Dans le contexte de la lutte aux changements climatiques, les rejets des installations industrielles doivent être drastiquement diminués. Les microalgues pourraient être une solution pour produire du biocarburant en grande quantité, tout en émettant peu de polluants.

Un jour, nos voitures pourraient rouler grâce à des carburants à base de microalgues

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Le projet CARS ( Carbon Algae Recycling System ) entre dans sa deuxième phase de développement. Ce projet vise, d’ici 2013, la production de biodiesel à partir d’algues. Il est mené par une équipe de chercheurs du groupe Innoventures Canada, réunissant plusieurs centres de recherche à travers le Canada.

La seconde phase du projet CARS consiste à construire un étang-test. Et à traiter les rejets d’une usine de fertilisants située à proximité de Medicine Hat, en Alberta. « C’est un endroit idéal pour mener les tests, car le taux d’ensoleillement y est considérable », souligne le chef du projet, l’Albertain Quinn Goretzky. De nombreuses heures d’ensoleillement sont nécessaires à la croissance des algues pour tirer profit au maximum de la photosynthèse, explique M. Goretzky. Pour le moment, tous les yeux sont tournés vers la possibilité de traiter les fumées de l’usine grâce aux algues. Mais ce ne sera que lors de la troisième phase du projet que l’on déterminera le produit à exploiter. Celui-ci pourrait varier en fonction des besoins des communautés. Le traitement des algues permettrait notamment la production de biocarburant, de fertilisant ou d’éthanol.

Les algues, solution idéale ?

Le projet CARS vise entre autres à diriger les gaz de combustion, tels que le dioxyde de carbone et les oxydes d’azote, vers des étangs remplis d’algues afin d’en stimuler leur croissance. Ainsi, le CO2 est incorporé aux plantes aquatiques par photosynthèse. Dans l’eau douce ou de mer, ces algues vont alors pousser uniquement grâce au soleil, à l’eau et au gaz carbonique. Certaines espèces sont riches en lipides et emmagasinent jusqu’à 70 % de leur masse en acides gras. Ces algues sont beaucoup plus productives que le colza. Si le colza produit environ une tonne d’huile par hectare, les algues, en produisent 149 tonnes par hectare, nous apprend M. Goretzky. Le gain de productivité est donc considérable pour une surface de culture réduite.

Du côté des biocarburants

Selon les chercheurs, la commercialisation industrielle des biocarburants à base d’algues n’est pas envisagée avant au moins cinq ans – voire dix ans –, car de nombreuses études restent à réaliser. Il faudra notamment cibler certaines caractéristiques et propriétés des algues et déterminer les conditions physico-chimiques à mettre en place pour favoriser leur croissance. Pour être rentables, les algues doivent croître rapidement et pouvoir emmagasiner beaucoup de lipides. Il faudra également comparer les performances en eau douce ou salée. Les chercheurs testent actuellement trois techniques pour extraire l’huile des algues. Il y a l’utilisation de solvants, le chauffage des algues ou l’utilisation d’ultrasons. Finalement, l’huile des algues devra être transformée en gazole, du carburant à base végétale.

Un avantage est que cette technologie ne pose pas le problème de production de carburant à la place de nourriture. Cet aspect est très polémique des agrocarburants classiques à base de colza, de palme ou de tournesol. Il s’agit donc d’une technologie permettant à la fois de recycler le CO2 et de produire des biocarburants. Même si du CO2 sera relâché dans l’atmosphère lors de la combustion du biodiesel dans les transports et par la mise en marche des centrales, Quinn Goretzky fait tout de même valoir que la production de carburant à partir d’algues constitue une avancée dans le domaine environnemental.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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