L’avis provisoire de l’agence de sûreté nucléaire (ASN) concernant la qualité de la cuve de l’EPR de Flamanville est rendu après plus de deux ans d’expertise. L’agence considère finalement la cuve suffisamment robuste. Mais elle impose à EDF des contrôles renforcés et le remplacement du couvercle au plus tard en 2024. Les associations anti-nucléaire jugent cette position intolérable. L’avis définitif est attendu pour octobre 2017.

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Des militants de Greenpeace protestent contre la décision de l’ASN devant le chantier de l’EPR de Flamanville
PHOTO// Nicolas Chauveau/Greenpeace

« L’ASN considère que les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d’accident », a fait savoir l’ASN. Ce dossier traîne depuis avril 2015, soit neuf ans après la fabrication des pièces incriminées. Des anomalies portant sur le fond et le couvercle de la cuve avaient alors été relevées. En début d’année 2017, suite à des fuites dans la presse, l’ASN avait confirmé avoir alerté EDF puis Areva sur des problèmes de qualité à l’usine Creusot Forge dès 2005. C’est dans cette usine qu’ont été forgées ces deux éléments, malgré les mises en garde de l’agence.

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La cuve de l’EPR, pas si sûre que cela!

La cuve serait donc suffisamment résistante malgré ses défauts de fabrication. Mais, il y a quelque chose qui cloche. L’ASN relève « une diminution des marges vis-à-vis du risque de rupture brutale ». Elle somme donc EDF d’appliquer « des contrôles périodiques » sur le fond de la cuve « afin de s’assurer de l’absence d’apparition ultérieure de défauts ».

Mais ces contrôles seraient plus compliqués sur le couvercle, en raison des centaines de trous et conduits qui l’équipent. Dans ces conditions, l’ASN n’impose pas de contrôles complémentaires à EDF sur le couvercle. En revanche, elle somme EDF de le changer d’ici fin 2024. Pourquoi un tel délai? Il s’agit tout simplement de laisser le temps à l’énergéticien de commander un nouveau couvercle, puisque l’ASN estime que « la fabrication d’un nouveau couvercle prendrait de l’ordre de sept ans ». Une décision qui va donc dans l’intérêt économique d’EDF qui pourra exploiter son réacteur de 1650 mégawatts en attendant. Mais une décision faite au détriment de la sécurité de la population.

EDF espère ne pas remplacer le couvercle…

Areva, constructeur de la cuve, et EDF, exploitant de la centrale, n’ont jamais réellement craint la position de l’ASN. Les deux entreprises manquent de transparence depuis le début de cette affaire. C’est notamment l’avis du Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) publié le 22 juin 2017. Ils relèvent notamment « une communication relativement hétérogène auprès du public ». Mais surtout « aucune communication vers le public quant aux scénarios alternatifs envisagés si les résultats de la démarche de justification de l’aptitude au service de la cuve du réacteur EPR s’avéraient non concluants ». EDF et Areva ont toujours agi comme l’ASN n’avait d’autre choix que de reconnaître la qualité de leur cuve.

Le changement du couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville coûtera « de l’ordre de 100 millions d’euros », fait savoir le Figaro, citant un dirigeant d’EDF. Selon Laurent Thieffry, directeur du projet de l’EPR, EDF espère pouvoir développer un protocole de contrôles spécifique pour le couvercle d’ici deux ans. L’électricien espère que cela puisse lui éviter une telle opération.

Les anti-nucléaire montent au créneau!

Les associations anti-nucléaires montent au créneau. Cité dans un communiqué, Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace France dénonce les pressions exercées par EDF et Areva sur l’ASN. « Cela signifie que pendant six ans l’EPR fonctionnerait avec un couvercle défectueux et non contrôlé, analyse-t-il. L’ASN s’est couchée devant la pression des industriels EDF et AREVA et a fait prévaloir leurs intérêts économiques ». Il en appelle à Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire pour « remettre de l’ordre dans la gouvernance de la sûreté nucléaire » et mettre fin au chantier de l’EPR.

De son côté, le Réseau “Sortir du nucléaire“ dénonce une position « aberrante », « une grave entorse aux principes élémentaires de la sûreté et une mise en danger des populations ». Car autoriser pendant 6 ans l’utilisation d’une pièce qui présente des anomalies sans surveiller son évolution, « cela s’appelle jouer à la roulette russe », juge l’association.

Quelle est la suite du calendrier?

Le projet d’avis de l’ASN sera mis à la consultation du public dans les prochains jours jusqu’en septembre 2017. L’agence fait savoir qu’elle consultera aussi le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Son avis final sera rendu à l’issue de ces consultations en octobre 2017. Le débat sur la conformité de l’acier de la cuve n’est pas donc pas terminé.

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Si son avis final est favorable, il restera à la cuve une ultime étape à franchir. Son circuit primaire principal devra en effet subir une épreuve hydraulique d’ensemble. Si tout est en ordre, EDF pourra démarrer son réacteur, comme prévu, fin 2018 pour une mise en service commerciale en 2019. Mais surtout, EDF pourra finaliser le rachat du groupe Areva NP, l’activité réacteurs du géant du nucléaire. La Commission européenne avait conditionné cette opération au feu vert de l’ASN sur la conformité de la cuve.

Auteur: Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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