En 2030, deux humains sur trois vivront au sein d’une ville. Mais les villes abritent déjà la moitié de l’humanité, consomment les trois quarts de l’énergie produite et rejettent 80% des émissions de CO2. La problématique de l’urbanisation galopante doit donc désormais être envisagée de manière systémique. Petit tour d’horizon des villes intelligentes en construction.

villes intelligentes

Avec des milliards d’objets connectés en déploiement, les villes devront assurer la connectivité et l’efficacité de leurs réseaux. PHOTO//Wikimedia

Pour répondre aux besoins des citoyens, les villes intelligentes, ou smart cities, devront incarner demain davantage qu’un slogan. Economie, mobilité, environnement, modes de vie, administration… Tous les secteurs sont concernés et appelés à devenir « smart ». Les idées passées du domaine de la science-fiction au quotidien des villes sont déjà nombreuses de par le monde.

Des villes de plus en plus smart sur les déchets et l’éclairage

760 milliards de dollars : c’est ce que devrait peser, en 2020, le marché mondial de la ville intelligente, selon une estimation de MarketsandMarkets. Avec un tel jackpot à la clé, les entreprises rivalisent d’ingéniosité afin de séduire les villes. Premier enjeu : les impacts environnementaux de l’urbanisation croissante, qui doivent être envisagés dès aujourd’hui. Plus d’habitants dans les villes, cela signifie immanquablement plus de déchets à traiter.

Une problématique qu’a bien compris la ville espagnole de Santander. Celle-ci a fait installer, dès 2014, 6 000 capteurs connectés dans les poubelles publiques et ménagères. Grâce au big data, les camions de ramassage ne se déplacent plus que lorsque cela est nécessaire. Résultats : un gain de temps estimé de 30% à 60%, et une économie de 15% sur les coûts de gestion.

Les villes sont aussi de plus en plus nombreuses à se tourner vers l’éclairage intelligent. A l’image de Chartres, en France, où une vingtaine de luminaires intelligents ne s’éclairent que lorsqu’il y a de la circulation. Près de Bilbao, en Espagne, la petite ville de Bakio a également fait le choix de plusieurs milliers de lampadaires intelligents, avec une économie rondelette à la clé : -82%.

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La mobilité et les transports de plus en plus intelligents

Les transports et la mobilité sont l’autre priorité des villes intelligentes. Plus d’habitants, c’est davantage de déplacements. Mais aussi de complexes problématiques mêlant fluidité des transports, multimodalité, ou encore gestion des places de stationnement. Plusieurs localités françaises ont ainsi choisi de passer aux parkings intelligents et connectés. A Vic-en-Bigorre (65) ou à Sète (34), des capteurs désormais de s’assurer que les règles de stationnement sont bien respectées. En cas de besoin, ils préviennent les services de police afin de procéder à une verbalisation. A Nice, où le même service avait été testé, plusieurs milliers de capteurs, reliés à une application pour smartphone, permettaient aux conducteurs de réduire de 25% le temps qu’ils passaient à chercher une place où se garer.

Quant à la capitale finlandaise, Helsinki, elle a équipé son centre-ville de bornes interactives à destination des touristes. En puisant dans l’open data de la municipalité, le service permet aux promeneurs de visualiser leur position exacte, de calculer leur itinéraire ou de s’informer sur les opportunités culturelles proposées dans le quartier où ils se trouvent.

Les pouvoirs publics se connectent !

Autre champ d’application de la ville intelligente, l’e-administration. A Barcelone, les habitants peuvent désormais réaliser la plupart de leurs démarches administratives depuis leur smartphone. Ils règlent leurs taxes locales ou des contraventions de stationnement, prennent leurs rendez-vous avec l’administration, demandent des documents officiels… Près de 13.000 Barcelonais ont déjà été séduits.

A Barcelone ou ailleurs, il n’y aura pas de ville intelligente sans l’impulsion, décisive, des pouvoirs publics. A l’image de Londres, qui a lancé, en 2014, un DataStore, qui ouvre aux développeurs l’ensemble des données récoltées par les capteurs installés dans la capitale britannique. Plus de 460 applications ont déjà vu le jour. Ou encore à l’instar de la ville d’Astana, au Kazakhstan, qui accueillera, de juin à septembre prochain, l’exposition internationale de 2017. La transition vers la ville durable et connectée sera un morceau de choix de l’Astana Expo 2017, avec des thèmes comme « l’Ecole du futur », les « Smart LED », les « Systèmes intelligents de transport » et même les « Smart Ascenseurs » et la « Smart Plomberie ».

Pionnière en la matière en Asie centrale, la capitale du Kazakhstan a déjà développé et rendu opérationnelles un certain nombre d’applications intelligentes dans ses rues et services publics. Parmi la grosse centaine de pays participants à l’Astana Expo 2017, la France, bien sûr. Le pays présentera certaines de ses dernières trouvailles dans son pavillon de 700  m2.

L’Internet des objets, passage obligé vers les villes intelligentes

Si les smart cities sont dans tous les esprits, encore faut-il que l’écosystème des villes de demain soit à la mesure des immenses potentialités promises. L’Internet des objets (IoT), avec le déploiement de milliards d’objets connectés, sera incontournable pour développer les villes intelligentes. Les villes doivent donc accélérer, dès aujourd’hui, leurs efforts en vue d’assurer la connectivité et l’efficacité de leurs réseaux.

Selon Aaron Partouche, Marketing et Business Development Director chez Colt, cité par l’Usine Digitale, « pour qu’une ville intelligente émerge et grandisse, il est impératif que les infrastructures techniques soient capables de gérer la forte demande d’utilisation du réseau ». Et de plaider pour que les métropoles européennes s’attellent, sans tarder, au câblage par fibre des réseaux urbains. Le même rappelle que la ville de Paris, dans le cadre de sa candidature aux Jeux olympiques, a mis sur pied l’initiative « Smart Paris 2024 ». Celle-ci vise à penser la ville autrement en termes d’accessibilité, d’énergie, de développement durable, etc. Autant d’ambitions qui nécessitent un effort sur les réseaux. De Barcelone à Paris, d’Astana à Amsterdam, la réflexion et les premiers pas avancent donc de concert pour faire émerger les villes intelligentes de demain.

Auteur : Melissa Petrucci, journaliste spécialisée en environnement

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