Le 4 avril 2013, le Conseil national du débat sur la transition énergétique (CNDTE) a auditionné Pierre Gadonneix, Président du Conseil Mondial de l’Energie et Olivier Appert, Président du Conseil Français de l’Energie, afin qu’ils leur dressent un paysage des politiques énergétiques mondiales. Ils l’ont fait en s’appuyant sur plusieurs exemples qui pèsent sur les enjeux énergétiques mondiaux.

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Quelles sont les politiques énergétiques mondiales ?

La transition énergétique est un défi prioritaire dans tous les grands pays. Si les réponses locales peuvent être différentes selon les pays, les évolutions des politiques énergétiques tournent autour de 3 enjeux globaux de long terme au niveau mondial. Il s’agit de la sécurité énergétique, l’équité sociale et l’accès à l’énergie, notamment pour les 1,3 milliards d’individus sans accès à l’électricité dans le monde. Dans les populations riches, la question de l’accès à l’énergie est liée à son prix pour les ménages les plus pauvres. En France, elle prend l’aspect de la tarification progressive de l’énergie.

L’Agence Internationale de l’Energie prévoit une croissance de la demande mondiale en énergie +50 % d’ici 2050. Elle devra se faire en limitant les impacts sur l’environnement, dont la lutte contre le réchauffement climatique, les pollutions locales de l’eau, de l’air et des sols, ainsi que les conflits d’usage des sols. Un vaste défi !

La réponse actuelle de la majorité des pays est de diversifier les mix énergétiques nationaux via un portefeuille diversifié de ressources et de technologies les plus rentables. Ils n’excluent aucune source d’énergie a priori, mais valorisent les atouts nationaux et les ressources et technologies les plus compétitives.

Des pays émergents qui poussent la consommation

L’Inde est le pays qui a la plus forte croissance de consommation d’énergie. Les tarifs de l’électricité y ont bondi de 30 % en 3 ans. Protéger les plus pauvres est donc un vrai défi ! La préoccupation première des Indiens est d’augmenter la production en utilisant les ressources propres. Ils développent donc le charbon, l’énergie nucléaire, l’hydraulique et le solaire. L’investissement est colossal : plus de 2 000 milliards de dollars d’ici 2030.

La Chine est devenue le premier consommateur d’énergie du monde. Même aujourd’hui, le pays n’arrive plus à être auto-suffisant en charbon. S’il était exportateur de pétrole jusqu’aux années 1990, il est devenu le deuxième importateur de pétrole au monde depuis 2009.La politique énergétique repose sur le fait de développer toutes les énergies, d’abord les moins chères et décarboner le mix par des actions ciblées. La Chine développe les énergies renouvelables les plus matures et ayant un potentiel local : elle possède déjà la première capacité éolienne installée au monde avec 77 gigawatts. « Il s’y est construit dans l’année 3 fois plus d’éoliennes que n’en compte le parc français », rappelle Pierre Gadonneix. Une éolienne s’y construit toutes les heures, une centrale à charbon toutes les semaines et 26 chantiers nucléaires sont en cours.

Le Brésil est un pays à forte croissance de consommation d’énergie avec une hausse de + 30% entre 2000 et 2010. Pour atteindre l’indépendance énergétique, les solutions apportées sont de développer tout un portefeuille d’énergies valorisant des atouts locaux et des innovations : pétrole offhore sous la couche saline des fonds marins, éthanol à base de canne à sucre (2e producteur mondial) boosté par un parc automobile original flex fuel, hydraulique historique (82% des capacités), nucléaire et gaz (importations).

Dans les pays du golfe, les 3 enjeux sont de réussir à trouver un nouveau mix énergétique, car les pays comprennent que leur production énergétique, basée sur les énergies fossiles est un modèle cher qui n’assure ni la compétitivité ni les revenus futurs. Si les hydrocarbures assurent actuellement 80 % des revenus de ces pays, cela est insuffisant pour booster la croissance et les revenus des populations.

Des pays riches aux réponses contrastées

Pour garantir leur sécurité d’approvisionnement, les Etats-Unis ont misé sur la recherche d’innovations basées notamment sur les énergies non conventionnelles. Pour la première fois dans l’histoire, on observe une déconnexion du prix du gaz aux EU avec le reste du monde : 4 $/MBtu contre 9-11$/MBtu en Europe et 14 $/MBtu en Asie. Le pays sera exportateur de gaz dès 2017 et mise sur une indépendance énergétique à l’horizon 2035.

La politique énergétique japonaise a toujours cherché à limiter les importations et a développé un grand programme pour une plus grande efficacité énergétique. Entre 1973 et 2006, le pays a réussi à utiliser deux fois moins d’énergie pour créer un point de PIB ! Son modèle énergétique a toutefois été ébranlé par l’accident de Fukushima qui a entraîné l’arrêt quasi-total des réacteurs nucléaires, compensé par des délestages et l’utilisation de centrales thermiques conventionnelles. Il en résulte une augmentation des émissions de CO2, des prix de l’électricité et des importations d’énergie. Ces dernières sont passées de 18 G$ à 25 G$ en 2012 et la balance commerciale est déficitaire pour la première fois depuis 1981. Pour contrer cela, le nouveau gouvernement souhaite redémarrer plusieurs réacteurs nucléaires.

En Allemagne, les piliers de l’« Energiewende » (nom donné à son pacte de transition énergétique) sont l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables pour compenser la sortie du nucléaire. La volatilité des renouvelables entre 400 MW et 30 GW peut poser quelques problèmes en l’absence de solutions performantes de stockage et entraîner des productions de pointes fréquentes à base de charbon. Malgré tout, Peter Altmeier, Ministre fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sûreté nucléaire, affirme que les émissions du secteur électrique ont baissé en 2012 et que les importations n’ont pas augmenté.

L’Europe doit être un moteur de cette transition énergétique

La transition énergétique doit être au service de la croissance économique. Elle doit se faire dans le cadre d’une coordination régionale et, plus globalement, dans le cadre d’une gouvernance mondiale sur l’énergie et le climat, favorable aux investissements et aux transferts technologiques. « La transition énergétique devra nécessairement se fonder sur la recherche d’un consensus, aux niveaux nationaux, régionaux et globaux », analyse Pierre Gadonneix.

L’augmentation annuelle des émissions de gaz à effet de serre de la Chine est supérieure à la totalité des émissions de l’Allemagne. Si l’Europe ne pèse pas grand-chose en matière d’émissions par rapport aux pays émergents, elle peut jouer un rôle majeur comme force de proposition et de développement. Pour contribuer à la transition énergétique, « l’Europe pourrait développer des technologies pour les mettre à disposition de l’ensemble des pays qui connaissent le taux de consommation et d’émission les plus importants », estime Pierre Gadonneix.

Ce panorama doit nous inviter à réfléchir dans le cadre du débat national sur la transition énergétique. Favorable au nucléaire, Pierre Gadonneix rappelle que « objectivement, ce n’est pas en fermant une centrale en Allemagne qu’on améliore la sûreté des installations nucléaires dans le monde ». Aujourd’hui, 60 centrales sont en cours de construction et, avec ou sans nous, « cela se fera ! », insiste-t-il. « Il vaut mieux participer avec eux aux règles de sûreté que de s’en désintéresser » conclue-t-il.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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