La conférence de Varsovie s’est terminée samedi après-midi par l’obtention d’un accord entre les délégués des 195 Etats réunis depuis le 11 novembre. Un cadre est donc posé pour le futur accord qui doit être signé à Paris en 2015 et prendre le relais du protocole de Kyoto en 2020, mais la route est encore longue ! L’Europe en ressort affaiblie face aux autres grands pays industriels et aux pays émergents.

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La trajectoire actuelle nous emmène vers un réchauffement de 4°C. Un accord contraignant doit être signé en 2015 à Paris, pour une application en 2020.

Jeudi, plusieurs ONG avaient quitté le sommet pour protester contre le blocage des négociations. Mais samedi, un accord a été trouvé. Si l’accord adopté en 2015 se veut être légalement contraignant et ambitieux pour limiter la hausse des températures à 2°C à l’horizon 2100 (la trajectoire actuelle nous mène vers unréchauffement de 4°C), il reste encore beaucoup de travail à faire!

Durant toute la conférence, les pays en développement n’ont eu cesse de réclamer que les pays industrialisés respectent leurs engagements de Copenhague. Ils les accusent de vouloir faire peser le fardeau de la lutte contre le réchauffement climatique sur leurs épaules, alors même que leurs efforts ne sont pas à la hauteur. En effet, l’effort des pays industrialisés n’atteint pas 20 % de réduction des émissions d’ici 2020, alors que le GIEC préconise une fourchette comprise entre 25 % et 40 %.

Pas d’engagements pour le moment

L’Europe, et plus particulièrement la France, accueillant la conférence de 2015, espérait que les pays mettent sur la table de premiers engagements chiffrés dès 2014. Cela aurait permis d’avoir le temps d’évaluer l’ensemble des offres, voir si elles suffisaient à limiter le réchauffement à 2° C, de façon à éventuellement les réévaluer. Mais les autres pays ne l’entendaient pas ainsi : le texte « invite » finalement les pays à remettre « leurs contributions bien avant » la Conférence de Paris afin de les évaluer et « d’ici le premier trimestre 2015 pour les pays qui le peuvent ». Une formule peu contraignante, sans une réelle feuille de route !

Face au rejet des grands pays émergents, comme la Chine et l’Inde, mais aussi des Etats-Unis, il n’y a plus d’ « engagements », mais simplement des « contributions » sur ce que les pays entendent faire pour lutter contre le changement climatique. Malheureusement, celles-ci ne sont pas légalement contraignantes.

Des pays émergents, mais non développés ?

Jusqu’à présent, la responsabilité était divisée en deux dans ces grandes négociations: pays industrialisés d’un côté, pays en développement de l’autre. Cette frontière était consacrée dans le protocole de Kyoto signé en 1997 et n’engageait que les premiers à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Mais depuis 1997, les choses ont changé. Les émissions augmentent considérablement dans les pays en développement, alors qu’elles ont tendance à stagner, voire baisser dans les pays développés. En 2010, les émissions des pays en développement représentaient 60 % des émissions totales de gaz à effet de serre, environ 23 % pour la Chine et 5 % pour l’Inde, contre près de 15 % pour les Etats-Unis et 11 % pour l’Union européenne.

Pour autant, la Chine et l’Inde, appellent à la «responsabilité historique» des pays riches et demandent un traitement de faveur. Ils se considèrent comme des pays en développement et non des pays riches. En tant que tels, ils ne doivent pas en faire autant que les pays industrialisés contre le réchauffement : il faudra leur en demander bien moins! Bien entendu, les Etats-Unis montent au créneau. Comment donner un tel avantage à leur principal concurrent économique qu’est la Chine ?

Des aides financières non payées

Les pays en développement unis au sein du groupe du G-77 et la Chine demandaient le respect des promesses non tenues depuis 2009. A Copenhague, les pays industrialisés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour les aider à faire face au changement climatique, et régler les « pertes et dommages » subis par ces derniers, via un Fonds vert.

Seulement 10 milliards de dollars par an, soit 30 milliards de dollars ont été versés entre 2010 et 2012. Les pays en développement  n’ont aucune assurance sur les versements dans les prochaines années. Ils réclamaient que les pays industrialisés s’engagent sur une trajectoire de financement avec un objectif intermédiaire de 70 milliards de dollars en 2016. Ils n’y sont pas arrivés. Les pays industrialisés se sont simplement engagés à augmenter progressivement leurs versements, sans calendrier et sans montant précis. Le texte « presse » ainsi les pays développés à « continuer à mobiliser de l’argent public, à des niveaux supérieurs » à ceux de l’aide d’urgence décidée pour 2010-2012. Le flou reste entier.

Le texte sur la création d’un mécanisme portant sur les « pertes et dommages » que subissent les pays du Sud à cause du réchauffement n’a pas été adopté. « Il n’y pas de consensus sur ce texte », a déclaré le délégué égyptien au nom du G-77 et la Chine, qui a demandé « plus de temps » » pour en discuter, alors que la conférence de Varsovie avait déjà dépassé d’une journée la date officielle de clôture.

Cette conférence d’étape montre que le chemin est semé d’embûches. De nombreux points devront être éclaircis d’ici les prochaines étapes à Lima en décembre 2014 puis à Paris en décembre 2015. En Septembre 2014, le Secrétaire général convoquera à New York un Sommet climatique, à l’ouverture de la nouvelle session de l’Assemblée générale. Ban Ki-Moon a demandé à plusieurs reprises aux chefs d’Etat et de gouvernement, mais aussi aux chefs d’entreprises, aux gouvernement locaux et à la société civile de venir au Sommet de 2014 porteurs d’annonces et mesures audacieuses qui permettront de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et de financer des mesures d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques.

Auteur : Hugo Lebout, journaliste du webzine Natura-sciences.com


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