Depuis le 1er janvier 2013,  la quantité totale de mercure contenue dans une lampe fluocompacte (LFC) de moins de 30 W est limitée à 2,5 milligrammes (mg)  de mercure. C’est l’occasion de faire un point sur les rumeurs qui tournent autour de ces lampes. Pour ce faire, Natura Sciences a mené l’enquête auprès du Criirem et de l’ADEME.

lampes fluocompactes LFC

Les lampes fluocompactes sont désormais bien acceptées par les particuliers.© Natura Sciences

Les lampes fluocompactes, couramment appelés lampes à économie d’énergie, pouvaient contenir jusqu’à présent 5 mg de mercure. Cette limite est abaissée à 3,5 mg au 1er janvier 2012 pour les lampes de moins de 30 W. Ce passage se fait sans douleur, les constructeurs étant bien préparés.

3,5 mg par lampe, c’est peu. Pourtant, à grande échelle le mercure présente bien un risque de pollution. Les propriétés toxiques de ce métal sont désormais bien connues. En 2009, 133 millions de LFC ont  été vendues en France. Plus de 600 kg de mercure ont été nécessaires à leur fabrication. Ce mercure constitue une source de pollution non négligeable si les lampes ne sont pas recyclées.

La grande majorité du mercure émis par les activités humaines provient des centrales thermiques au charbon et de l’exploitation ou combustion de gaz et[1] pétrole pour la production d’électricité. L’incinération constitue également une source non négligeable d’émission. Selon l’éco-organisme Récylum, grâce à leur faible consommation énergétique, les LFC permettent de réduire les émissions de mercure dues à leur consommation électrique. Cela permet de compenser le mercure intégré dans leur fabrication.

Le recyclage des lampes fluocompactes, une priorité

93 % de la masse des LFC est recyclable, mais leur taux de récupération en fin de vie est encore faible. En 2011, ce taux ne dépassait pas 35 % en France. Il est pourtant primordial de gérer la fin de vie de ces ampoules considérées comme Déchet d’Equipement Electrique et Electronique (DEEE). Cela pour éviter la contamination de l’air, de l’eau et des sols, notamment par le mercure. Lorsque votre lampe ne fonctionne plus, vous pouvez la déposer chez votre distributeur, dans une déchetterie ou chez un collecteur de déchets. Récylum se chargera ensuite de sa collecte, de son traitement et de sa valorisation.

Le verre constitue 88 % du poids des lampes. Les métaux comme le fer, l’aluminium ou le cuivre représentent 5 % de leur poids. Les plastiques représentent quant à eux 4 % de leur poids, mais ne sont pas recyclés, car les volumes sont insuffisants pour la mise en place d’une filière économiquement viable. Les poudres fluorescentes recouvrant l’intérieur des lampes représentent 3 % du poids des lampes. Constituées de terres rares (silicates, aluminates), elles sont stockées dans l’attente de la mise en service de la technologie de recyclage en cours de développement par la société Rhodia. Enfin, le mercure (0,005%) contenu dans les poudres fluorescentes est vitrifié et stocké en centres de stockage des déchets ultimes.

Un champ magnétique important ?

Tout appareil électronique, du four à l’ordinateur en passant par le radio-réveil et le rasoir électrique, génère un champ électrique et un champ magnétique. L’intensité de ce champ diminue à mesure que l’on s’éloigne de la source. Le ballast des LFC dissimule des circuits électroniques, responsables de champs électriques mesurables. Une controverse a alimenté de nombreux débats sur l’intensité de ces ondes.

En 2007, le Centre de Recherche et d’Information Indépendant sur les Rayonnements Électro Magnétiques non ionisants (Criirem) affirme que les LFC émettent d’importants rayonnements électromagnétiques.[1] Le problème se pose selon eux surtout à courte distance et à l’allumage. Les valeurs qui ont alerté le Criirem se situent à une distance des lampes de 5 et 20 cm. Les valeurs reviennent au niveau du bruit de fond ambiant (0.2 V/m) à  1 mètre des LFC. Face à cette mise en garde, l’ADEME a lancé une campagne de mesures sur 300 lampes. « Nous nous sommes fourni directement auprès des grandes surfaces, avons acheté des lampes que tout un chacun pouvait acheter, dans le but de rassurer le consommateur », affirme Bruno Laffitte, rapporteur de l’étude de l’ADEME. Les puissances des lampes choisies variaient de 5 à 30 W, ce qui correspond aux gammes de lampes domestiques disponibles sur le marché.

Le rapport final de l’ADEME précise « Conformément au protocole de mesure de l’AFSSET et au cahier des charges de l’ADEME, cette campagne de mesures concerne la caractérisation de l’exposition continue en régime stabilisé des lampes fluo compactes ». [2] Ainsi, les résultats donnent un champ de 6 à 63 volts par mètre (V/m) à 30 cm des lampes avec une moyenne située à 15 V/m. Ces valeurs restent inférieures à la valeur de référence de référence de 87 V/m fixée au niveau européen pour la bande de fréquence concernée (30 à 60 kHz).

