Dans le cadre du débat national sur la transition énergétique, Peter Altmaier, Ministre fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sûreté nucléaire a été auditionné par le conseil national du débat. La fermeture des centrales nucléaires n’a pas forcément les conséquences que l’on imagine ! A cette occasion, Un Office franco-allemand pour les énergies renouvelables est créé !

nucléaire peter altmaier

Peter Altmaier défend la sortie allemande du nucléaire

Stop aux idées reçues ! Malgré la fermeture de 8 centrales nucléaires en 2011, l’Allemagne a continué à baisser les émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique et n’a pas augmenté ses importations. « En réalité, nous avons toujours eu en 2011 et 2012 un surplus d’exportation par rapport aux voisins européens, même la France », fait-il valoir. Même en hiver, l’Allemagne a exporté plus d’électricité vers la France, qu’elle n’en a importée !

La différence de production a majoritairement été fournie par les énergies renouvelables et la hausse de production des centrales existantes. Il n’y a pas eu de construction de nouvelles centrales à gaz ou au charbon. À ce jour, déjà 23 % de l’électricité allemande est fournie par des énergies renouvelables. Selon les estimations, cette part devrait atteindre entre 35 et 40 % en 2020, les 9 centrales nucléaires allemandes restantes devant fermer en 2022. L’objectif à long-terme est ambitieux : atteindre 80 % d’électricité d’origine renouvelable en 2050.

Attention au charbon !

Malgré ces bons résultats, Peter Altmaier voit d’un œil inquiet le développement des gaz de schistes aux Etats-Unis. Ce développement provoque la baisse du prix du charbon en Europe et les pays favorisent peu à peu le charbon, au détriment des usines à gaz. Il appelle à un débat politique en Europe, car si le charbon est moins cher, il est incompatible avec les objectifs climatiques.

Les chiffres allemands montrent que la croissance économique du pays n’est plus liée à l’augmentation de la consommation électrique. Selon les chiffres provisoires en 2012, l’économie allemande a crû de 0,8 % et la consommation nette d’électricité a baissé de 2 %. « Je ne sais pas si il y a des influences climatiques, il faut voir cela, mais nous avons pour but de réduire la consommation totale d’électricité de 10 % d’ici 2020 », reconnait-il toutefois.

En Allemagne, une grande part des énergies renouvelables est fournie par des agriculteurs qui produisent du biogaz et accueillent sur leur territoire des éoliennes ou des panneaux solaires. L’approvisionnement énergétique s’en trouve diversifié et le revenu des agriculteurs augmenté et stabilisé.

Après avoir raté les révolutions de l’électronique et des ordinateurs, l’Europe se doit d’être pionnier sur le plan mondial pour développer les renouvelables. « Si la France et l’Allemagne sont les premiers à encourager la recherche, le développement et la mise en place, nous pouvons en bénéficier pour les 30 années à venir », prévient-il. Au contraire, si l’industrialisation des énergies renouvelables ne se fait pas rapidement en Europe, nous passerons encore une fois à côté d’une révolution industrielle.

Un Office de coopération franco-allemand pour les renouvelables

Quelques minutes avant cette audition, Delphine Batho, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et Peter Altmaier ont signé une déclaration commune sur la création d’un Office franco-allemand pour les énergies renouvelables dans le cadre de la transition énergétique. Cet Office a pour but de réussir l’industrialisation des énergies renouvelables dans les deux pays. S’il subsiste des différences notables entre le mix énergétique allemand et français, notamment concernant l’électricité d’origine nucléaire, « ces différences ne doivent en aucun cas nous empêcher de travailler ensemble sur ce qui nous est commun », estime Delphine Batho. « Nous avons bien l’intention, ensemble, de faire de l’Europe, le continent de la transition énergétique », ajoute-t-elle.

L’objectif affiché est de mieux organiser la coopération franco-allemande dans le domaine des énergies renouvelables pour faire figure de proue et attirer les autres pays dans la dynamique. « Nous sommes convaincus que cette coopération nous permettra de faire avancer le projet des renouvelables au plan mondial », estime pour sa part Peter Altmaier, Ministre fédéral de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sûreté nucléaire. « Le débat en France porte exactement sur les mêmes problèmes, sur les mêmes défis, sur les mêmes questions [qu’en Allemagne] », remarque-t-il. La situation entre les deux pays est donc beaucoup plus proche que ce que l’on a pu penser par le passé. Les opportunités de coopération sont donc larges.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


La rédaction vous conseille aussi :

  • costes

    Heureux consommateurs français qui bénéficient d’un prix du kilowattheure très bon marché! Et de fait, les études d’Eurostat, l’agence statistique européenne, le confirment: le prix hors taxe du kwh facturé à «un ménage moyen» atteint en 2011 environ 0,0994 euro dans l’Hexagone, contre 0,1275 en moyenne chez les autres Européens. Seules la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, ou encore la Croatie affichent des tarifs à peu près comparables à ceux de la France.

