En juin, des millions de Français devraient voir leur facture d’électricité augmenter. En cause : une hausse de 5,9% des tarifs réglementés d’électricité demandée par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Ces tarifs concernent 28 millions de Français et servent de base de calculs à plusieurs fournisseurs alternatifs.

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La hausse des tarifs de l’électricité servira à sauver les fournisseurs alternatifs et financer le parc nucléaire. PHOTO//DR

Selon l’Insee, la consommation d’électricité des ménages coûte aux français près de 28 milliards d’euros (en 2016). Soit 960 euros en moyenne par ménage et par an. Une hausse de 5,9% renchérirait donc la facture annuelle des particuliers de près de 57 euros. Pour les ménages les plus modestes, la hausse de 50 euros du chèque énergie partira donc intégralement pour financer ce poste.

Un manque d’accès à l’électricité d’origine nucléaire

L’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique) est un dispositif créé en 2010. Il permet aux fournisseurs alternatifs d’acheter de l’électricité d’origine nucléaire à EDF à un tarif préférentiel : 42 € le mégawattheure. Ceux-ci ont accepté l’offre avec plaisir (même quelques fournisseurs d’électricité verte) et ont atteint le plafond annuel fixé à 100 térawattheures par an. C’est environ 25% de la production nucléaire française.

Les fournisseurs alternatifs représentent désormais une part de marché de près de 20 %. Le volume prévu pour l’Arenh n’est plus suffisant. Il oblige les alternatifs à se fournir sur le marché de gros de l’électricité. Jusqu’au début de l’année 2018, ces tarifs étaient le plus souvent inférieurs au prix de l’Arenh, ce qui permettait aux fournisseurs de proposer des prix compétitifs. Ce n’est plus le cas : les tarifs sont bien souvent supérieurs, ce qui va les obliger à monter leurs prix. D’autre part, EDF considère que vendre 25 % de son électricité nucléaire est un manque à gagner qui ne lui permet pas de financer les travaux nécessaires à la modernisation de ses réacteurs. Et demande donc une refonte du système.

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L’Autorité de la concurrence réagit, l’UFC-Que-Choisir embraye

Dans ces conditions, l’Autorité de la concurrence estime dans un avis que « 40 % de la hausse proposée ne correspondent pas à une augmentation des coûts de fourniture d’EDF mais ont pour but de permettre aux concurrents d’EDF de proposer des prix égaux ou inférieurs au tarif réglementé ». Le problème : si les prix proposés par les fournisseurs alternatifs dépassent ceux d’EDF, les clients risquent fortement de revenir en majorité au fournisseur historique.

Ainsi, « malgré sa neutralité revendiquée, la CRE prend le parti de la rentabilité des fournisseurs alternatifs plutôt que celui du pouvoir d’achat des ménages » dénonce UFC-Que-Choisir. L’association annonce qu’elle saisira  le Conseil d’État pour la faire annuler si cette hausse devait être appliquée. Elle réclame, en outre, la suppression de la TVA, à 20 % sauf exception, qui s’applique sur toutes les taxes des factures d’énergie.

Et les fournisseurs alternatifs d’électricité verte?

Pour soutenir la transition énergétique, il est préférable de souscrire à une offre d’électricité verte auprès d’un fournisseur alternatif. En plus d’EDF, six fournisseurs alternatifs proposent une offre à prix fixe. Il s’agit de Total spring, Engie, Sowee, Eni, Energem, Ekwateur et Ilek. 16 fournisseurs alternatifs proposent une offre d’électricité verte à prix variable. Peu de fournisseurs s’approvisionnent à 100% auprès de producteurs d’électricité renouvelable.

Selon le Guide de l’électricité verte de Greenpeace, seuls Enercoop, Energie d’Ici et Ilek sont « vraiment verts ». Ils n’ont pas recours à l’Arenh ou au marché de gros et signent des contrats d’approvisionnement avec des producteurs d’électricité renouvelable. Six autres fournisseurs – Planète Oui, ekWateur, énergem, GEG, Sélia et Alterna sont « en bonne voie ». Ceux-ci s’approvisionnent en partie avec de l’électricité d’origine renouvelable et complètent avec de l’électricité non renouvelable et des garanties d’origine. Les autres sont « à la traîne » ou « vraiment mauvais ». Ils s’approvisionnent exclusivement, ou presque, à partir d’électricité d’origine fossile et nucléaire et la verdissent grâce aux garanties d’origine.

Auteur : Matthieu Combe, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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