L’autopartage permet d’utiliser une voiture sans subir les inconvénients liés à sa possession : assurance, entretien, place de stationnement, etc. Malgré une forte croissance, le système reste marginal avec seulement 200 000 usagers en France début 2014. Le développement de systèmes analogues à Autolib’ pourrait-il changer la donne ?

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Autolib’ propose en 2014 plus de 2000 véhicules en autopartage à Paris et en banlieue

Le bureau de recherche 6t a publié en mai 2014 une étude consacrée à l’autopartage en trace directe, s’appuyant sur le cas particulier d’Autolib’. Dans ce système, le véhicule peut être rendu dans n’importe quelle station, sans se soucier de la station de départ. Une voiture peut être réservée 30 minutes à l’avance et une place vous est réservée durant 1h30.

Le système a déjà séduit 43 000 abonnés actifs, ce qui fait d’Autolib » le plus grand service d’autopartage en trace directe au monde. Voici une bonne base pour mieux comprendre les habitudes des usagers !

Qui utilise Autolib’ et pourquoi ?

Le système attire particulièrement des cadres supérieurs et des gens diplômés (72 % ont au moins un Bac+4). Mais Autolib’, grâce à sa flexibilité d’utilisation, attire aussi les étudiants (8 % des utilisateurs). 6% des autolibeurs se sont inscrits au service pour des raisons écologiques. Les utilisateurs ne sont pas des écologistes convaincus, mais des citadains à la recherche d’une solution de mobilité pratique et économique.

Autolib’ constitue un vrai substitut à la voiture personnelle d’après les résultats de l’étude du bureau 6t. Grâce à la trace directe, les usagers utilisent beaucoup plus souvent Autolib’ que les autres systèmes d’autopartage. Ainsi, 57 % des autolibeurs utilisent une Blue car plus de 2 fois par semaine, lorsque plus de 80 % des autres autopartageurs utilisent leur service moins de 3 fois par mois.

Certains utilisateurs vont même souvent travailler en Autolib’ (32 %) et ils seraient 6 % à ne l’utiliser qu’à cet effet. Il apparaît que la plupart des personnes qui vont au travail en Autolib’ font partie des usagers les plus riches  qui ne veulent pas prendre les transports en commun. Ce phénomène ne se retrouve évidemment pas dans les systèmes en boucle, puisque le véhicule doit être rendu dans la station de départ.

Des parts de marché prises sur les transports en commun

Le revers de la médaille ne se fait pas attendre. Grâce à la flexibilité du système Autolib’, les utilisateurs jugent cette solution plus pratique que les transports en commun. Le service capte dorénavant des déplacements qui étaient auparavant réalisés avec d’autres modes detransports, dont les transports en commun. Ce n’est pas le cas les systèmes en boucle qui, au contraire, augmentent le recours aux transports en commun.

Ainsi, si les utilisateurs d’Autolib’ disent réduire l’utilisation de la voiture personnelle de 63 %, le recours au transport en commun baisse aussi de 28 %, l’usage du vélo de 25 % (mais pas de différence pour Vélib’), la marche à pied de 7 % et les deux-roues motorisés de 42 % ! A l’opposé, si les utilisateurs de Mobizen, un système d’autopartage francilien en boucle, réduisent l’usage de la voiture personnelle de 93 %, ils ont en parallèle augmenté le recours aux transports en commun de 2 %, à la marche à pied de 4 % et au Vélib’ de 30 % (les autres vélos baissent de 6%) ! Le système n’a pas d’effets sur les deux-roues.

Selon les auteurs de l’étude, c’est bien la flexibilité du système Autolib’ qui répond à l’attente des deux-roues motorisés. Ces derniers ne veulent pas subir les contraintes de stationnement, tout en gagnant en sécurité. Le système Autolib’ engendre également une division par 3 de l’usage des taxis chez les usagers.

Une démotorisation moindre que les systèmes en boucle

Selon l’étude, un véhicule Autolib’ remplace 3 voitures particulières et libère 2 places de stationnement. L’étude note une diminution de 23 % du parc automobile des utilisateurs suite à leur abonnement.

Pour le système Mobizen, les résultats sont beaucoup plus importants. Ainsi, un véhicule Mobizen remplace 7 voitures particulières et libère 6 places de stationnement. Le parc automobile des inscrits à Mobizen diminue de 67 % ! Si Autolib’ remplace moins de voitures et supprime moins de kilomètres, grâce à ses véhicules électriques et à un nombre d’usagers beaucoup plus élevé que les autres solutions, son impact réel sur la mobilité est important. Deux chiffres clés à opposer : Autolib’, c’est 43 000 abonnés actifs pour plus de 2 000 véhicules, lorsque Mobizen ne regroupe que 2430 abonnés actif pour 112 véhicules !

Pourquoi une telle différence ? Cela vient principalement des utilisations des voitures louées, selon les auteurs. Autolib’ sert à faire de petits trajets : la location moyenne est de 40 minutes pour 9 km. Mobizen sert plutôt à faire des trajets plus longs : la location moyenne est de 5 heures pour 40 km. La pointe de locations le week-end est particulièrement élevée pour Mobizen, avec une hausse de 89 % par rapport à un jour de semaine, la pointe étant de 23 % pour Autolib’. Un véhicule d’Autolib’ sera donc plus une voiture d’appoint en ville pour des petits trajets, alors qu’une voiture de Mobizen permettra plus facilement de se substituer à une voiture particulière pour de longs trajets.

Comment développer l’autopartage optimal ?

Si l’autopartage se développe en ville, c’est avant tout pour changer les comportements des utilisateurs en reportant la circulation automobile sur un trajet multimodal, c’est-à-dire comprenant plusieurs types de déplacement pour un seul trajet : voiture, transports en commun, marche à pied, etc. Et ce, afin de réduire la circulation automobile ! Dans cette perspective, Autolib’ ne semble pas être la solution optimale, car trop efficace !

D’un autre côté, il apparaît une réelle synergie à développer entre les systèmes en trace directe et en boucle pour permettre aux usagers d’Autolib’ de délaisser à leur tour leur véhicule privé. C’est une condition pour permettre à Autolib’ d’avoir un impact supplémentaire sur les changements de comportement.

« Le développement de l’autopartage passera certainement par une réflexion sur l’hybridation de ses différents systèmes et leur complémentarité avec les autres modes de transport (transports collectifs, vélo,…) » conclut le rapport. De plus, les nouveaux systèmes en trace directe ne devraient pas être « en libre-service, mais avec une réservation préalable obligatoire (de la station de départ, de la durée de la location, de la station de destination) », prévoient les auteurs. A l’opposé, les systèmes en boucle devraient autoriser ponctuellement de faire des déplacements en trace directe, selon le moment et la destination. Pour attirer de nouveaux abonnés, le bureau de recherche propose également de créer une carte multimodale, combinant les transports en commun et les systèmes d’autopartage en trace boucle et en trace directe.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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