  • ebxa

    @costes : Vu qu’on ne payait que 10% du prix notre uranium au Niger, vu qu’Areva sousfacturait et sousfacture encore l’enrichissement et le retraitement du combustible tant en étant elle aussi une entreprise détenue par l’état, vu que l’industrie nucléaire n’a pas ou très peu provisionné le coût du démantèlement des réacteurs et du stockage/retraitement de tous les déchets de la filière (millions de tonnes) et vu le niveau très inquiétant de soustraitance (jusqu’à 6 niveaux), il est normal que l’électricité nucléaire historique était et soit assez peu cher (50€ le MWh environ) … mais ce temps est bientôt fini, le nucléaire est un vestige du 20ème siècle, une énergie non renouvelable, 100% importée, de plus en plus couteuse et dangereuse avec tous ces réacteurs âgés, une énergie en recul au niveau mmondial quand les renouvelables ne cessent de progresser et dépasse déja le nucléaire. Les solutions de stockage existent et sont développés dans certains pays européens. (dont la France d’ailleurs)

  • Certains voudraient nous faire croire que le nucléaire est la raison pour laquelle l’électricité française n’est pas très chère.

    Mais la réalité est différente …

    http://energeia.voila.net/electri/taux_nucle_prix.htm

    Regardons le prix hors taxes de l’électricité de différents pays et la proportion de nucléaire dans leur électricité.

    Pour l’exception française, la raison est à chercher ailleurs.

    Une bonne explication se trouve dans la différence des coûts de construction entre une entreprise publique et une entreprise privée pour de grosses installations dont la construction dure plusieurs années et avec de nombreux aléas.

    Voir les comparaisons de la commission de l’énergie de Californie de janvier 2010 entre les POU (public) et le privé (IOU et marché).

    Avec la forte progression des énergies renouvelables, l’Allemagne sort du nucléaire depuis dix ans et n’augmente pas les fossiles pour autant. Tout en exportant plus d’électricité vers la France que l’inverse et en ayant un solde exportateur d’électricité avec l’ensemble de ses voisins.

  • Grenier

    Plutôt que d’abuser des points d’exclamation militants, Mathieu Combe devrait faire attention à ne pas se laisser abuser par la propagande. Comment peut on comparer une production nucléaire française à une capacité solaire allemande ? Le minimum qu’on attend un journaliste spécialisé sur l’énergie, c’est de faire la différence entre capacité et production!!!

  • Bonjour Grenier et merci pour votre commentaire. Ne vous inquiétez pas, heureusement pour moi je fais la différence 🙂 Ce que disait Peter Altmaier à l’époque est que la puissance installée (et a fortiori sa production) permettait justement de contrebalancer la production effective de 20 réacteurs nucléaires. C’est le problème des citations quand une personne étrangère s’exprime en Français. Mais bon, je ne crois pas que cela soit le point capital de l’article.

    Si le militantisme est de tordre l’idée fausse largement diffusée que ce sont les ENR qui sont responsables du développement du charbon, je ne m’en cache pas. A commenter sur le même sujet : le charbon met à mal la lutte contre le réchauffement climatique http://www.natura-sciences.com/energie/charbon-rechauffement-climatique722.html

    Cordialement,
    Matthieu Combe

  • Grenier

    Bonjour Matthieu,
    « la puissance installée (et a fortiori sa production) », cette façon de s’exprimer me laisse penser que décidément non, la différence entre production et capacité installée n’est pas claire pour vous. Permettez-moi de rentrer dans les chiffres pour m’expliquer plus clairement. Le facteur de charge moyen du solaire en Allemagne, c’est 10%. Celui des centrales nucléaires françaises varie entre 75 et 80%. Les 36 GW installés (l’équivalent en puissance installée d’une vingtaine de réacteurs nucléaires) n’ont produit que 30 TWh. Le nucléaire français a produit la même année 403 TWh. Si l’on ramène à 20 réacteurs, cela fait 139 TWh. C’est donc trompeur de dire que les 30 TWh du solaire allemand permettent de « contrebalancer » les 139 TWh du nucléaire français. D’autant plus que ces TWh solaires sont relativement imprévisibles alors que les TWh nucléaires sont à peu près prédictibles.
    Emmanuel Grenier

