Parmi les acteurs les plus actifs de la COP23 sur la transition énergétique se trouve l’Inde. Troisième pays le plus émetteur de gaz à effet de serre, l’Inde mise sur l’énergie solaire pour assurer sa transition énergétique. Une stratégie qui porte ses fruits.

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L’Inde veut atteindre 100 gigawatts de solaire en 2022. PHOTO//Ashley Cooper

Le 6 novembre dernier, la 23e conférence sur le climat (COP23) qui se déroule en Allemagne, à Bonn, s’est ouverte dans un contexte assez austère. Il faut dire que les derniers mois ont rappelé à quel point les conséquences du changement climatique étaient dramatiques. Et l’annonce cinglante de Donald Trump sur un retrait américain de l’accord de Paris a bouleversé la communauté internationale qui reste, malgré tout, soudée et engagée dans ce combat écologique majeur.

Dans cette lutte contre le changement climatique qui doit permettre d’atteindre les objectifs de la COP21, les énergies vertes constituent un enjeu essentiel. Pourtant, malgré le souhait formulé de réunir 100 milliards de dollars annuels à l’horizon 2020 pour mener des actions efficaces, la réalité ne suit pas. La Chine a, comme d’autres pays majeurs, drastiquement baissé ses investissements dans les énergies renouvelables. Selon les calculs de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), il faudra pourtant massivement investir dans les énergies propres pour respecter les objectifs, soit 5.400 milliards de dollars supplémentaires d’ici 2040…

L’Inde, un acteur engagé dans les renouvelables malgré sa dépendance au charbon

Cette COP23 met également en lumière les difficultés rencontrées par les pays en développement (PED). Seuls 18% d’entre eux ont mis en place une vraie stratégie globale de réduction de leurs émissions. Cela créé des tensions avec les pays riches qui se sont engagés à les aider financièrement et techniquement. Parmi les exceptions qui font figure de « bon élève » se trouve l’Inde, troisième émetteur de la planète. En octobre 2016, le pays avait ratifié le traité de Paris. Il s’était alors engagé dans la voie des énergies non fossiles pour atteindre son objectif d’émergence. Pour autant l’équation n’est pas simple. Pour produire son électricité, l’Inde dépend à plus de 60% du charbon. Et sa consommation devrait continuer à augmenter d’ici 2030.

Narendra Modi, le Premier ministre indien, est l’un des instigateurs de cette nouvelle stratégie climatique globale évaluée à 2.500 milliards de dollars. D’ici 2022, son souhait est de porter la capacité de production d’énergies renouvelables à 175 gigawatts (GW) contre 38 GW en 2016. Dont 100 GW de solaire, 60 d’éolien, 10 de biomasse et 5 d’hydraulique. Le solaire devrait produire 10% de l’électricité nationale à cet horizon.  Et ceux qui doutaient il y a un an de cet engagement fort ont pu constater qu’il ne s’agissait pas d’une annonce en toc. En 2030, son souhait est de produire 40 % de son électricité à travers les énergies non fossiles contre 17% en 2015. Mais ce taux devrait aussi comprendre une part importante de nucléaire.

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Une stratégie claire de transition énergétique

Lors de la COP21, la France et l’Inde ont lancé une initiative appelée l’Alliance solaire internationale. Celle-ci a pour objectif de mettre en relation les PED « à fort potentiel solaire » et les pays développés disposant de technologies solaires avancées. Cette Alliance est ambitieuse car elle souhaite générer plus de 1.000 milliards de dollars d’investissements dans le solaire photovoltaïque d’ici moins de 15 ans.

En Inde, les premiers projets solaires ont émergé. À Hindupur, l’entreprise locale ACME a installé 345.000 panneaux en avril 2016. La centrale photovoltaïque étend son énergie sur 30 km aux alentours et éclaire 100.000 foyers ruraux. On se souvient également de l’inauguration de la centrale électrique de Kamuthi, située dans l’état du Tamil Nadu. Elle dispose de 10km2 de panneaux solaires et une capacité de 648 mégawatts. Cette œuvre a été réalisée en huit mois par la multinationale indienne Adani. Preuve que l’énergie solaire est une source à la fois abordable techniquement et financièrement. En effet, sur un an, le prix des panneaux a encore chuté de 25%.

De plus en plus d’investisseurs français en Inde

Aujourd’hui, l’Inde occupe la 7ème place mondiale en termes de capacités de génération de photovoltaïque. Et cela devrait encore rapidement évoluer au vu des entreprises françaises qui investissent dans le solaire dans le pays. Par exemple, Engie a remporté en avril 2017 un projet solaire d’une capacité totale de 338 mégawatts. Nommé NTPC Kadapa, cette nouvelle centrale sera construite dans l’Etat d’Andhra Pradesh, et mise en service mi-2018. Même constat pour EDF Énergies nouvelles. En ce mois de novembre 2017, l’entreprise vient de mettre en service trois centrales solaires en Inde pour une capacité totale de 87 mégawatts. De quoi fournir en électricité près de 120 000 foyers .

Il y a deux ans, l’Inde avait annoncé vouloir multiplier par 25 ses capacités de production d’énergie solaire d’ici 2022. Les projets se concrétisent, preuve qu’il est possible de ratifier l’accord de Paris et tenir concrètement ses engagements.

Auteur : Célia Morin, contribution bénévole


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