Près de 6 millions de cartouches vides collectées en France sont entreposées dans un entrepôt de la société Collectors à Mornant (69). Accumulées en 3 ans de collecte pour un poids total d’environ 3 000 tonnes, ces cartouches ne peuvent pas être recyclées. Collectors en appelle à la responsabilité environnementale des fabricants pour financer leur incinération.

cartouches imprimantes usagées

6 millions de cartouches sont entreposées chez Collectors. Contenu d’un carton © Collectors

En théorie, les fabricants de cartouches d’impression ont l’obligation de s’assurer de l’élimination ou du recyclage de leurs productions en fin de vie. Mis à part la marque Lexmark et l’opérateur Néopost, l’ensemble des fabricants aurait choisi, dans les faits, « d’ignorer le sort réservé en fin de vie de la grande majorité de leur production de cartouches et de toners« , assure Fabrice Legriffon, PDF de Collectors, dans un communiqué.

La PME Collectors est le numéro 1 de la collecte des cartouches d’impression usagées en France. Lors d’un contrôle, elle a été sommée, à la demande des services préfectoraux, de soulager son entrepôt de Mornant de près de 2000 palettes (1 million de cartouches) sous 15 jours. Cela représente l’éliminitation d’environ 500 tonnes de cartouches. Lorsque l’on sait que l’élimination d’une tonne coûte 390 euros, cela ferait donc au bas mot une facture de 195 000 euros pour la PME. Un montant qui forcerait la société à mettre la clé sour la porte. Cette fermeture coûterait 40 emplois et serait une charge énorme pour la collectivité qui devrait alors se charger de l’élimination de ces déchets.

Comment en est-on arrivé là ?

entrepôt collectors cartouches

Entrepôt de Collectors à Mornant, où 6 millions de cartouches attendent d’être traitées. © Collectors

« Dès 2012, j’ai commencé à alerter les fabricants en leur expliquant que l’on rencontrait des difficultés à valoriser les produits collectés, avec de plus en plus d’éliminations à effectuer à des coûts relativement importants lorsque l’on respecte la réglementation« , raconte Fabrice Legriffon. « On récupère à peu près 3,7 millions de cartouches par an, sur les 18 millions de cartouches récupérées par l’ensemble de la filière« , poursuit-il. « On recycle 42 % de ce total, le reste est entreposé en attente d’un accord avec les fabricants« , conclut-il.

Ces cartouches ont été collectées sur l’ensemble du territoire français auprès des entreprises et administrations publiques utilisatrices d’imprimantes et de copieurs. La PME met en cause directement les fabricants qui ont fait s’effondrer le marché du recyclage des cartouches vides. « L’adjonction de dispositifs sophistiqués de suivi et de maintenance rend  impossible la réutilisation de ces cartouches« , explique le PDG. En plus, toute tentative de recyclage pourrait être dangereuse. « On a des cartouches avec du toner qui va souiller les plastiques et le toner peut être inflammable dans un broyeur« , ajoute-t-il.

Ainsi, les 6 millions de cartouches entreposées ne peuvent pas être recyclées et le collecteur se voit privé des moyens pour financer la collecte et l’incinération. Collectors met donc directement en demeure les sociétés Samsung, Epson, Brother, Toshiba, Konica Minolta, Canon, Oki, Ricoh, Kyocera, HP, Dell et Xerox. « Collectors attend de ces marques qu’elles affichent clairement leur volonté d’inscrire durablement la collecte de leurs consommables dans leur stratégie avec un budget réaliste, à l’instar de marques devancières en matière d’environnement comme Lexmark ou Neopost« , insiste la PME. « Tout le monde doit prendre ses responsabilités à hauteur de ses mises sur le marché« , souligne Fabrice Legriffon. « Il est inacceptable que des entreprises comme HP ou Epson qui sont les deux plus gros metteurs sur le marché ne récupèrent presque aucune cartouche, qu’ils ne soient pas forcés de le faire par des dispositifs publics« , précise-t-il.

Bientôt une REP pour les cartouches d’imprimantes ?

La mise en place des règles relatives à la responsabilité élargie des producteurs (REP) obligerait les fabricants à s’assurer du bon traitement et de la gestion des déchets en fin de vie. Les fabricants cherchent à repousser la mise en place de cette REP de 2015 à 2018 : le lobbying semble à son comble. En attendant, ils ne financent que très faiblement la collecte et ne s’attaquent qu’à une petite partie des volumes à traiter.

L’année dernière, Natura Sciences titrait Le recyclage des cartouches d’imprimantes reste à améliorer. Des opérations pilotes étaient prévues par un conglomérat de fabricants. Un an plus tard, le bilan semble faible. « Cartouch’ n’a récupéré sur l’année 2013, à l’aide de ses opérations pilotes, qu’entre 20 000 et 50 000 cartouches, ce qui est très peu pour 15 producteurs, comparés aux 60 millions de cartouches mises sur le marché« , souligne Fabrice Legriffon. « Les fabricants expliquent qu’il récupèrent leurs produits, qu’ils partent vers des filières agréées, que les plastiques sont réemployés à hauteur de 25 % pour mettre dans des coques pour des écrans ou des imprimantes, mais ce n’est que du lobbying environnemental« , poursuit-il. L’accord volontaire actuel de gestion des cartouches usagées ne serait donc que poudre aux yeux.

« Certains fabricants, comme Lexmark ont des budgets colossaux pour recycler leurs cartouches depuis 2006. Les entreprises avancent avoir un schéma interne de récupération. Mais s’ils fonctionnaient réellement, pourquoi aurait-on des stocks aussi importants ?« , s’interroge le PDG de Collectors.

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Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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