Selon les informations de Greenpeace, sur les 151 réacteurs en fonctionnement en Europe (hors Russie), 66 ont plus de 30 ans, 25 ont dépassé les 35 années d’exploitation et 7 ont été mis en service il y a plus de 40 ans. L’ONG vient de publier le rapport « Vieillissement des réacteurs : l’Europe au seuil d’une nouvelle ère de risques nucléaires », dénonçant ainsi l’augmentation des risques nucléaires liés au vieillissementde nos réacteurs.

réacteurs nucléaires

Le 4 mars, Greenpeace a organisé des actions dans 6 pays européens pour dire non à la prologation de la durée de vie des réacteurs nucléaires vieillissants. © Philip Reynaers/Greenpeace

Si aux États-Unis, plus de deux tiers des réacteurs nucléaires ont obtenu le renouvellement de leur autorisation d’exploitation pour une durée totale de 60 ans, soit une période de fonctionnement largement supérieure à celle prévue lors du dimensionnement, l’Europe ne s’est pas encore prononcée sur la question. Pourtant, elle mérite d’être posée : en janvier 2014, l’âge moyen des réacteurs européens s’établissait à 29 ans. De plus en plus de réacteurs approchent de la fin de la durée de vie prévue lors de leur conception, soit 30 ou 40 ans.

Un point important est à noter : la capacité totale des réacteurs en cours de construction dans l’union européenne ne suffira pas à remplacer tous les réacteurs en fin de vie. Il reste donc quatre options aux pays européens : prolonger la durée de vie de leur centrale, augmenter la puissance des réacteurs en exploitation, construire de nouveaux réacteurs ou entrer dans une phase de transition énergétique au profit des énergies renouvelables.

« Nous constatons que les industriels sont plus que jamais en quête de nouvelles stratégies qui permettraient d’éviter une sortie progressive du nucléaire, en particulier dans les pays n’ayant pas anticipé le développement d’alternatives viables », note l’ONG dans un communiqué. Au contraire, « la stratégie actuelle des exploitants de centrales dans la plupart des pays européens, notamment en Suisse, en Ukraine et en Russie, s’articulent autour de deux grands axes : l’extension de la durée de vie des centrales (en vue d’une exploitation prolongée) et l’augmentation de la puissance des réacteurs », poursuit-elle.

Vers une augmentation du risque nucléaire ?

Cette stratégie n’est pas sans conséquences sur la sûreté du parc nucléaire européen. En effet, l’augmentation de puissance et la prolongation de la durée de vie des centrales accentuerait la dégradation des tubes d’échange de chaleur et accélèrerait les phénomènes de vieillissement. « Le vieillissement affecte aussi la cuve métallique des réacteurs (fragilisation, fissures au niveau des traversées du couvercle de la cuve, détérioration des équipements internes), l’enceinte de confinement en béton et le bâtiment réacteur (détérioration du câblage, usure des transformateurs) », peut-on lire dans le rapport.

De plus, lors des prolongations de la durée de vie des centrales, les anciennes technologies côtoient les nouvelles et les risques de failles augmentent. C’est un peu comme si vous répariez votre ancienne télévision avec quelques nouveaux composants : les nouveaux composants ne vont pas forcément rendre plus fiables les anciens !

Il existe un système d’assurance pour les accidents nucléaires régi par des conventions internationales en cours de modification depuis 2004. Pour l’instant, les limites de la couverture d’assurance dans le cas d’un accident nucléaire sont de 91 millions d’euros en France. Une fois les changements apportés, chaque réacteur français sera assuré à hauteur de 1,5 milliard d’euros, dont 700 millions seront à la charge de l’exploitant EDF et le reste à la charge de la collectivité. L’accident de Fukushima a pourtant estimé à 186 milliards d’euros par la Commission européenne. Devinez qui paiera en cas de problème ? Je vous le donne dans le mille : les fonds publics, c’est-à-dire vous, indirectement.

En conclusion, Greenpeace note que « les pays qui envisagent de prolonger l’exploitation de leurs installations nucléaires devraient d’abord cesser de financer une partie de la couverture risque avec des fonds publics, étendre la responsabilité aux fournisseurs, soumettre les exploitants à une responsabilité financière déplafonnée et les contraindre d’obtenir des garanties financières dont les montants couvrent le coût réel d’un accident nucléaire. » Ainsi, « l’adoption d’une approche renforcée du régime d’indemnisation en cas d’accident nucléaire est la condition préalable à toute réflexion sur le prolongement d’exploitation des installations nucléaires »

Des actions pour dire « non » à la prolongation de la durée de vie

Le 5 mars 2014, la sortie de ce rapport s’est accompagnée d’actions de Greenpeace en France, Suède, Belgique, Espagne, Suisse et aux Pays-Bas. 240 militants étaient présents dans ou aux abords de centrales nucléaires pour demander à leurs gouvernements de refuser la prolongation de la durée de vie des plus vieilles centrales et d’investir plutôt dans les énergies renouvelables. Ils soutiennent un objectif européen ambitieux de 45 % de renouvelables en 2030. 23 activistes français ont été arrêtés. Voir ci-dessous en vidéo un panorama des actions menées. Greenpeace lance également une pétition.


Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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