Un projet-pilote d’usine marémotrice vient d’être lancé dans la Baie de Fundy, au Canada. Energie renouvelable longtemps négligée, l’énergie des marées connait actuellement un fort engouement au Canada et dans le monde. Les impacts environnementaux possibles sont encore toutefois à l’étude.

La première centrale au monde capable de convertir l'énergie potentielle des marées en énergie électrique a vu le jour en 1967, sur la Rance, en France.

La première centrale au monde capable de convertir l’énergie potentielle des marées en énergie électrique a vu le jour en 1967, sur la Rance, en France.

Un projet-pilote de centrale électrique capable de convertir l’énergie des marées en énergie électrique a été lancé le mois dernier en Nouvelle-Écosse. La turbine du projet lancé par l’entreprise Nova Scotia Power, a été élaborée par OpenHydro.

La société irlandaise projette que la turbine de 16 mètres de hauteur et pesant plus de 400 tonnes pourra être installée dans quelques semaines au fond de la baie. Pour sa première année en fonction, la turbine à l’essai produira un mégawat d’électricité, pouvant ainsi fournir l’énergie pour une centaine de foyers.

Une opportunité pour les populations nordiques

Dans son plan stratégique 2009-2012, Hydro-Québec prévoit d’évaluer ce type d’installation pour le nord du Québec. La société d’Etat étudie ainsi la possibilité d’investir dans les hydroliennes, en mer ou en rivière, pour alimenter les villages nordiques du Nunavik et les autres réseaux autonomes.

Alors que nombreux pays comme la Chine, l’Inde et le Canada commencent à étudier le potentiel de ces centrales en pleine mer, le Conseil national de recherches Canada (CNSC) a identifié 190 sites potentiels sur le territoire canadien. On estime que la puissance totale fournie par la marémotrice pourrait atteindre plus de 42 000 MW/an, ce qui représente près des deux tiers de la demande canadienne délectricité pour l’année 2008.

Le CNSC avance en ce sens que trois centrales marémotrices pourraient prochainement voir le jour dans la baie de Fundy, sur la côte ouest de l’Île de Vancouver et dans l’estuaire du Saint-Laurent. Dans une seconde étape de développement, les centrales marémotrices, combinées à des éoliennes marines, pourraient constituer une part très importante des énergies renouvelables d’ici 2050.

Usine marémotrice : comment ça fonctionne ?

Le principe de conversion de la force des marées en énergie est plutôt simple. Les palles orientables de la turbine suivent le sens du courant pour produire de l’énergie à marée montante et descendante. L’énergie peut être captée sous sa forme potentielle, en exploitant les variations du niveau de la mer, ou encore sa sous forme cinétique, en exploitant la vitesse des marées.

Des chercheurs français font toutefois remarquer que les impacts environnementaux de ce type d’usines ne sont pas négligeables. Alors que la première centrale au monde capable de convertir l’énergie potentielle des marées en énergie électrique a vu le jour en 1967, sur la Rance, en France, des changements dans l’écosystème ont pu être observés depuis. La construction de barrages ont en effet modifié les courants dans l’estuaire de la Rance et ont par conséquent influencé la répartition géographique des sédiments. La faune et la flore en subissent donc les revers alors que certaines espèces de poissons ont pratiquement disparu et que les déplacements des autres ont grandement diminué. En outre, le fond marin a connu un fort envasement depuis la construction de l’usine.

La technologie actuelle utilise toutefois l’énergie cinétique des vagues, au lieu de l’énergie potentielle, apparemment plus dommageable pour les écosystèmes. Alors que cette technologie présente de nombreux avantages tant économiques, techniques, qu’environnementaux, les impacts potentiels sur la faune maritime sont encore à l’étude.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • michel54

    Je viens de lire le dossier (Energie > Transition énergétique). C’est passionnant et donne une bonne vision des enjeux actuels. A suivre…

  • cretien

    Le potentiel énergétique des marées est colossal et quasi inépuisable. Sa récupération permettrait de relancer l’économie.

    Ce potentiel reste presque complètement inexploité alors qu’un procédé technique relativement simple – il s’agit du STSMC, que j’ai mis plus de trente ans à découvrir – permet de le récupérer beaucoup plus économiquement et surtout beaucoup plus largement et écologiquement qu’avec le procédé conventionnel des barrages. Ce système d’exploitation est en outre apte à résister aux pires conditions météorologiques et est dans son principe insensible à la corrosion marine.
    Un procédé analogue, le STSMI, techniquement plus simple, le permet tout autant. Celui-ci pourrait en quelques mois, voire en quelques semaines, être opérationnel.
    La France est particulièrement bien placée pour exploiter ces deux procédés.

    Depuis 2 ans le gouvernement a été informé de l’existence de ces techniques, mais semble ne pas oser ou ne pas vouloir y croire … Serait-ce pour préserver l’industrie nucléaire et pétrolière ?
    Ce serait faire un mauvais calcul.
    Nos « politiques » pensent-ils qu’il s’agit d’une invention aussi irréaliste que celles des avions renifleurs, à laquelle le gouvernement de Giscard d’Estaing s’était curieusement laissé prendre ?
    Ou attendent-ils que d’autres nations l’utilisent pour oser s’y intéresser ?
    Si les essayer en vraie grandeur n’est pas à ma portée, la tester reviendrait beaucoup moins cher que de creuser un seul puit pour la recherche pétrolière. Toujours est-il qu’il est opérationnel sur une maquette. Pour en savoir + voir site «blog de leon – pierre cretien» ou appeler le 06 78 58 96 21 (texte aussi adressé à « énergeek »)