Le débat national sur la transition énergétique peut-il omettre de parler de la transition énergétique pour les pays les plus pauvres ? À l’occasion d’un colloque à l’Assemblée Nationale le 24 janvier 2013, l’ONG Electriciens Sans Frontières a rappelé l’importance de l’électricité dans le développement et a partagé la réalité du terrain, trop souvent oubliée.

électricité pico-turbines laos

Eclairage de villages par pico-turbines au nord du Laos en 2012. © Electriciens sans frontières

Aujourd’hui près de 1,5 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité. Les seules sources d’énergie dont ils disposent sont les sources traditionnelles, telles que le bois et la tourbe, complétées de bougies, charbon, piles et de pétrole lampant. Ces énergies sont chères, polluantes, peu efficaces et dangereuses. Il faut ajouter à ces personnes, plus de 1 milliard d’autres qui n’ont qu’un accès précaire et intermittent à l’électricité.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 1,3 millions de personnes décèdent chaque année à cause de la mauvaise combustion des appareils de cuisson et de chauffage. De plus, l’utilisation de la biomasse se traduit par une déforestation importante, les lampes à pétrole et les bougies sont à l’origine de nombreux incendies.

Un accès à l’électricité très parsemé

Le fossé de consommation entre pays développés et pays en développement est considérable. Pour bien comprendre la situation, quelques chiffres sont à rappeler. « La consommation annuelle d’électricité du continent africain est à peine supérieure pour tout un continent à celle de la France », rappelle Delphine Batho, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. De plus, les inégalités sur le territoire sont grandes. « 43 % de l’électricité qui est produite sur le continent africain l’est par le seul pays de l’Afrique du Sud », précise-t-elle. Cinq jours suffisent à un Français pour consommer autant qu’un Togolais en un an !

Cette carence est particulièrement marquée dans les zones urbaines des pays en développement, en raison de leur croissance souvent anarchique. Pour noircir encore le tableau, les scénarios des Nations Unies prévoient sur un accroissement continu de la population des bidonvilles d’ici 2030. « L’intégration des populations va moins vite que l’extension des bidonvilles », note Pierre Radanne, expert des politiques énergétiques de lutte face au changement climatique. Dès lors, la démographie doit être contrôlée. « L’éducation des filles et l’accès à l’électricité est la condition de la maîtrise de la démographie », affirme-t-il.

Pour atteindre un accès universel à l’énergie en 2030, la Banque Mondiale estime qu’il faudrait des investissements de 48 milliards par an. Cela reviendrait à multiplier par cinq l’investissement actuel qui, s’élève, tous investissements confondus, à 9 milliards par an. La note peut paraître élevée, mais cela ne représente que 3 % des investissements du secteur énergétique.

L’accès à l’électricité, une nécessité pour vivre mieux

« L’énergie constitue une condition fondamentale du développement social et économique », précise Hervé Gouyet, Président de l’ONG Electriciens sans frontières. Sans énergie, il n’y a pas d’accès à l’eau potable, pas de transports, pas de cuisson de la nourriture et pas de chauffage ni de lumière dans les maisons, les écoles et les centres de santé. Ne parlons même pas des loisirs qui sont alors inexistants. Par exemple, un milliard d’habitants ne dispose pas d’accès à l’eau de proximité. La mise en place de systèmes d’alimentation en eau nécessite, dans la plupart des cas, le recours à une source d’énergie : il faut capter l’eau par pompage ou par gravité, la traiter et la transporter en veillant à sa protection contre les contaminations externes.

Dans cette perspective, l’accès à l’électricité des populations les plus démunies doit devenir une priorité. Les usages de l’électricité sont multiples : lumière, chaleur, froid, force motrice, sonorisation, médias, informatique, télécommunication. Cette source d’énergie comporte de nombreux avantages : faible pollution sur le lieu de consommation, sécurité supérieure à d’autres sources d’énergie, distribution continue, comptabilisation aisée, infrastructures de long terme et flexibilité de fonctionnement.

Si l’impact social du développement de l’électricité est considérable, les impacts dans le domaine de la santé sont encore plus marquants. En plus du pompage de l’eau, l’électricité permet la conservation des aliments et le fonctionnement d’appareils médicaux de pointe. La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas de proportionnalité entre la capacité d’électricité dont on dispose et le développement. « Il y a un décollage très important des implicateurs de développement dès qu’on dispose d’un petit bout d’électricité », affirme Jean-Pierre Cerdan, secrétaire général d’Electriciens sans frontières.

Pérenniser les systèmes installés

La transition énergétique ne sera une réussite que si les actions mises en place sont ancrées dans la durée. Chaque projet d’accès à l’énergie doit donc pérenniser les systèmes installés. Le bon fonctionnement des installations sur le long terme passe par un transfert de compétences, des modules de formation adaptés et un accompagnement afin que, sur le terrain, les acteurs s’approprient les technologies mises en place. Pour cela, un ou des techniciens doivent être formés pour être en mesure d’entretenir et de développer les équipements.

La réussite des projets repose aussi sur la mise en place systématique d’activités économiques génératrices de revenus. Ceux-ci doivent être destinés à financer la maintenance des matériels et à soutenir durablement l’émergence et l’activité d’opérateurs locaux. L’ONG Electriciens sans frontières s’y emploie au cœur de tous ses projets.

Quels réseaux électriques privilégier ?

Il existe plusieurs modèles de développement de l’électricité. Les schémas traditionnels qui reposent sur de grandes centrales et infrastructures ne répondent pas au problème d’accès aux villages isolés africains ou asiatiques à la « fée électricité ». Leur développement ne peut être assuré que par des énergies renouvelables décentralisées.

Les investissements pour développer des outils de production, de distribution et de stockage sont, dans de nombreux cas, inaccessibles pour une large partie des populations les plus pauvres. Cependant, la mise en place de modèles durables et compatibles avec leur situation est, aujourd’hui, facilitée par l’émergence de nouvelles technologies et par l’apparition de produits mieux adaptés à des coûts plus faibles. En utilisant le potentiel de ressources énergétiques locales (solaire, éolien, biomasse et hydraulique), il est possible de favoriser le développement, en utilisant les ressources énergétiques les moins nuisibles pour l’environnement et le changement climatique.

Depuis 1986, les bénévoles d’Electriciens sans frontières travaillent pour développer un accès à l’électricité sûr, pérenne et respectueux de l’environnement au service des populations les plus démunies. Ses centaines de projets conduits dans plus de 40 pays suffisent à montrer que, même dans les zones les plus pauvres, le recours aux énergies renouvelables n’est pas une utopie…

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

La rédaction vous conseille aussi :

  • On considère trop que l’accès a l’eau par pompage de l’eau souterraine est un progrès . Hélas on ne doit pas généraliser car toutes les régions de la planète ne permettent pas de pomper sans compter car cette technique conduit a la surexploitation des nappes phréatiques. Il s’en suit une surchauffe des sols exposés au soleil qui modifie la pluviosité .
    C’est pourquoi l’association des biefs du Pilat fait la promotion du concept de gestion globale de l’eau qui permet de compléter le technique du pompage par le rechargement des nappes grâce á l’eau des périodes de pluies .