 Le collège d’experts réunis a établit un protocole de mesure accepté par le Criirem. Un protocole de mesure plus complexe est nécessaire pour mesurer les champs en dessous de 30 cm et l’ADEME a choisi de ne pas les mesurer dans le protocole retenu. L’ADEME ne se prononce qu’au vu des mesures réalisées. L’ADEME préconise toutefois de maintenir une distance de 30 cm avec la lampe, lors des utilisations prolongées (lampe de bureau ou lampe de chevet). Il convient de signaler que des études étrangères et en particulier une étude réalisée en mars 2010 par le Swiss Federal Institue of Technology (Fondation ITIS) a trouvé des valeurs supérieures à 100 V/m à 15 cm.

 Cette controverse est toujours au goût du jour. En revanche, pas de panique ! Par souci de précaution, toutes les recommandations sont les mêmes : ne pas se tenir à moins de 30 cm de distance des lampes fluocompactes. Au-dessus, vous ne risquez rien. Pour le Criirem, une distance de sécurité d’au moins 50 cm voire un mètre de distance reste l’option la plus sure. La commission de la Sécurité des Consommateurs [3] recommande que les personnes équipées de stimulateurs cardiaques respectent une distance supérieure à ces 30 cm ou conservent des lampes à incandescence autorisées dans leur environnement proche.

Moins d’énergie et une durée de vie plus longue

Selon l’ADEME, chaque ménage français possède en moyenne 22 lampes, en achète 3 par an et consomme environ 350 kWh par an pour s’éclairer. Cela représente 9 % de leur facture d’électricité. Dans certains secteurs d’activité, comme le secteur tertiaire, l’éclairage représente près de 35 % de la facture énergétique pour l’éclairage des magasins et des bureaux. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie, l’éclairage engendre chaque année dans le monde 1900 millions de tonnes de CO2, soit près de 4 fois les émissions annuelles de gaz à effet de serre de la France et absorbe 19 % de la production d’électricité de la planète.

 Les lampes fluocompactes consomment 4 à 5 fois moins d’énergie et ont une durée de vie de 6 à 10 fois plus élevée que les ampoules à incandescence traditionnelles. 8 000 heures en moyenne, contre 1 000 heures pour une ampoule classique et entre 2 000 et 3 000 heures pour une halogène. Installez en priorité vos LFC sur les points d’éclairage les plus longtemps allumés. C’est là qu’elles permettent le maximum d’économies. Bien que leur prix d’achat soit plus élevé, elles sont plus économiques à long terme.

 Des lampes qui chauffent beaucoup moins : un problème ?

95 % des kWh consommés par une ampoule à incandescence allumée produit de la chaleur. Les 5 % restant produisent la lumière recherchée. Pour les LFC, environ 20 à 30 % des kWh consommés émettent de la lumière et 70 à 80 % produisent de chaleur.

Les partisans des ampoules à incandescence soutiennent que le remplacement de ces ampoules par des LFC pourrait mener, non pas à la diminution des émissions de gaz à effet de serre, mais au contraire à leur augmentation ! Comment arrivent-ils à cette conclusion ? En partant du fait que les systèmes de chauffage au mazout ou au gaz devront combler le manque de chauffage de ces ampoules… compensant alors les économies d’électricité réalisées par les LBC. C’est ce qu’ils appellent l’effet croisé. Ces raisonnements sont plus que discutables et ne prennent pas en compte l’intérêt pour l’éclairage public extérieur et les nouvelles règlementations thermiques (RT). « Une lampe ce n’est pas fait pour chauffer », ironise Bruno Laffitte et il ne faut pas oublier «  les RT 2005 et RT 2012 qui imposent de réduire et limiter les consommations énergétiques des bâtiments», rappelle t-il. Dans ce contexte, les LFC ont leur rôle à jouer pour limiter la consommation d’énergie liée à l’éclairage.

 Le remplacement de toutes les ampoules à incandescence par des lampes « basse consommation », inscrit dans l’engagement n°53 du Grenelle Environnement, permettrait d’économiser 8 térawatts-heure (soit l’équivalent de deux fois la consommation annuelle d’électricité des habitants de Paris) et de réduire les émissions de CO2 de près d’1 million de tonnes chaque année.

 Que faire en cas de casse d’une lampe fluocompacte ?

 En cas de casse, vous ne risquez pas grand-chose ! Par précaution, sortez tout de même de la pièce et laissez aérer pendant au moins un quart d’heure. Il est aussi conseillé de se protéger les mains pour ramassers débris de verre, notamment pour éviter que le mercure ne pénètre dans le sang.

L’eclairage LED permet de s’affranchir du mercure et des champs magnétiques. Avec une consommation énergétique encore moins élevée, elles constitueront sûrement l’éclairage de demain.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

Références

 [1] Criirem. Communiqué de presse : Mise en garde sur les ampoules à économie d’énergie. 21/08/2007

[2] ADEME. Mesures de l’exposition humaine des champs électromagnétiques émis par les lampes fluorescentes compactes. Affaire n° ER-712-090044-712-RIS. Juin 2010

[3] Commission de la Sécurité des Consommateurs. Avis relatif aux risques liés à l’utilisation des lampes fluocompactes en milieu domestique. 13 janvier 2011

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