Le président français François Hollande est en train de négocier la vente de deux réacteurs EPR avec l’Inde. Ils se situeraient dans la région de Jaïtapur dans une zone hautement sismique – classée 4 sur une échelle de 5 – et proche du littoral. L’organisation environnementale Greenpeace dénonce une politique à deux vitesses.

EPR nucléaire

Chantier de l’EPR de Flamanville

Le président est arrivé ce jeudi 14 février à New Delhi pour une visite d’Etat de 48 heures. Les enjeux économiques et commerciaux sont importants avec, en particulier, deux contrats majeurs en cours de finalisation portant sur la vente de 126 avions Rafale et de deux réacteurs EPR.

Deux réacteurs nucléaires dans une zone hautement sismique

Si le projet se confirme, les réacteurs se situeraient dans la région de Jaïtapur, à 400 kilomètres au sud de Bombay. Cette zone est traversée par trois failles tectoniques et soumises à un risque sismique très élevé, au niveau 4 sur les 5 que compte l’échelle indienne. Les séismes peuvent y atteindre jusqu’à 7 sur l’échelle de Richter. « Au cours des vingt dernières années, Jaïtapur a connu trois tremblements de terre dépassant le niveau 5 sur l’échelle de Richter ; celui de 1993, d’une intensité de 6,3, a tué neuf mille personnes », relève Greenpeace.

« Si l’on pense que François Hollande s’est lui-même engagé à fermer Fessenheim entre autres parce qu’elle est en zone sismique, cela souligne une incohérence flagrante et la volonté de promouvoir une sûreté à deux vitesses », note Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire pour Greenpeace France

En comparant le prix affichés de ces EPR indiens, soit 5,4 milliards d’euros pour les deux premiers alors que le seul EPR français en est déjà à 8,5 milliards d’euros, l’organisation environnementale s’interroge : comment construit-on en Inde deux réacteurs pour un prix largement inférieur à un réacteur français ? « Areva construira au prix affiché uniquement si elle rogne sur la sûreté », analyseSophia Majnoni.

Greenpeace dénonce une « filière sans avenir économique »

La négociation de ces contrats indiens est très difficile. Le gouvernement indien exige des garanties de la part d’Areva en cas de retard, de surcoût, puis en cas d’accident. Retards, surcoûts, charges futures inconnues, coûts des assurances et hausse des standards de sûreté, autant de contraintes qui inquiètent les investisseurs.

« Que ce soit en Inde, en Chine, en Finlande, République Tchèque ou en Angleterre, où la France construit ou tente d’exporter son EPR, les négociations achoppent toujours sur la même question qui est responsable, qui paie et assure en cas de problème ? Et ce sont en règle général les Etats et donc les contribuables qui sont mis à contribution  » analyse Sophia Majnoni.

« François Hollande ferait mieux de le comprendre et d’engager la France dans une réelle transition énergétique en amorçant la sortie du nucléaire et en stimulant beaucoup plus les seules réelles filières d’avenir, les renouvelables, l’efficacité et les économies d’énergie », conclut-elle.

Avec un premier EPR français en construction à Flamanville à plus de 8,5 milliards d’euros le mégawatt-heure est à plus de 100 euros, ce qui est plus que l’éolien terrestre. Lorsque l’éolien et le photovoltaïque deviennent moins chers que le nucléaire !

En France, un débat national sur la transition énergétique se déroule jusqu’en juin. Il vise notamment à définir la feuille de route pour réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % à 50 % à l’horizon 2025. Greenpeace a décidé de ne pas participer aux débats « Nous n’avons plus confiance dans ce débat et dans la réelle volonté du gouvernement de réussir la transition énergétique », précisait en novembre dernier, Jean-François Julliard, responsable de l’organisation.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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  • Hervé Nifenecker

    Il me semble que Greenpeace devrait s’adresser au gouvernement Indien qui projette l’installation d’une puissance de 9900 GW à Jaitapur. Ce n’est pas à la France de décider de la politique de sûreté de l’Inde. Ce n’est plus le temps des colonies…
    Il y a déjà n4 réacteurs à Tarapur, pas très loin de Jaitapur.
    J’aimerai savoir si Greenpeace s’attaque également aux réacteurs construits par les russes.

  • belmehdi

    c’est de l’inconscience ! on ne pense plus qu’a l’argent!

  • Duperray Hervé

    Cessez de fantasmer sur le prix du premier EPR (à ce jour 8.5B€ soit 5000€/Kw alors que les éoliennes off-shore coûtent déjà 4000€/Kw, tournent que deux fois moins longtemps qu’un EPR par an. Les EPR suivants seront bien moins cher et votre 100€ ridicule.