’air en Ile-de-France, soit dans 435 communes, l’utilisation des foyers ouverts deviendra interdite, même en cas de chauffage d’appoint ou de flambée d’agrément. Les appareils individuels de combustion de bois (les inserts, les foyers fermés, les poêles, les cuisinières et les chaudières) installés avant le 1er janvier 2015 pourront être utilisés, même les moins performants. En revanche, toute nouvelle installation de chauffage individuel devra être « performante ». Le décret définit comme performant, « un équipement qui répond à au moins une des conditions suivantes : rendement supérieur ou égal à 70 % et taux de CO inférieur ou égal à 0,12 % (à 13 % d’O2) ; dispose du Label Flamme Verte 5 étoiles ».

Hors zone sensible, les cheminées à foyer ouvert seront autorisées uniquement si elles servent de chauffage d’appoint ou d’agrément. Les autres systèmes de chauffage au bois seront autorisés.

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Les particules fines vont-elles diminuer sensiblement ?

La question des émissions des particules fines générées par les appareils de chauffage au bois fait polémique. Dans les foyers ouverts, avec des rendements situés entre 10 et 15 %, la combustion est incomplète, pollue et brûle beaucoup de bois pour pas grand-chose. Dans un foyer fermé, un insert ou un poêle, le rendement peut néanmoins atteindre 85 % et jusqu’à 94 % pour une chaudière.

Selon l’ADEME, une cheminée à foyer ouvert émet beaucoup plus de particules fines qu’un appareil à bois performant. « Selon des estimations récentes, un foyer ouvert et un foyer fermé antérieur à 2002 émettent respectivement 97 et 91 kg de particules primaires par an, alors qu’un foyer fermé mis sur le marché après 2007 en émet 8 kg/an et un foyer fermé labellisé Flamme Verte 5 étoiles, 3 kg/an », note l’ADEME dans son avis « Bois énergie et qualité de l’air ».

En Ile-de-France, selon les mesures d’Airparif, le chauffage au bois résidentiel représente 23 % des émissions totales de PM10 (particules inférieures à 10 micromètres) et 32 % des émissions totales de PM2,5 (particules inférieures à 2,5 micromètres). Mais en faisant des mesures de concentration dans l’air, l’association s’est rendue compte qu’en centre-ville, seulement 32 % des particules sont dues aux émissions de l’agglomération. La grande majorité (68 %) est en réalité importée d’autres régions françaises et européennes ! Ainsi, parmi les 32 % de particules locales, la contribution du trafic et du chauffage au bois résidentiel est similaire, représentant respectivement 8 % et 7 % des particules respirées.

Dans la capitale, le long du trafic, 44 % des particules présentes sont dues au diesel et aux deux roues. 17 % proviennent des émissions de la ville et 39 % des importations d’autres régions. Au final, le chauffage au bois ne représenterait que 4 % des particules totales présentes le long des axes routiers.

Cet arrêté devrait donc entraîner une faible diminution de la concentration en particules dans la ville. Si les autres régions ne prennent pas des mesures similaires et si la part du diesel ne diminue pas dans la propulsion des véhicules, les particules fines continueront bien de nous contaminer. Pour lutter efficacement contre les particules fines, il faudrait également prendre des mesures complémentaires pour diminuer les émissions liées au diesel, au fioul, au kérosène, au charbon, aux incinérateurs, à la combustion de biomasse à l’air libre… Mais cette disposition est un début qui montre que les mentalités évoluent.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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