Deuxième source d’énergie la plus utilisée en France, l’électricité émet moins de CO2 que les filières fossiles. Celles-ci bénéficient pourtant d’une législation plus favorable. C’est pour répondre aux attentes des particuliers et aux exigences des réglementations que le chauffage électrique a su se réinventer.

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Les radiateurs électriques pilotables depuis son smartphone se développent.

En application des articles 26 et 27 de la Loi de transition énergétique, le gouvernement français a instauré l’individualisation des frais de chauffage dans les logements collectifs pour favoriser une plus grande maîtrise de l’énergie. Chaque ménage payera au plus près sa propre consommation énergétique. Ce, grâce à des appareils de mesure disposés sur chaque émetteur de chaleur ou à l’entrée des appartements.  Et non plus un prorata calculé par rapport à l’immeuble entier. Cette mesure plus équitable est mise en application depuis le 1er janvier 2017 dans les logements les plus énergivores. Elle s’étendra aux autres habitations jusqu’au 31 décembre 2019. L’Ademe estime qu’elle pourrait permettre 15 % d’économies sur la facture énergétique des usagers.

En France, le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire constituent un enjeu économique majeur pour les ménages. Ils représentent en effet de 60 à 75 % de leur facture énergétique. 3,4 millions de foyers français, essentiellement les plus modestes, consacrent plus de 10 % de leur budget annuel pour se chauffer. L’impact environnemental du chauffage est également très important puisque qu’il génère 81 % des émissions de CO2 des résidences principales.

Des innovations pour les radiateurs électriques

Pour gagner en performances, plusieurs innovations ont vu le jour. C’est par exemple le cas du radiateur équipé d’une batterie. C’est la start-up Lancey, lauréate du concours Pulse Auvergne Rhône Alpes d’EDF qui en est à l’origine. En se chargeant pendant les heures creuses et en restituant l’électricité pendant les pics de consommation, l’appareil réduirait fortement les dépenses en chauffage. « On a le système de chauffage électrique le moins cher d’utilisation du marché, affirme Raphaël Meyer, son créateur. On divise par deux la facture de chauffage par rapport à un convecteur traditionnel. »

À la pointe en matière de domotique, le boitier connecté Ecoisme prétend, lui aussi, diminuer la consommation d’énergie de 15 % dans le foyer. Il y traque le gaspillage d’électricité, qui s’élèverait à 30 % de la facture énergétique. Les radiateurs électriques pilotables depuis son smartphone se développent.

Ces avancées légales et technologiques s’inscrivent dans l’objectif pris par la France de réduire de 75 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990.

Bâtiment : les progrès d’un secteur pas encore tout à fait cohérent

Malgré les progrès réalisés par la filière électrique en matière de coût économique et environnemental, les sources d’énergie fossile ‒ et plus particulièrement le gaz et le fioul ‒ restent privilégiées dans certains textes comme la Réglementation thermique 2012 (RT2012). Et, vraisemblablement, la future Réglementation environnementale (RE2018). Basés sur un coefficient de conversion défavorable à l’électricité, ces textes incitent particuliers et promoteurs immobiliers à revenir au gaz.

Comme plus d’un tiers des 17 000 rénovations examinées par une étude de Promotelec, un bailleur social du Nord a ainsi prévu de dépenser 73 000 euros dans chacun de ses 76 logements. Soit 5,6 millions d’euros pour améliorer l’isolation et passer du chauffage électrique au gaz. Avec le même investissement, il aurait pourtant pu diminuer la facture de chauffage de 60 %. Et diviser par 2,8 les émissions de CO2 s’il était resté à l’électricité.

Lire aussi : RT 2012: retour du chauffage au gaz !

Le chauffage électrique : un enjeu environnemental

En 2015, le chauffage électrique équipait 31 % des logements individuels et collectifs en France. Plus simples et moins coûteux à l’installation, les systèmes électriques présentent aussi l’avantage d’être stables en termes de prix. Contrairement à ceux fonctionnant au gaz, au fioul et au bois, plus fluctuants en fonction de l’état des marchés financiers.
Mais le principal atout du chauffage électrique réside dans ses plus faibles émissions de GES. Que ce soit dans l’ancien ou le neuf, les sources d’énergies fossiles sont celles qui émettent le plus de C02.

Pour une maison de 120 m2 construite entre 1975 et 1981, l’Ademe a calculé que les chaudières fonctionnant au fioul étaient le mode de chauffage émettant le plus de C02 (7,4 tonnes/an). Devant celles au gaz et au propane (5,5 t/an). Puis les équipements de micro-cogénération (gaz ou bois, 5,3 t/an). Les convecteurs électriques à effet Joule y émettent 4,6 t/an. Dans une maison neuve de 90 m2, les chaudières à fioul seraient également les plus polluantes en CO2 (1,5 t/an). Devant celles au gaz et au propane (1,1 t/an). Les convecteurs électriques à effet Joule y émettent 0,47 t/an.

Mais, les systèmes de chauffage utilisant des énergies renouvelables sont encore plus performants en termes d’émissions de CO2, constate l’étude de l’Ademe. Pour notre maison de 120 m2, c’est notamment le cas des pompes à chaleur air/eau (1,7 t/an) ou sol/eau (1,2 t/an) et des chaudières bois (0,9 t/an). Dans notre maison neuve de 90 m2, la chaudière bois émet 0,17 t/an, la pompe à chaleur air/eau 0,19 t/an et la pompe à chaleur sol/eau 0,16 t/an.

Entre 2000 et 2009 c’est à dire avant la RT2012, la part de logements neufs équipés de chauffage électrique a continué à augmenter pour atteindre 80 % des systèmes installés. Malgré une baisse de l’électrique au profit du gaz constatée à la suite de cette réglementation, le virage écologique pris par la France, via la Loi de transition énergétique et via l’Accord de Paris signé lors de la COP21 est bel et bien amorcé. Par ailleurs, les initiatives pour rendre le chauffage électrique encore plus performant se multiplient.

Auteur : Melissa Petrucci, contribution bénévole

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