  • Matthieu

    Bonjour Emmanuel,
    Etant en vacances, je vous ai peut-être répondu un peu vite hier. Votre question m’est toutefois restée en tête hier soir, car je trouvais cela effectivement étrange que la production solaire allemande soit équivalente à la production de 20 réacteurs nucléaires. Après calculs et vérifications, en Allemagne, fin 2013, d’après le BDEW, effectivement la puissance photovoltaique installée était de 36 GW pour une production de 30 TWh. Mais comparons plutôt le photovoltaïque allemand, avec les centrales nucléaires allemandes, cela sera plus pertinent. Votre commentaire est alors d’autant plus pertinent que la production d’un réacteur en allemagne est en moyenne de 10,7 TWh là où la moyenne française n’est « que » de 6,9 TWh (car la puissance des réacteurs allemands est plus élevée, située en moyenne à 1344 MW). Je remplace donc la petite citation de Peter Altmaier par :
    « En Allemagne, la puissance installée de panneaux solaires s’élevait fin 2013 à 36 GW pour une production de 30 Twh. Les 9 réacteurs restant en activité en Allemagne depuis 2012 ont une puissance cumulée de 12,1 GW, pour une production de 97 TWh en 2013. Chaque réacteur produit donc encore 10,7 TWh. Ainsi, le photovoltaïque allemand produit une quantité d’électricité équivalente à la production de 3 réacteurs nucléaires allemands (ou de 4 réaceurs français).
    La production nucléaire allemande était de 167 Twh en 2006, 141 TWh en 2010, 108 TWh en 2011, 100 TWhH en 2012 et 97 TWh en 2013. L’évolution a été particulièrement marquée entre 2006 et 2007, et 2010 et 2011. On remarque que les 30 TWh apportés par le photovoltaïque ont été particulièrement développés en parallèle de cette diminution du nucléaire à partir de 2007 : capacité installée de 4 GW en 2007, 10 GW en 2009, 17 GW en 2010 et 36 GW en 2013. Les 30 TWh du photovoltaïque servent donc bien à « contrebalancer » pour moitié les 70 TWh perdus en électricité d’origine nucléaire entre 2006 et 2013. »
    Cordialement

    PS : pour info, cet article était une simple brève publiée juste après la présentation en février 2013 pour résumer ce qui s’était dit. Il n’avait pas pour objectif d’analyser la situation en profondeur, comme c’est le cas dans d’autres articles. Par simplicité, j’ai enlevé la citation et garde ces considérations pour un prochain article plus détaillé sur la situation allemande.

  • Emmanuel Grenier

    Merci de reconnaître finalement la manipulation d’Altmeier. 3 ou 4 réacteurs, ça fait quand même nettement moins que 20 réacteurs !!! Il me semble très important d’être précis sur ces sujets car autrement, on accrédite l’idée que la transition énergétique est très simple: « y’a qu’à » remplacer le nucléaire par du solaire. Vous savez comme moi que c e n’est pas du tout aussi simple et que la transition à l’allemande n’est possible qu’à deux conditions : avoir beaucoup d’argent pour payer le luxe solaire et éolien; et avoir des voisins sympathiques et compréhensifs qui viennent à votre secours quand il n’y a pas de vent et qui acceptent la déstabilisation de leur réseau électrique en cas d’afflux intempestif d’électricité (cf le grand blackout de novembre 2006) Il semble toutefois que la Tchéquie commence à renâcler. Et que les consommateurs allemands trouvent la facture vraiment trop lourde maintenant.

  • Emmanuel Grenier

    PS : Bonnes vacances !!!

  • Archimède

    Si vous voulez des données précises sur ces questions, je n’ai pas trouvé mieux :

    http://energeia.voila.net/electri2/allemagne_nucle_charbon.htm

    Les renouvelables ont remplacé le nucléaire, le charbon a remplacé le gaz. Les statistiques sont claires.

    Le taux de charge en France selon les différentes énergie :

    http://energeia.voila.net/electri2/taux_charge_electri.htm

    Pour le monde entier, le nucléaire faisait du 82% avant Fukushima. Moins aujourd’hui car les réacteurs japonais sont officiellement en activité alors qu’ils sont tous arrêtés.

    Pour votre information, le « black-out » de novembre 2006 n’a rien à voir avec trop d’électricité. Simplement, une ligne THT a été coupée avant l’heure planifiée pour permettre le passage en toute sécurité d’un pâquebot sortant des chantiers navals de Papenburg, sur l’Ems (le soir à 22h au lieu de la nuit à 1h). Changement réalisé sans vérifier la charge des différents réseaux de substitution.