Le Conseil d’administration du groupe LafargeHolcim a finalement reconnu sa responsabilité. Le groupe Lafarge a bien financé des groupes armés et terroristes en Syrie pour continuer ses activités. Son Directeur général Eric Olsen a été remercié.

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Lafarge reconnaît avoir financé des groupes armés en Syrie pour continuer ses activités entre 2013 et 2014. PHOTO// Arnd Wiegmann / Reuters

De 2010 à septembre 2014, Lafarge a fait tourné sa cimenterie à Jalabiya, à 150 km au nord-est d’Alep. En juin 2016, Le Monde révélait que l’usine n’avait pu tourner entre 2013 et 2014 que grâce au financement de groupes armés. Lafarge « a payé des taxes à l’organisation Etat islamique entre 2013 et 2014, afin de continuer à fonctionner pendant la guerre », accusait le journal. La cimenterie s’est acquittée de « droits de passage aux checkpoints tenus par les djihadistes pour ses camions » et a acheté du pétrole auprès de négociants « dont les champs étaient tenus par l’EI ». Les terroristes se sont ensuite emparés de l’usine qui n’a pas été relancée depuis.

Lafarge reconnaît finalement ses agissements

Entre temps, Lafarge a fusionné avec le suisse Holcim. Après avoir nié les faits dans un premier temps, LafargeHolcim avait confié une enquête indépendante à deux cabinets d’avocats pour répondre aux accusations du journal. A l’occasion de résultats préliminaires, LafargeHolcim reconnaissait ses torts. L’entreprise précisait dans un communiqué du 2 mars que ces « arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions » avait pour but de « maintenir l’activité et d’assurer un passage sûr des employés et des approvisionnements vers, et, depuis l’usine ». Les responsables des opérations en Syrie pensaient agir « dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés ». Le Conseil d’administration estime que ces mesures relèvent d’ « erreurs de jugement significatives » et que « rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables ».

Le groupe précise qu’il ne s’est pas enrichi durant cette période, les activités en Syrie fonctionnant à perte. Son communiqué veut rassurer les actionnaires : « rien n’indique que les allégations dont il a été fait état sont susceptibles d’avoir un impact financier négatif significatif sur le Groupe ». Autrement dit, financer une entreprise terroriste pour poursuivre ses activités n’est pas grave. Pour éviter que cette situation ne se reproduise, le groupe a notamment annoncé la création d’un nouveau Comité Éthique, Intégrité et Risques, supervisé par un membre du Comité exécutif.

Eric Olsen démissionne pour apaiser les tensions

Le Conseil d’administration ajoute dans un communiqué du 24 avril que « bien que ces mesures aient été prises à l’initiative de la direction locale et régionale, certains membres de la direction du Groupe ont eu connaissance de situations indiquant des violations du code de conduite des affaires de Lafarge ». Néanmoins, il blanchit Eric Olsen, actuel Directeur général depuis la fusion de Lafarge et Holcim en septembre 2015. Ce dernier a toutefois remis sa démission tout en précisant qu’il n’était « en aucune manière impliqué, ni même informé d’actes répréhensibles ». Il espère que son départ prévu le 15 juillet prochain apaisera les « fortes tensions ».

Lafarge ne devrait néanmoins pas s’en sortir si facilement. L’entreprise devra répondre de ses actes devant la justice. Une plainte a été déposée par l’ONG Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR). Une autre par le ministre de l’Economie Michel Sapin. Les accusations portent notamment sur le financement du terrorisme, complicité de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

LafargeHolcim connait des critiques sur un autre front. Début mars, l’entreprise s’est dite prête à vendre son ciment pour construire le mur controversé entre le Mexique et les Etats-Unis, annoncé par Donald Trump. Un mur anti-clandestin qui continue d’interroger sur la moralité de l’entreprise.

Vers la vigilance des multinationales?

La loi sur le devoir de vigilance des multinationales est parue au Journal Officiel le 28 mars 2017. Elle devrait permettre de diminuer les risques qu’une telle situation ne se reproduise. Les 150 grandes entreprises multinationales concernées devront développer un plan de vigilance. Il visera à prévenir les violations de droits humains et sanitaires et réduire les impacts environnementaux. Que cela concerne leurs activités, celles de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs, en France comme à l’étranger. Les victimes  pourront saisir un juge pour faire respecter cette nouvelle obligation.

Mais les ONG sont dubitatives! Si les entreprises ont un devoir de moyens, elles n’en n’ont pas de résultats. Le décret d’application et les premières jurisprudences seront capitales pour évaluer la porter de cette nouvelle loi.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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