La COP22 s’ouvre ce lundi 7 novembre à Marrakech, au Maroc. Jusqu’au 18 novembre, les négociateurs définiront les règles de mise en oeuvre de l’Accord de Paris, signé au Bourget en décembre 2015, à l’issue de la COP21.

COP22 négociations climatiques

Ségolène Royal, lors de la cérémonie d’ouverture de la COP22 à Marrakech, le 7 novembre. PHOTO//UNclimatechange

La 22e conférence des Parties (COP) se déroulera au Maroc, à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016. Elle réunira l’ensemble des « Parties » ayant signé la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), lors du sommet de Rio en 1992. Cette convention reconnaît les causes anthropiques du changement climatique et la nécessité d’agir pour en minimiser les effets sur les générations futures. Elle est signée par 196 Etats et l’Union européenne en tant qu’espace d’intégration économique qui négocie pour l’ensemble des ses pays membres (28 Etats à ce jour). Plus de 20 000 participants sont attendus : les négociateurs, les ministres et délégations des Etats parties, des entreprises, des ONG, des syndicats, des journalistes…

De la COP21 à la COP22: que s’est-il passé?

La première COP (COP1) a eu lieu en mars 1995 à Berlin et la dernière en date est la COP21 (fin 2015 à Paris). La COP21 a été décisive, car elle a permis d’adopter l’Accord de Paris, le premier accord incluant tous les pays du monde dans la lutte contre le changement climatique à partir de 2020. L’accord signé par 192 Parties vise à contenir l’augmentation de la température moyenne « bien en-deça de 2°C et de s’efforcer de limiter cette augmentation à 1,5°C ». Mais signer n’est pas suffisant. Chaque pays signataire doit selon ses propres modalités, ratifier le texte puis déposer, auprès du Secrétaire général des Nations unies, un document actant son adhésion. Pour entrer en vigueur, l’Accord devait être ratifié par au moins 55 pays, représentant plus de 55 % des émissions mondiales. A ce jour, il est déjà ratifié par 100 Parties, représentant près de 70% des émissions mondiales. L’Accord est donc entré en vigueur, suivant les règles de l’ONU le 4 novembre 2016. La COP21 a ainsi donné un nouvel élan à la lutte contre les changements climatiques. L’Accord de Paris n’aura mis que 11 mois pour entrer en vigueur! Contre 8 ans pour le Protocole de Kyoto. A noter que l’amendement de Doha au Protocole de Kyoto, signé en 2012 par 190 Parties, n’est toujours pas entré en vigueur. Cet amendement prolonge le Protocole de Kyoto de 2013 à 2020. Un nouvel objectif global de réduction des émissions de GES a été fixé pour ces 37 Parties à atteindre sur la période 2013-2020 : au moins -18% par rapport au niveau de 1990.

La dynamique lancée par l’Accord de Paris a permis des avancées majeures en 2016 dans d’autres instances. Notons l’accord de Kigali qui programme la fin progressive des hydrofluocarbures (HFC) d’ici 2050. Mais aussi l’accord de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale pour contrôler ses émissions de CO2. Et enfin l’accord de l’Organisation maritime internationale (OMI) pour réduire la pollution du carburant propulsant les cargos porte-conteneurs, limitant sa teneur maximale en soufre de 3,5 % à 0,5 % à partir de 2020.

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Qu’attendre de la COP22 ?

La COP22 devra transformer l’essai. Elle veut être une COP de l’action et de la mise en oeuvre de l’Accord de Paris. « Il reste des enjeux techniques avancés, soutient David Levai, chercheur en coopération internationale sur le climat à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Trois sujets clés sont au coeur des préoccupations marocaines et de l’ensemble des pays en développement : l’adaptation, les finances et le renforcement des capacités de formation et d’éducation ». Mais il s’agira surtout de définir les règles de transparence communes : la forme prise par le reporting des émissions, le système et la fréquence des contrôles.

En amont de la COP21, les pays avaient transmis des contributions nationales d’engagement de réduction de gaz à effet de serre (INDC, selon le sigle en anglais). Pour le moment, il s’agit simplement d’objectifs, sans mesures concrètes pour les atteindre. « Par rapport aux engagements pris, il va falloir voir quelles sont les politiques publiques et les incitations que les pays doivent mettre en oeuvre, explique David Levai. Concrètement, quels sont les efforts qu’un pays donné doit mettre en place sur son secteur énergétique, sur son offre de transport, sur son agriculture… pour atteindre ses engagements ? ».

Il est par ailleurs nécessaire de clarifier la manière dont les pays doivent améliorer leurs contributions pour parvenir à l’objectif défini dans l’Accord. Car tous les 5 ans, les pays devront soumettre une nouvelle contribution nationale, la somme des engagements actuels mettant la planète sur un trajectoire de +3°C en 2100, contre un objectif de 2°C, voire 1,5°C selon l’accord de Paris. Suite à l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, la première réunion des parties à l’accord de Paris (la CMA) sera convoquée le 15 novembre à la COP22. Une soixantaine de chefs d’Etat et de Gouvernement, dont François Hollande, et plus de soixante-dix ministres chefs de délégation y sont attendus. Comme proposé par Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la CCNUC, il y sera question que les règles de transparence soient définies au plus tard en 2018, pour qu’elles puissent être prises en compte pour la première révision des INDC prévue en 2018.

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Des feuilles de route pour les financements et l’Agenda des solutions

A Copenhague en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. L’objectif : financer l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Mais les pays tardent à définir une feuille de route précise. Selon un rapport de l’OCDE paru en octobre, 67 milliards seraient assurés par les financements publics en 2020. Par effet de levier, l’OCDE estime que, grâce aux financements privés, le montant total pourrait atteindre entre 77 et 133 milliards de dollars en 2020. A la fin de la COP22, une feuille de route claire devra avoir été adoptée.

A l’occasion de la COP21, l’Agenda des solutions a connu un fort engouement. Il regroupe l’ensemble des actions et engagements des acteurs non étatiques – villes, régions, entreprises, investisseurs, organisations de la société civile – pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre et favoriser l’adaptation. Environ 12 000 engagements et 77 initiatives collaboratives ont été pris. Citons par exemple l’alliance solaire internationale, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, la coalition pour le prix du carbone, la coalition pour les transports propres, l’alliance mondiale pour la géothermie… Pour dresser un bilan de ces initiatives, un dispositif de suivi devrait être proposé à la COP22.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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