D’un côté, le modèle occidental, aussi puissant que destructeur, menace sa propre survie par son développement. De l’autre, des peuples premiers vénèrent souvent leur milieu naturel au point de le laisser intact depuis des millénaires. A la lumière de cette opposition, le monde occidental pourrait essayer d’allier une forme de sagesse réfléchie à son développement technologique, de manière à se réinscrire dans l’évolution naturelle sans la percevoir comme une régression.  

Arrivera-t-on à écraser cette Terre ?

Arrivera-t-on à écraser cette Terre ?

L’approche sectorisée des problèmes, typique d’une société cartésienne, conduit à des impasses et des incohérences en matière d’écologie. La nature est incroyablement unifiée, comme le prouve la proximité génétique du vivant. La continuité écologique d’un cours d’eau illustre l’enchevêtrement des écosystèmes. Les traiter de manière séparée conduit à en sacrifier une, pour favoriser l’autre. Par exemple, produire de l’électricité sans émettre de CO2, comme c’est le cas des barrages, peut, par la même occasion détériorer le milieu naturel. A l’autre bout de la chaîne, la sobriété énergétique permettrait de limiter l’augmentation des d’unités de production et leur puissance.

L’Homme a besoin de subdiviser les sciences en spécialités pour en comprendre les mécanismes, mais il aurait plutôt intérêt à considérer la nature comme un tout, afin de mieux appréhender les relations et impact induits par des actions a priori sans rapport. La standardisation de la société a conduit en partie à l’échec reconnu des grands ensembles urbains, où les structures sont sectorisées, comme le rappelle le botaniste Jean-Marie Pelt : zones résidentielles, zones commerciales, zones industrielles, zones de loisirs, etc.  Il en va de même pour  la nature. Elle ne peut pas être classée d’une manière gestionnaire, qui ne correspond aucunement à son fonctionnement réel.

L’humain avant tout

La priorité est toujours donnée aux besoins humains, en électricité ou en eau d’irrigation. Les considérations environnementales sont au pire ignorées, au mieux secondaires. Cette tradition d’aménagements en tous genres remonte aux grands projets gaulliens, époque qui a vu la construction de grands barrages, en même temps que le lancement du nucléaire et l’avènement de l’agriculture industrielle. Une soif de rendement et d’indépendance énergétique, jamais atteinte, payée en nature. Le barrage de la Rance avait pour seul dessein l’innovation technique, non la production d’une énergie plus propre. D’ailleurs, aucun inventaire écologique n’avait précédé sa construction, si bien qu’il est aujourd’hui impossible de connaître la faune et la flore qui existaient dans l’estuaire auparavant.

Plus généralement, il s’avère que dans un contexte de pollution et de dégradation globale des milieux, certaines d’entre elles semblent bénéfiques, car elles atténuent l’impact d’autres dégâts anthropiques. Le cas des barrages limitant la circulation des polluants, comme les nitrates, est emblématique du contre sens écologique cultivé dans la société. Une pollution peut en cacher une autre, sans néanmoins la supprimer. Il est donc nécessaire d’adopter une approche globale plus cohérente, qui remette en question chaque pollution et destruction causées par l’Homme, sans prétexter le maintien de l’une, au motif qu’elle en atténue une autre. C’est une surenchère dangereuse  d’agressions de la biosphère, un système pervers où toutes les erreurs de l’Homme se tiennent et se justifient mutuellement.

Est-il encore possible de changer ?

La solution serait pourtant simple. Elle consiste à rendre à la nature de grandes zones, notamment les marais. Celles-ci pourront alors jouer leur rôle d’éponge et éviter de nouvelles catastrophes. Mais ce serait remettre en cause un trop grand nombre de travers de la société : urbanisation galopante et totalement désordonnée, toute puissance des promoteurs, irresponsabilité des acheteurs, surpopulation.

Toutefois, c’est peut-être l’ancrage profond de l’idée d’une supériorité de l’Homme sur la nature qui résonne le plus. Elle transpire dans tous les grands projets d’aménagements, menés en dépit du bon sens écologique, uniquement pour satisfaire le genre humain à court-terme. Terres imperméabilisées, cours d’eau détournés et zones humides asséchées ne sont qu’un échantillon des effets néfastes engendrés par les aménagements humains. Leurs conséquences, déjà terribles, vont être renforcées par le changement climatique, susceptible de provoquer des pluies et des crues plus importantes et plus fréquentes.

Une nouvelles fois, il apparaît que les effets d’actions humaines distinctes se combinent et provoquent des réactions en cascade dont les remèdes dépassent un simple champ de compétences techniques, pointant les fondements d’une société malade.

Auteur : Christofer Jauneau, contribution volontaire

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