Chaque année le cycle recommence : en hiver, la glace de mer arctique atteint son étendue maximale, puis elle font lentement avant d’atteindre son étendue minimale durant le mois de septembre. Cette année, la banquise arctique a atteint son étendue maximale annuelle le 21 mars 2014 à 14,8 millions de  kilomètres carrés selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC). Cela est le 5e maximum le plus faible depuis 1979, année où a commencé le suivi de son évolution par satellite. Quelle évolution peut-on attendre pour cet été ?

banquise arctique 2014

Etendue de la banquise au 21 mars 2014. Ligne jaune : étendue moyenne entre 1981 et 2010. © NSIDC

A la fin du mois de mars, l’étendue de la glace de mer en Arctique était plus faible que la moyenne observée en hiver sur la période 1981-2010 : 14,8 millions de km2  contre 15,53 millions de km2. Néanmoins, cette année, le triste record datant de 2006 n’a pas été battu : la glace de mer ne recouvrait alors plus que 14,47 millions de km2. Mais en 1979, l’étendue maximale hivernale était d’environ 16,4 millions de km2. Depuis 1979, la glace hivernale a reculé d’environ 2,6 % par décennie.

Quelle a été l’évolution de la glace arctique cette année ?

Dans l’Arctique, l’étendue maximale annuelle est atteinte en moyenne le 9 mars. Toutefois, cette date varie d’une année sur l’autre. Ainsi, si l’étendue observée cette année est le 5e maximum le plus faible depuis 1979, en étant atteint le 21 mars, cela en fait aussi le 5e moment le plus tard dans l’année depuis 1979.

Lorsque la glace de mer se rapproche de son maximum de saison, l’étendue peut varier d’un jour à l’autre, car la nouvelle glace se formant au bord est sensible au vent et aux changements de température. En mars, les vents ont fait progresser la glace dans la mer de Barents où la couverture de glace avait été anormalement faible tout l’hiver. Des vents du nord ont également contribué à pousser la banquise vers le sud dans la mer de Béring, où l’étendue était anormalement faible en 2013 et 2014. Les températures de l’air sont toutefois restées exceptionnellement élevées sur tout l’Arctique à partir de la mi-mars, avec des températures de 2 à 6 °C au-dessus de la moyenne observée sur la période 1981-2010.

Prendre en compte l’âge et l’épaisseur de la glace

Les scientifiques utilisent souvent les données sur l’âge de la glace pour en déduire son épaisseur – un des facteurs les plus importants influençant l’étendue des glaces de fin d’été. Bien que l’Arctique a une glace pluriannuelle beaucoup moins épaisse que dans les années 1980 et 1990, cet hiver a connu une certaine reconstitution : l’Arctique a perdu moins de glace durant l’été 2013 qu’en 2012, et cet hiver a également connu une fonte plus faible.

L’étendue de la glace pluriannuelle dans l’océan Arctique est donc nettement supérieure à ce qu’elle était au début de l’hiver dernier. Durant l’été 2013, comme la glace a moins fondu que les années précédentes, une plus grande part de glace de première année a survécu. Cette glace est depuis devenue une glace de deuxième année. En plus, la recirculation prédominante de la banquise pluriannuelle dans le gyre de Beaufort, cet hiver, et une réduction du transport de glace pluriannuelle dans le détroit de Fram a maintenu l’étendue de glace pluriannuelle pendant tout l’hiver.

Ainsi, les données satellites sur l’âge de glace révèlent que la glace pluriannuelle dans le bassin de l’Arctique a augmenté de 2,25 à 3,17 millions de km2 entre fin février 2013 et 2014. Cet hiver, la glace pluriannuelle constitue 43 % de la banquise, alors qu’elle n’était plus que de 30 % en 2013. Bien que ce soit une forte augmentation, et peut présager une plus vaste couverture de glace en septembre 2014 par rapport à l’année dernière, la fraction de l’océan Arctique constituée de glace pluriannuelle reste encore inférieure à celle du début de la saison de fonte de 2007 (elle était alors de 46 %).

Difficile de prévoir l’étendue de glace pour cet été

banquise arctique

Evolution de l’étendue de la banquise arctique en 2012, 2013 et 2014, par rapport à la moyenne entre 1981 et 2010. © NSIDC

Pour rappel, le dernier record de fonte des glaces a été observé en été 2012 avec une banquise ne recouvrant plus que 3,41 millions de kilomètres carrés au 16 septembre, ce qui représentait tout de même 3,3 millions de km2 de moins que la moyenne des minima calculés pour la période 1979-2000 !

Si les caractéristiques de la glace durant l’hiver précédent sont un important indicateur de prévision (par exemple le pourcentage de glace de première année par rapport à la glace pluriannuelle), les conditions météorologiques durant l’été ont un impact majeur sur la fonte de la glace.

La plus grande quantité de glace pluriannuelle pourrait favoriser une fonte plus faible cet été. Cependant, cette reconstitution se compose surtout de glaces pluriannuelle jeunes (âgées de 2 ou 3 ans). La glace pluriannuelle la plus épaisse et la plus ancienne a continué à fondre. Le pourcentage de l’océan Arctique constitué de glace d’au moins 5 ans ou plus reste à seulement 7 %, la moitié de ce qu’il était en février 2007. De plus, fin mars, l’étendue de glace est inférieure à celle de 2012 et 2013, ce qui n’est pas forcément bon signe. Bien que l’épaisseur de glace joue un rôle important dans la fonte des glaces, l’évolution de cet été dépendra aussi fortement des conditions météorologiques. Rien n’est donc joué !

En 2013, la banquise pluriannuelle couvrait le 13 septembre 5,1 millions de km2 contre3,41 millions de km2au 16 septembre 2012 : qu’en sera-t-il en 2014 ? Rendez-vous en septembre !

Auteur : Matthieu Combe

Si vous souhaitez voir les évolutions de l’étendue de glace de mer en hiver et en été de 1979 à 2014, vous pouvez étudier cette carte interactive : http://nsidc.org/arcticseaicenews/charctic-interactive-sea-ice-graph

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