Le traitement massif des données (Big Data) permet aux entreprises d’obtenir des informations stratégiques pour développer leur chiffre d’affaires. Grâce à lui, ils cernent les goûts de leurs clients et pourront même bientôt les anticiper ! Comment sont utilisées vos données ? Vos données personnelles sont-elles protégées ? Réponses !

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Le Big Data va révolutionner l’utilisation et l’analyse des données que vous produisez ! © DARPA

La numérisation de l’économie s’accompagne d’une multiplication du nombre de données. Pour les traiter, les outils classiques de gestion de base de données sont inefficaces et de nouveaux algorithmes ont été définis par les géants de l’informatique.

Si les quantités d’informations à traiter sont massives, leur qualité est hétérogène et les sources sont très variées. Ces données sont beaucoup moins structurées que les données traditionnelles : elles comprennent des messages (tweets, post sur les forums, etc.), des opinions, des données de fidélité ou de géolocalisation et des vidéos. Les données partagées sur internet constituent un gisement inépuisable pour les entreprises qui cherchent à mieux connaître leurs clients et à communiquer avec eux de façon plus ciblée. Grâce à l’analyse de leurs données clients sur internet, elles peuvent, par exemple, segmenter leur clientèle, adresser des messages personnalisés et faire de la publicité en temps-réel.

De l’analyse du tweet à la vente !

Pour obtenir une information intéressante, des analystes spécialisés, les « data scientists » ont vu le jour. Ils interprètent les données, les croisent, les remettent en perspective, obtiennent des informations stratégiques et proposent des représentations directement compréhensibles pour les niveaux décisionnels. Par exemple, l’analyse des tweets est très appréciée par les émissions de télévision pour comprendre ce qui intéresse le plus les téléspectateurs ! En effet, à l’heure du primetime, environ 40% du trafic de Twitter est lié à la télévision, selon l’entreprise spécialisée Mesagraph qui publie chaque semaine l’observatoire de la Social TV (le palmarès des émissions à la plus forte audience sur Twitter). En analysant ces données, l’entreprise arrive à extraire des informations stratégiques. Celles-ci sont ensuite utilisées par les chaînes pour cibler les publicités, savoir quel moment d’une émission a fait le plus réagir et anticiper les attentes des téléspectateurs. Ces données permettent aussi de relier les émissions entre elles, définir des profils de téléspectateurs en fonction des émissions qu’ils commentent.

big data réseaux sociaux

Mesagraph a mesuré l’engagement social, sur Twitter, de la saison 3 de Topchef diffusée sur M6. Cela a permis de comparé l’évolution de cet engagement au cours des différentes émissions. En violet, l’émission du 19/03/2012, en rouge, l’émission du 26/03/2012, en vert, l’émission du 02/04/2012 et en bleu, la finale, avec le pic au moment de l’annonce du vainqueur. © Mesagraph

 

Pour les magasins de la grande distribution, l’analyse des tickets de caisses permettra une meilleure connaissance des achats clients, géolocalisera les préférences des clients, ce qui permettra d’ajuster les stocks en fonction des ventes de chaque magasin. Ainsi, il y aura toujours du stock pour les produits les plus vendus et un peu moins pour les produits qui ne sortent que rarement du magasin ! La carte de fidélité est un outil redoutable pour analyser les parcours clients !

Le Big Data a également des usages internes à l’entreprise, notamment dans le suivi de l’activité et la détection des erreurs. Ces dispositifs sont particulièrement actifs dans le domaine des télécoms, des transports, de la logistique ou de la production industrielle, où le suivi au plus près des flux et des équipements est un facteur clé d’efficacité.

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Le flou sur l’usage des données personnelles

La question de la gouvernance des données et notamment des données personnelles se pose. ÀÀ l’occasion de la 2e édition du congrès BIG DATA PARIS, Stéphane Grumbach, directeur de recherche à l’Institut national en recherches informatiques avancées (INRIA) rappelle que si les données du web 2.0 sont produites par les utilisateurs partout dans le monde, elles sont accumulées par des entreprises le plus souvent à l’étranger. En effet, si l’on regarde les 25 sites les plus utilisés aux Etats-Unis, en Chine et en Russie, on s’aperçoit qu’ils sont respectivement à 100 %, 92 % et 68 % nationaux. En revanche, en France, seulement 36 % des sites les plus utilisés sont français et les sites nationaux sont ceux qui récoltent le moins de données. Encore plus fort : le top 50 des sites mondiaux regroupe 72 % de sites américains et 16 % de sites chinois !

Les données personnelles circulent donc en sens unique de l’Europe vers les Etats-Unis ; les données américaines ne viennent pas sur notre continent. « On a un peu perdu pied sur qui possède les données » confie également Matteo Pacca, spécialiste Big Data chez McKinsey. Ce décalage engendre des retombées économiques et politiques importantes. La France est très en retard dans ce secteur par rapport aux autres pays européens et l’Europe est, elle-même, très en retard par rapport aux Etats-Unis et aux pays asiatiques.

En Europe, l’usage des données doit être cantonné à ce qui est prévu dans les conditions d’utilisations. Seules les données nécessaires à l’objectif que l’on souhaite atteindre doivent être enregistrées. À l’opposé, des modèles américains comme Facebook sont très ouverts. « Facebook a un milliard d’utilisateurs et des millions d’industriels qui exploitent les données des personnes avec leur consentement », rappelle Stéphane Grumbach. « La position européenne défend un certain modèle, mais comme l’industrie n’existe pas en Europe, les européens reposent sur l’industrie européenne et donc sur le modèle ouvert américain », remarque-t-il. Pour Jean-Baptsite Dézard, expert d’IBM, si vous regardez les autorisations que vous donnez aux prestataires qui proposent des applications tierces sur Facebook « vous pouvez dire quand même qu’il y a un abus ». Généralement vous pouvez vous dire que « si c’est gratuit, c’est que la marchandise c’est vous », insiste-t-il.

Un Projet de règlement européen sur la protection des données personnelles a pour objectif de remplacer la Directive européenne de 1995. « Le projet de règlement vient renforcer la protection du consommateur et de l’utilisateur ; en contrepartie il vient alléger les charges administratives pour les entreprises », affirme Thierry Dor, avocat spécialisé dans les activités de nouvelles technologies et de sécurité des données au cabinet Gide Loyrette Nouel. 3 000 amendements ont été déposés. Le texte devrait être voté par le Parlement d’ici fin de l’année et adopté en 2014, pour une application dès 2016.

Pour tenter de rattraper le retard français en matière de Big Data, le gouvernement a annoncé début avril 2013 un soutien de 11,5 millions d’euros à 7 projets sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets Big Data du volet numérique des Investissements d’avenir. L’investissement total en R&D s’élève à 21,5 M€. Cet appel à projets vise à favoriser l’émergence d’une filière française, par le développement de solutions innovantes et leur utilisation par des acteurs industriels variés. Quatre autres projets sont en cours d’instruction dans le cadre de cet appel à projets. Une nouvelle action de soutien à la filière émergente du Big Data est prévue dans le courant de l’année.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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