Le cabinet de consultants PricewaterhouseCoopers (PwC) étudie chaque année la production des 20 premiers producteurs d’électricité européens. Ceux-ci représentent près de 60 % de la production d’électricité totale en Europe et près de 60 % des émissions du secteur. Résultats : moins d’électricité d’origine renouvelable et plus de charbon, de gaz et de nucléaire en 2011 par  rapport à 2010 !

électricité d'origine renouvelable

L’électricité d’origine hydraulique a diminué en 2011 par rapport à 2010 au profit du charbon, du gaz et du nucléaire.

En 2011, la production d’électricité du panel a baissé de 36 TWh par rapport à 2010, passant de 2 144 TWh à 2 109 TWh, soit une baisse de 1,7 %. Leurs émissions de CO2 sont, quant à elles, en hausse de 1,1 % sur l’année 2011, passant de 705 millions de tonnes (Mt) en 2010 à 713 Mt CO2 en 2011. Cela a pour conséquence d’augmenter le facteur carbone de la production électrique. Dès lors, la moyenne européenne du facteur carbone s’établit en 2011 à 338 kg CO2/MWh contre 329 kg CO2/MWh en 2010, soit une hausse de 2,8 %. La baisse du facteur carbone européen constaté depuis 2007 s’arrête donc et se stabilise en 2011.

Comment expliquer que les émissions de CO2 augmentent, alors que la production électrique diminue et que le mix énergétique devrait évoluer vers plus d’énergies renouvelables ? L’analyse des 20 principaux acteurs de ce marché montre en fait une baisse de la production d’électricité à partir de sources renouvelables. La baisse est de 22 TWh par rapport à2010, soit 6 %, passant de 365 TWh en 2010 à 343 TWh en 2011. L’année 2011 étant marquée par une baisse de 36 TWh de la production totale par rapport à 2010, on voit que 61 % de cette baisse est à attribuer à un plus faible recours aux énergies renouvelables. Autrement dit, on a préféré baisser en priorité le recours aux énergies renouvelables. Résultat : la part de l’énergie renouvelable dans le total d’électricité produite passe de 17 % en 2010 à 16,3 % en 2011 !

L’objectif de 22,1 % d’électricité produite avec des sources renouvelables à partir de 2010, fixé par la Directive 2001/77/CE, n’a pas été atteint par le panel. L’objectif européen est d’atteindre 20 % d’énergie de source renouvelable dans la consommation finale d’énergie en 2020 (toutes applications : électricité, chaleur, transports).

Moins d’hydraulique, plus de charbon, de gaz et de nucléaire !

En 2011, la principale source d’énergie renouvelable reste l’électricité hydraulique avec environ 13 % de la quantité totale d’électricité produite en 2011. Avec des précipitations particulièrement basses au début de l’année 2011, les barrages n’ont pas pu tous être utilisés à pleine puissance. Certains acteurs disposant d’une forte part hydraulique dans leur mix énergétique ont donc dû recourir à des sources plus fortement carbonées pendant l’année.

Dans ces conditions, l’énergie hydraulique est en retrait de 1,7 % sur l’année 2011. Sur l’échantillon étudié, il y a une hausse modérée de la part des énergies renouvelables hors hydraulique dans le mix énergétique à hauteur de 0,3 %. Cette légère hausse ne permet pas de rattraper la baisse d’électricité d’origine hydraulique.

La baisse de production électrique totale s’explique par le contexte économique délicat en Europe. L’hiver relativement doux qu’a connu l’Europe en 2011 a également contribué à la baisse de la production.  Cela explique également l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Dans un contexte de crise économique, certains pays du sud de l’Europe (principalement l’Espagne, le Portugal et la Grèce) ont préféré avoir recours à des énergies carbonées plutôt qu’à des énergies renouvelables pour maîtriser la hausse du coût de la production électricité sur le court-terme. Ainsi, sur 2011, le recours au charbon augmente de 1,1 % et le recours au gaz de 0,2 % par rapport à 2010

Par ailleurs, le nucléaire affiche également une hausse de 1 %. Malgré l’accident de Fukushima en mars 2011, et de la remise en cause de la filière nucléaire dans certains pays européens, dont l’Allemagne,  la baisse du taux d’électricité d’origine nucléaire est compensée par une hausse de la production nucléaire en France et en Angleterre par EDF. Cette hausse s’explique notamment par un taux de disponibilité des centrales nucléaires qui augmente en France : 78,5 % en 2010 et 80,7 % en 2011. Cette hausse devrait se renforcer dans les années à venir car l’objectif d’EDF est de stabiliser ce taux autour de 85 % pour le parc français.

Le nucléaire fait baisser l’intensité carbone…

Le Groupe EDF continue de peser fortement sur la production d’électricité en Europe en conservant sa place de leader dans le classement des producteurs Cette année encore, de par son important niveau de production et son parc essentiellement nucléaire peu émetteur de CO2, le groupe EDF contribue de façon très significative à baisser le facteur carbone moyen européen. En effet, hors EDF, le facteur carbone s’élève à 435 kg CO2/MWh en 2011 contre 429 en 2010…

Cette étude fait écho à l’évolution des émissions de carbone observées au plan international. Les efforts qui devront être déployés d’ici 2050 pour contenir l’augmentation de température à +2°C sont considérables, selon une autre étude du cabinet. Selon le rapport PwC Low Carbon Economy Index 2012 – Too late for two degrees?, il faudrait en effet décarboniser l’économie mondiale à un rythme de 5,1 % par an en moyenne, un résultat jamais atteint depuis 1950. Difficile, voire quasiment impossible à atteindre sachant que l’intensité carbone de l’économie a diminué de moins de 1 % durant les quatre années… Dans ces conditions, on se dirige vers une hausse de 6°C d’ici 2100.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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