Le discours dominant affirme que la dématérialisation est un geste salutaire pour l’environnement. Pourtant, une analyse plus fine remet presque systématiquement en question cette affirmation. Voici quelques éléments pour éclairer ce débat.

dématérialisation environnement

La dématérialisation d’une facture est-elle toujours bénéfique du point de vue environnemental?

Ces dernières semaines, le débat sur la transition énergétique relance, par ricochet, d’autres questionnements plus anciens, notamment celui sur la dématérialisation des documents papier. La question est toujours posée de façon triviale et / ou binaire : faut-il préférer le numérique au papier ?

Évidemment, la réponse n’est jamais aussi tranchée. Qu’il s’agisse d’un match entre facture papier et facture numérique, bulletin de salaire PDF ou papier, entre DVD et streaming HD, ou de la mesure de la performance environnementale d’un service en ligne hybride (web + papier), les nombreuses études et analyses de cycle de vie (ACV) comparatives auxquelles j’ai contribué, aboutissent toutes aux mêmes enseignements, que je me propose de partager avec vous dans cet article.

La dématérialisation ne dématérialise rien

Premier enseignement, la dématérialisation porte mal son nom. Cette démarche ne dématérialise rien puisqu’elle se traduit presque tout le temps par le passage d’un support papier à un support numérique. Par exemple, un document PDF est constitué de bits que l’on stocke physiquement en modifiant l’état magnétique des pistes d’un disque dur. On accède et manipule ce document numérique (ou du moins les bits qui le composent) via un ordinateur (écran, unité centrale, clavier, etc.), un modem / box internet, un réseau WAN (fibre optique, commutateurs, etc.), des serveurs, et tout un tas d’autres équipements. Bref, la dématérialisation est en fait un simple transfert de support : d’un côté une feuille de papier, de l’autre toute l’infrastructure décrite précédemment.

Deuxième enseignement, les ACV comparatives multicritères montrent toutes que la réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est ni évidente, ni systématique. En fait, tout dépend de ce que l’on transfère au format numérique et de l’usage qui est fait du document papier (avant) et du document numérique (après). Cet usage est différent car les supports et leur potentiel d’usage sont différents. Par exemple, on ne consomme pas de la même façon de la musique au format MP3 que sous la forme de disques vinyles.

Attention à l’effet rebond

Ce qui nous amène au troisième enseignement : l’effet rebond. Comme il est plus facile de manipuler un document numérique, on a tendance à l’utiliser, le partager / distribuer à plus de destinataires, plus souvent. Par exemple, vous ne transférez pas facilement un support papier de 150 pages à 25 collègues, alors que c’est un jeu d’enfant au format PDF.

C’est aussi plus facile de re-matérialiser un document numérique que papier. En effet, qui a encore le courage de photocopier 10 fois 50 pages ? Alors qu’il suffit d’un clic pour réaliser la même manipulation à partir d’un PDF. En moyenne, donc, on imprime potentiellement plus un document « dématérialisé » ! Cet effet rebond se vérifie plus ou moins selon le document et les scénarios d’usage associés. C’est notamment à cause de cet effet rebond que le bilan GES de la dématérialisation n’est pas toujours positif, voire pire !

Un match sans intérêt : ces supports sont complémentaires

Quatrième enseignement, entre papier et numérique, les impacts environnementaux sont différents. Par exemple, le papier épuise peu les ressources naturelles non renouvelables (à part l’eau douce) et émet peu de gaz à effet de serre (lorsque la forêt est gérée durablement et / ou que l’on recourt à du papier recyclé dans les règles de l’art). A l’inverse, la fabrication et l’utilisation des équipements informatiques nécessaires pour manipuler un document numérique épuisent significativement certaines ressources naturelles non renouvelables et génèrent des pollutions différentes de la fabrication de la pâte à papier.

En conclusion, opposer le support papier au support numérique n’a finalement pas de sens car les usages et les impacts sont différents.

Lire la suite : Papier Vs Octets: quel support pour quels usages?

Auteur : Frédéric Bordage, GreenIT.fr

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