Du 21 au 23 septembre se tenait à Vancouver, au Canada, la 30ème Conférence Internationale sur l’aluminium. Pendant trois jours, les professionnels du secteur se sont réunis afin d’étudier les perspectives qu’offre aujourd’hui le marché et les prochains défis à relever. Métal le plus consommé dans le monde après le fer, l’aluminium est régulièrement décrié pour son impact négatif sur l’environnement. Un impact que les participants de la COP 21 devraient chercher à diminuer en suivant les modèles de production propres mises en place par certains pays. 

aluminium responsable

La production d’aluminium peut-elle être responsable? PHOTO//Wikimedia

L’aluminium est aussi utile et abondant que mystérieux. Derrière ce produit se cache une industrie très importante, qui a fait de ce métal « jeune » (l’aluminium n’a été isolé qu’au milieu du XIXème siècle) un des plus répandus au monde. Aujourd’hui, un Français consomme en moyenne 20 kilos d’aluminium par an, mais ce sont les Chinois les plus demandeurs. Le pays concentre en effet près de la moitié de la demande mondiale en aluminium.

Populaire auprès du grand public pour son utilisation dans la fabrication de produits ménagers comme l’emballage, l’aluminium se retrouve également dans de nombreux secteurs. Les transports, la construction, l’aéronautique, les biens de consommation, sont autant d’industries qui ont recours à ce métal pour produire. Et pour cause, l’aluminium présente des atouts très attractifs, comme la légèreté, son excellente conductivité électrique et thermique ou encore sa capacité à former des alliages aux multiples fonctionnalités.

Si ce spectre d’utilisation très vaste confère à l’aluminium une faculté d’indicateur du dynamisme de l’économie mondiale, il inquiète également quant à son impact sur l’environnement.

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Aluminium : une production polluante ?

L’aluminium a beau présenter des avantages certains, sa fabrication est contestée par beaucoup car parfois polluante et très consommatrice d’énergie. L’aluminium provient des gisements de bauxite, un minerai dont l’extraction peut avoir des répercussions écologiques néfastes pour l’environnement.

L’exploitation des gisements de bauxite peut en effet mener à d’importantes déforestations. Ce fut le cas notamment lors du rachat en 2011 par la société norvégienne Norsk Hydro d’Alunorte, une usine d’extraction d’alumine et de bauxite située sur le Rio Tocantins en Amazonie. Depuis ce rachat, l’exploitation de cette usine a conduit au défrichage de milliers d’hectares de forêts tropicales. La production d’une tonne d’aluminium entraine également le rejet de quatre tonnes de boues rouges, nom donné aux déchets provoqués par la fabrication d’alumine et d’aluminium via le procédé Bayer, principale technique de production à partir de  bauxite employée aujourd’hui. Cette boue rouge, non recyclée, peut être hautement toxique pour l’environnement.

Au Québec par exemple, les scientifiques remarquent depuis une vingtaine d’années une accélération de la mort des bélugas présents dans le Saint Laurent. En cause, selon le docteur Pierre Beland, directeur scientifique de l’Institut national Saint Laurent, spécialisé en écotoxicologie, la société Alcan Aluminium Inc qui ne recyclerait pas correctement la boue rouge qu’elle produit en fabriquant son aluminium et la rejetterait dans l’environnement. Un manque de contrôle de la pollution aquatique qui porte préjudice au pays alors même que celui-ci a tous les éléments pour produire de l’aluminium responsable, ceci grâce à son potentiel hydraulique.

Les usines d’aluminium requièrent des quantités importantes d’électricité. La façon dont chaque pays produit son électricité a donc des conséquences sur l’impact écologique de l’aluminium. Certaines entreprises québecoises profitent ainsi de l’atout environnemental que leur confère leur pays comme Rio Tinto Alcan, filiale de Rio Tinto, qui exploite sur place six alumineries fonctionnant grâce à l’hydroélectricité.

Tout l’inverse de la Chine, pays qui concentre la majeure partie de la demande mondiale, mais également de la production, qu’il réalise sur son propre territoire. Or, le charbon est à l’origine de 70 % de l’électricité produite en Chine.  Le charbon reste très dangereux pour l’environnement. Sa combustion émet 35 % de gaz carbonique en plus que le pétrole et 70 % de plus que le gaz naturel. De plus, l’absence réelle de législation environnementale en Chine encourage le pays à rejeter sa surproduction de bauxite dans l’eau des lacs, une habitude qui nuit massivement à l’écologie et à la production agricole nationale.

Tout dépend des pays

Certains pays parviennent cependant à conjuguer production d’aluminium et impact environnemental réduit, à l’image de la Russie qui mise sur l’hydroénergie pour assurer sa production d’aluminium. Le pays est un des leaders de la fabrication mondiale d’aluminium, derrière la Chine, et bénéficie d’un réseau de centrales hydroélectriques permettant la production de plusieurs millions de tonnes d’aluminium par an (3,4 millions en 2011).

L’Islande pourrait également bien montrer l’exemple. Disposant d’une électricité produite exclusivement à partir d’énergies renouvelables, le pays est devenu en quelques années une référence en matière de fabrication « propre » d’aluminium. Les géants du secteur comme Alcoa ou Rio Tinto ne s’y sont pas trompés et y ont installé des usines alimentées par géothermie pour la plupart. Et si côté émissions de gaz à effet de serre, le pays ne défend pas une politique des plus environnementales (l’Islande a refusé d’adhérer au protocole de Kyoto), côté pollution des eaux, le pays, tributaire de ses exportations de poissons principalement, se veut être irréprochable.

La France a fait de la lutte contre le dérèglement climatique une de ses priorités. Son secteur industriel est responsable de plus de 20 % des émissions de gaz à effet de serre du pays. Pour que les effets de la fabrication de l’aluminium sur l’environnement soient réduits, le processus de production doit inévitablement faire l’objet d’une traçabilité et être intégré à une politique environnementale globale, dans laquelle les bases de production propres seraient développées, multipliées. Un enjeu qui occupera à coups sûrs les discussions de la prochaine conférence des Nations Unies.

Auteur : Melissa Petrucci, contribution volontaire

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