L’avènement des réseaux intelligents est présenté comme la prochaine grande révolution qui touchera le domaine de l’énergie. Avec eux, un nouveau modèle de villes, les smart cities, s’apprête à redessiner le paysage urbain mondial en alliant considérations environnementales et technologies Big Data. A l’heure où l’on s’interroge sur l’issue de la prochaine COP 21, l’innovation technologique s’impose pour rendre les villes plus durables.

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Le Big data permet de suivre en temps réel la consommation énergétique d’une ville, sa consommation d’eau ou la qualité de l’air. PHOTO// Intel Free Press

Fin novembre, les chefs d’États du monde entier se réuniront à Paris lors de la COP 21, la conférence internationale sur les changements climatiques. Durant deux semaines, les personnalités politiques travailleront de concert avec les professionnels du secteur énergétique, les spécialistes de l’écologie et les acteurs économiques du green business pour arriver à un accord international permettant de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C d’ici 2100.

Si les grandes lignes d’actions pour atteindre cet objectif sont pour la plupart déjà définies, avec la réduction des émissions de gaz à effet de serre et le développement des énergies renouvelables en premier plan, les moyens techniques pour y arriver suscitent encore un grand nombre de questions.

COP21, une histoire de données informatiques?

La COP 21 vise à nous emmener vers un avenir plus propre et plus responsable et pour ce faire, de nouvelles infrastructures doivent se mettre en place. Des réseaux intelligents ou smart grids, à l’intérieur desquels l’informatique, la domotique, l’internet des objets, vont nous permettre de réguler la consommation énergétique de notre planète en fonction des centaines de milliards de données récoltées.

« La déferlante du Big Data et de l’analyse des données massives n’épargnent aucun secteur industriel. Or, dans le domaine de l’énergie et du transport, ces techniques innovantes pourraient permettre de réduire l’empreinte carbone de manière significative. » déclare Charles Abner-Dadi, data scientist chez Ekimetrics, une entreprise qui propose des méthodes statistiques innovantes.

Les participants de la COP 21 doivent s’appuyer sur la technologie des smart grids pour développer les stratégies qui dicteront notre futur modèle énergétique. L’interconnexion que proposent ces réseaux communicants engendrera des quantités astronomiques de données, qui, une fois entrecoupées et analysées, permettront d’agir, de la production à la consommation d’énergie, en passant par son stockage.

Pour que la COP 21 soit une réussite, ses enjeux et son intérêt doivent aujourd’hui dépasser le cercle des professionnels attirés par de juteux marchés, pour atteindre le grand public et sensibiliser au plus près les citoyens. C’est en ce sens que des initiatives se créent chaque jour. Les nouvelles technologies vont nous permettre de créer, récolter et analyser des données informatiques grâce à la prolifération des objets connectés. Parmi eux, celui qui est présenté comme le rouage principal de la transition énergétique en France, le compteur intelligent Linky.

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Linky : un premier pas vers les smart cities

Développé par ERDF, le compteur communiquant Linky va bientôt remplacer nos compteurs traditionnels. Cet appareil connecté va permettre de suivre quasiment en temps réel la consommation énergétique des particuliers ou des entreprises et de récupérer des données informant le gestionnaire de réseaux sur les besoins et les habitudes de consommation de la population.

Grâce à Linky, on nous promet une meilleure optimisation du réseau de production d’énergie, moins de gaspillage et une réduction sur la facture d’électricité. Selon Charles Abner-Dadi, l’échange de données énergétiques va engendrer de nombreux leviers d’économie d’énergies, comme « la gestion en temps réel des énergies renouvelables sur le réseau, la détection de dérives ou encore une généralisation des offres d’effacement aux particuliers ».

En ce sens, de grands noms de l’informatique mondial n’hésitent pas à nouer des partenariats avec des villes françaises afin de mener des expérimentations supposées rendre nos agglomérations plus intelligentes, à l’image du projet mené par IBM à Montpellier.

« Smart Water » : un test prometteur à Montpellier

Le groupe américain a initié en 2007 un projet nommé « Smart Water » en collaboration avec la capitale languedocienne. IBM déclare vouloir « optimiser la gestion de l’eau grâce au Big Data » avec cette initiative. Anticiper les pics de consommation d’eau, situer les fuites, prévenir les inondations et analyser les conséquences de la pollution,… voici autant de possibilités qui permettraient à Montpellier de bénéficier d’une meilleure gestion publique de l’eau. S’il est concluant, ce projet pourrait être étendu à d’autres villes, en France et à l’international et garantir l’avenir de l’eau, autre grand défi environnemental du 21ème siècle.

Si la France commence à se mettre doucement à l’heure des smart cities, on retrouve chez nos voisins outre-Atlantique des villes qui multiplient également les initiatives pour devenir plus responsables écologiquement. C’est le cas par exemple de Chicago qui s’appuie sur le Big Data pour analyser son activité urbaine et préserver son environnement. Avec son projet « Array of Things » et son réseau de capteurs étendu sur toute la ville, il est question de « monitorer » la ville dans son entièreté, de la densité piétonnière à la qualité de l’air en passant par le bruit, la luminosité ou les niveaux de pollution.

Au cœur de cette nouvelle toile high tech, Chicago est en passe de devenir une référence en matière d’analyses Big Data en faveur de l’environnement. Un modèle que la France, grâce à Linky et à l’apparition de smart cities dignes de ce nom (Lyon, Lille), pourrait rapidement rattraper si elle débloquait les investissements nécessaires à de tels développements. La COP 21 devrait servir de rappel et encourager les professionnels et les pouvoirs publics à se plonger dès maintenant dans les villes de demain.

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Auteur : Melissa Petrucci, journaliste spécialisée en environnement


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