Les crimes ont une empreinte environnementale forte. Et si l’on construisait de nouvelles politiques prenant en considération l’ensemble des impacts criminels? Une nouvelle piste pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

crimes impact environnemental

Les crimes ont une empreinte carbone et impactent donc le réchauffement climatique. PHOTO//Wikimedia

Des chercheurs ont évalué l’empreinte carbone des crimes en Angleterre et au Pays de Galles. Ils ont considéré l’ensemble des émissions associées au système judiciaire: enquêtes policières, gestion des prisons et des tribunaux… Mais aussi celles liés au remplacement de biens volés ou endommagés, aux hospitalisations des blessés, aux assurances, etc. En appliquant des modèles d’écologie industriel, ils estiment ainsi que l’ensemble des crimes (enregistrés ou non) perpétrés en 2011 ont entraîné l’émission de 4 millions de tonnes de tonnes équivalent CO2 (MteqCO2). Leurs travaux sont publiés dans le Journal of Industrial Ecology.

Plus précisément, 3,5 millions d’infractions ont été enregistrées par la police en 2011. Ils sont responsables de l’émission d’un peu moins de 2 MteqCO2. 15 autres millions d’infractions, non enregistrées, produisent 2 MteqCO2 supplémentaires. Cela équivaut aux émissions énergétiques d’environ 900.000 foyers britanniques. « Etant donné que le volume réel de la criminalité qui se produit ne peut jamais être pleinement estimé[…], notre empreinte est encore susceptible d’être sous-estimée », préviennent les auteurs.

Un homicide ou une agression grave au top des impacts!

Dans le détail, l’empreinte carbone la plus élevée est de loin, celle liée aux homicides, à environ 71 tonnes de CO2 équitalent (teqCO2) par incident. « Cela est principalement dû aux émissions de carbone résultant d’une longue peine de prison et à des coûts de services policiers plus élevés par rapport à d’autres infractions », avancent les auteurs.

Suivent les agressions graves avec une empreinte d’environ 5 tCO2-eq émis par infraction. Les vols et cambriolages émettent environ 1 teqCO2 par incident. Plusieurs infractions, comme les voies de fait, le vol à l’étalage et les dommages criminels, ont une empreinte beaucoup plus petite. A savoir moins de 0,1 teqCO2 par incident.

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Palme d’or pour les cambriolages!

Mais si l’on en prend en compte le nombre total d’infractions, le classement est bouleversé. Les homicides, par exemple, ont certes la plus grande empreinte carbone par unité. Mais vu le faible nombre d’homicides chaque année, ils ne contribuent qu’à hauteur de 1% de l’empreinte carbone totale de la criminalité.  Au contraire, les cambriolages accaparent 30% de l’empreinte totale, notamment en raison du carbone émis lors du remplacement des biens volés ou endommagés. Les blessures et les vols représentent chacun environ 11% de l’empreinte totale. Les émissions de l’ensemble des crimes sont réparties en trois catégories: les actions préventives (12%), les conséquences de la criminalité (67%) et le système judiciaire (21%). Si l’on exclut les crimes non enregistrés, la répartition évolue : 8%, 49% et 43%.

« Cela indique que les mesures de prévention du crime qui ciblent le cambriolage, ainsi que des mesures pour augmenter le taux de récupération des marchandises volées peuvent être particulièrement efficaces en termes d’économies de carbone », affirment les auteurs.

Cibler les crimes pour diminuer l’empreinte

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la réduction des crimes n’engendre pas systématiquement une baisse nette des émissions de carbone. Car un prisonnier consomme moins qu’un habitant lambda. L’argent public épargné par la réduction des peines pourrait être réinvesti dans des actions plus polluantes. Par exemple, une réduction de 5% des cambriolages domestiques pourrait entraîner une augmentation de 2% des émissions en considérant la consommation moyenne des ménages et des dépenses du gouvernement central.

Cette analyse constitue la première partie d’un projet de recherche plus large sur Le coût carbone de la criminalité. Les travaux futurs examineront si cette empreinte peut être réduite et quels sont les impacts carbone des mesures de prévention du crime. « Des politiques prenant en compte l’impact de tous les crimes (social, économique et environnemental) sont maintenant possibles au Royaume-Uni », se félicitent les auteurs. Mais il est irréaliste d’espérer que la police ou les criminels pensent à leur empreinte carbone avant d’agir !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com

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