Alors que les pilotes d’Air France reprennent leur travail, entraînant la fin la grève, présentons un aspect méconnu de la compagnie. Chaque année, plus de 10 000 singes sont exportés de l’Ile Maurice vers des laboratoires situés en Europe et aux Etats-Unis. Air France reste l’une des rares compagnies aériennes à participer à ce commerce: les associations de protection des animaux montent au créneau pour dénoncer sa politique.

singes air france

Singes dans une ferme d’élevage au Laos. © BUAV

Vous pensez que les plus grandes compagnies aériennes du monde ont cessé de transporter des singes vers les laboratoires? Vous n’avez pas forcément tort. À une exception près : notre compagnie nationale, Air France, demeure la seule grande compagnie aérienne à transporter des primates dans les soutes de ses avions.

Enfermés dans des caisses exiguës, ces singes rejoindront les laboratoires européens et américains où ils seront emprisonnés et torturés pour l’expérience. Ils y feront certainement l’objet de tests de toxicité (médicaments, produits chimiques) ou d’expérimentations neurologiques impliquant le plus souvent des perçages de la boîte crânienne. A moins qu’ils ne servent à des tests pour le compte de l’industrie du tabac.Ils pourront passer des années à être psychologiquement et physiquement traumatisés, confinés dans des cages exiguës et isolées, avant d’être tués.

Peta et la Fondation Jane Goodall exhortent Air France à arrêter le transport de ces primates. Elles appellent à privilégier d’autres compagnies aériennes tant que celle-ci n’aura pas cessé ce commerce. En attendant, Peta France suggère à toute personne d’envoyer un mail aux dirigeants d’Air France pour leur faire part de leur indignation.

Un singe vit-il agréablement dans une ferme d’élevage ?

Les singes de laboratoires sont pour la plupart capturés dans la nature de pays d’Afrique et d’Asie (Île Maurice, Laos, Chine…), avant de grandir dans des fermes d’élevages situées dans ces même pays. Il faut dire que ce commerce est bien rentable : chaque individu serait vendu aux laboratoires près de 3 200 euros.

Une enquête en caméra cachée menée par l’Union Britannique pour l’Abolition de la Vivisection (BUAV) en 2012 dénonçait l’horreur des fermes d’élevages sur l’île Maurice. Une nouvelle enquête publiée en janvier 2014 et effectuée, cette fois-ci, par la National Anti-Vivisection Society (Société Nationale Anti-Vivisection) montre que rien n’a changé. Les images ont été récoltées dans une installation d’élevage à l’Île Maurice et dénoncent la maltraitance que subissent ces animaux : manipulations violentes, prélèvements, tests douloureux (dont le test tuberculinique qui requiert d’insérer une aiguille dans la paupière du singe), tatouage d’identification sans anesthésie…

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L’expérimentation sur les singes est-elle inévitable?

La souffrance des singes n’est-elle pas nécessaire pour permettre la recherche sur des maladies graves? C’est notamment la position d’Air France pour se défendre. La compagnie affirme respecter les normes internationales du transport aérien et de l’Organisation mondiale de la santé animale en insistant sur le fait que « l’utilisation des primates à des fins de recherche est décisive dans de nombreux domaines médicaux », comme les travaux sur les maladies de Parkinson, d’Alzheimer, la dépression, l’addiction à l’alcool, et les maladies infectieuses comme le VIH, le paludisme, et l’hépatite C.

Dans une lettre adressée à Alexandre de Juniac, président-directeur général d’Air France-KLM, Jane Goodall a répondu à ces idées reçues en juillet 2014. « Les expériences sur des singes sont rarement bénéfiques. Etude après étude, il est démontré que les primates ne sont pas de bons modèles pour les maladies humaines », affirme-t-elle. « Un rapport historique publié en 2011 par la « National Academy of Sciences’ Institute of Medicine » a conclu que « la plupart des recherche biomédicale sur les chimpanzés ne sont pas nécessaires » ; et un rapport de 2013 publié par les Instituts nationaux américains de la santé a conclu que « la recherche impliquant des chimpanzés a rarement accéléré de nouvelles découvertes ou avancées sur la santé humaine et les maladies infectieuses. Si nous ne pouvons pas trouver de remèdes pour les maladies humaines en utilisant nos parents les plus proches, il est peu probable de trouver ces remèdes à travers l’expérimentation sur nos cousins primates plus éloignés » », conclut-elle.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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