Le fleuve le plus sale du monde est souvent recouvert d’un tapis d’ordures d’une rive à l’autre. Le long des 300 km du fleuve Citarum, en Indonésie, les déchets d’environ 5 millions de personnes s’accumulent près de Jakarta. Ce bouillon immonde de pollution industrielle, déchets et eaux usées constitue le gagne-pain des « récupérateurs d’objets » qui nagent pour récolter des articles à revendre.

Les déchets s’accumulent devant la porte de Manggarai. © Thomas Pagano

Le fleuve est d’une couleur inquiétante quand il atteint les banlieues de Jakarta. Noir, bullant, rempli de détritus solides et d’horreurs liquides, son odeur est insupportable. Là où le débit est important, le fleuve mousse sous l’action des détergents ménagers. Lorsque le débit est plus faible, la surface peut devenir bleue à cause d’efflorescence algale. Dans les sections extrêmement polluées, l’eau n’est plus noire mais blanche.

Une grille et une grue pour nettoyer

Avant l’arrivée du fleuve Citarum à Jakarta, il traverse la porte de Manggarai, un endroit parfois décrit comme l’endroit le plus sale du fleuve.  Afin de protéger le palais présidentiel et d’autres zones riches en période de crues, la Porte de Manggarai redirige l’eau dans un canal, direction l’océan. La porte est protégée par un dégrilleur, un ensemble de dents en métal qui retiennent les déchets solides tout en laissant passer l’eau de l’autre côté. Sans ce support, les poubelles pourraient s’accumuler dans les tunnels et sous les ponts en aval. Sur la rive du fleuve, une grue puise les déchets accumulés devant les grilles et les dépose sur le rivage. Dès que des déchets sont retirés, de nouveaux les remplacent.

Le Citarum contient un cocktail d’éléments de la vie quotidienne des Indonésiens. On y retrouve des verres en plastiques, des assiettes, des sacs, des déchets alimentaires, des chaussures, des jouets d’enfants, des DVD, des réfrigérateurs, des matériaux de constructions, des matelas, etc. Derrière la plupart des maisons, des passerelles mènent à de simples latrines, où les déjections rejoignent directement l’eau du fleuve. Ces toilettes se déversent à côté des enfants qui nagent, des adultes qui lavent leurs vêtements et font la vaisselle le long du rivage.

Toutes ces difficultés sont aggravées en cas d’inondations dues aux fortes pluies. L’eau emporte des bidonvilles faits de bois recyclé et de tôle ondulée, éparpillant leur contenu en aval. L’eau polluée envahit aussi d’autres quartiers, laissant les résidus dans les maisons. Des cadavres humains ou animaux flottent parfois à la surface.

Si dans beaucoup de pays développés les maisons les plus chères sont situées le long des fleuves, c’est tout l’inverse ici. Les plus pauvres doivent vivre en ce lieu car c’est le seul endroit qu’ils peuvent louer. Beaucoup d’habitants gagnent environ 1,5 euro par jour grâce aux déchets recyclables qu’ils collectent le long du fleuve et qu’ils vendent sur des radeaux de fortune en bambou. Le bois récupéré est, par exemple,  revendu comme bois de chauffage pour les habitants trop pauvres pour se payer du gaz de cuisson ou du kérosène.

Quelle solution pour demain ?

Pendant que Jakarta a du mal à retirer les ordures qui flottent dans le fleuve tous les jours, trouver une solution sur long terme au problème est un enjeu majeur. Le gouvernement a identifié des projets pour réhabiliter le fleuve sur une quinzaine d’années, comme le dragage et la construction d’usines de traitement des eaux usées. Sans infrastructures standards permettant la collecte régulière des ordures et en l’absence d’égouts, les populations locales jettent tout ce qui est indésirable dans le fleuve, parce qu’ils n’ont pas de meilleure solution.

La sensibilisation des communautés et la coordination sont des éléments clés. Les bidonvilles bloquent la vue sur le fleuve de la route, de sorte que le problème reste hors de vue (et donc hors de l’esprit). Si cette tendance était inversée, et que la route formait une zone tampon entre le fleuve et les habitations, le fleuve subirait moins de pression et le problème serait plus visible.

Malgré les défis considérables à surmonter, l’espoir est toujours là. Plusieurs fleuves fortement pollués en Asie ont été nettoyés. Les fleuves traversant Singapour et Shanghai sont maintenant une fierté. Il ya dix ans, les fleuves de Manille aux Philippines étaient en grande partie dans le même état que le Citarum aujourhd’hui. Grâce à une variété d’approches sociales et d’ingénierie, il y a eu des progrès vers la réhabilitation. Aujourd’hui, la qualité de ces fleuves est grandement améliorée, tout comme le sont la santé et l’économie de la population locale.

Auteur : Thomas Pagano, scientifique qui part à la recherche de rivières intéressantes et inhabituelles. Il a voyagé dans 21 pays cette année, chassant les inondations et les sécheresses extrêmes à travers le monde. 

Une grue retire les déchets du Citarum devant la porte de Maggarai. © Thomas Pagano

Des enfants se baignent dans le Citarum © Thomas Pagano

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • saraswati

    Voici l’horreur du monde futur en train de se réaliser dans le présent.
    On pollue, on prolifère, on assassine, on déboise et surtout on consomme!!!