Dans son rapport 2018, la Cour des comptes estime que le déploiement du compteur Linky se fait au profit d’Enedis. L’UFC-Que-Choisir rejoint cette analyse et a lancé sa pétition « Refusons de payer pour Enedis« . Elle a déjà recueilli plus de 150.000 signatures.

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L’UFC-Que-Choisir lance une pétition pour remettre l’intérêt du consommateur au centre du déploiement de Linky. PHOTO//Natura-sciences et UFC-Que-Choisir

« En l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie », estime la Cour des comptes dans son rapport 2018 consacré aux compteurs communicants Linky. L’investissement total pour remplacer l’ensemble des compteurs électriques Linky par Enedis et quelques autres distributeurs est évalué à près de 5,7 milliards d’euros. Chaque compteur coûtera environ 130 euros aux consommateurs.

Un investissement entièrement remboursé par les consommateurs

Au total, l’investissement consenti par Enedis se chiffre à hauteur de 5,3 milliards d’euros. Cette filiale d’EDF avancera les coûts de déploiement de Linky. Néanmoins, les consommateurs rembourseront intégralement Enedis à partir de 2021 à travers leur facture d’électricité. Dans ces conditions, la Cour des comptes dénonce « un dispositif coûteux pour le consommateur mais avantageux pour Enedis ».

La Commission de régulation de l’énergie défend le dispositif. Elle argue que le surcoût ne sera répercuté sur les consommateurs au moment où la majorité d’entre eux bénéficieront des avantages du compteur. En revanche, la Cour des comptes dénonce des intérêts et des primes trop avantageuses pour Enedis. En effet, la rémunération d’Enedis pourrait s’élever entre 10 % et 11 %, avec une rémunération minimale prévue par contrat à 5,25 %. Résultat : la marge empôchée par Enedis pourrait être de l’ordre de 506 millions d’euros.

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De trop faibles gains pour les consommateurs

La Cour des comptes estime que les gains potentiels pour les usagers pourraient atteindre 9,2 milliards d’euros. Et ce, essentiellement grâce à l’amélioration de la concurrence, la valorisation de la télé-relève et des télé-opérations. Sans oublier la baisse de la consommation résultant de la maîtrise de la demande de l’énergie. Toutefois, le contrôleur des comptes publics note que les moyens actuellement mis en place pour atteindre ces gains potentiels sont largement insuffisants. L’UFC-Que-Choisir dénonce ces manques depuis plusieurs années. L’association demande à son tour d’améliorer le dispositif. Elle souhaite particulièrement améliorer le niveau d’information des usagers sur leur consommation, pour en faire « un véritable outil de maîtrise de la consommation énergétique ».

Pour changer la donne, la Cour des comptes invite les pouvoirs publics, les distributeurs et les fournisseurs à développer des actions de maîtrise de la demande d’énergie. Cela passe notamment par le développement de moyens simples pour communiquer la consommation détaillée aux particuliers. En particulier, la juridiction financière incite les fournisseurs à définir des plages tarifaires plus nombreuses et variées, pour aller au-delà du traditionnel heures pleines/heures creuses. Enfin, elle invite l’ensemble des acteurs à une meilleure communication pour rassurer la population. Celle-ci devra porter sur l’absence de risques sanitaires et la protection des données personnelles.

Un différé tarifaire remis en cause

Le contrôleur des comptes publics demande de modifier le dispositif de différé tarifaire pour en réduire le coût pour le consommateur. Il souhaite aussi faire réduire les primes qui pourraient être accordées à Enedis, au regard de la forte rémunération prévue. Dans une lettre, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) rejette toutefois cette idéé pour ne pas créer « un précédent en termes d’insécurité juridique quant à la portée des décisions du régulateur ».

Mais rien n’y fait. L’UFC-Que-Choisir monte à son tour au créneau. « L’affichage déporté, permettant une information en temps réel plus complète et lisible, est limité aux seuls ménages précaires, regrette l’association. En l’état, les compteurs Linky ne sauraient donc garantir une meilleure maîtrise de la consommation énergétique par les ménages ! ». Puisque les gains pour les consommateurs seraient trop faibles, elle refuse que ces compteurs soient financés par les seuls consommateurs. Tout comme la Cour des comptes, elle demande la révision de la rémunération d’Enedis. En France, chaque compteur coûte près de 130 euros, contre 80 euros en Italie.

Pas de problèmes pour la Commission de Régulation de l’Energie

De son côté, la CRE défend coûte que coûte le projet. « Sur le coût de ce projet, le Président de la CRE élève le ton pour rappeler que son financement sera totalement neutre pour les clients grâce aux nombreux gains que ces compteurs permettront, notamment pour maîtriser la demande d’énergie : au global, leur facture n’en sera pas affectée », fait-elle savoir dans un communiqué.

L’UFC-Que-Choisir note également de nombreux problèmes de pose et de dysfonctionnements consécutifs à l’installation du compteur. Ses juristes se sont donc mobilisés. Des questions-réponses sur les recours possibles en fonction des problèmes rencontrés sont mises à disposition, de même que des lettres types à adresser en recommandé à Enedis pour obtenir réparation des dommages subis.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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