En 2010, 16 021 tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) professionnels ont été déclarées traitées. Cela représente une baisse de 26 % par rapport à 2009 où 21 599 tonnes avaient été déclarées. Les entreprises auraient-elles baissé drastiquement leur consommation ? La réalité semble toute autre : des producteurs qui avaient déclaré d’importants tonnages en 2009 n’ont tout simplement pas effectué de déclaration en 2010 ou ont déclaré des quantités plus faibles.

Un fauteuil de dentiste usé est un DEEE qui nécessite d’être recyclé. Les éco-organismes pourront se spécialiser par domaines de DEEE professionnels.

« La déclaration doit se faire au registre de l’ADEME par chaque industriel. Les PME ne sont pas toutes au courant et comme il n’y a pas de contraintes, d’autres ne les déclarent pas ; le gisement est donc largement sous estimé » reconnaît Jean-Charles Caudron, chef adjoint du Service Filières Responsabilité élargie du producteur (REP) et Recyclage à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). « Avec la mise en place de la filière pour les professionnels, l’intérêt est de mieux structurer le secteur et d’avoir des statistiques plus fiables », précise-t-il.

S’il est très facile de suivre l’itinéraire des DEEE domestiques grâce aux statistiques des éco-organismes, c’est beaucoup plus difficile pour les professionnels en l’absence de contrôles précis. « Ces filières sont en train d’être mise en place et le déploiement des éco-organismes se fera en 2013-2014 », révèle M. Caudron. « Tout l’intérêt est d’avoir une solution plus visible, de cadrer et moraliser les filières de traitements. Il sera alors possible de demander des comptes, savoir où et comment sont traités les DEEE », précise-t-il.

Cette nouvelle filière devrait permettre une meilleure estimation de la quantité de DEEE générée par les professionnels. En effet, si 16 021 tonnes de DEEE professionnels ont été déclarées traitées en 2010, ces estimations semblent sous-estimées. La filière permettra également un meilleur encadrement des systèmes individuels ou des délégations à l’utilisateur. « On aura alors une meilleure vision de la façon dont sont traités les flux : occasion ou traitement de déchets », précise M. Caudron.  En effet, pour le moment, les flux d’occasion tels qu’Emmaüs ou le Bon Coin ne sont pas suivis.

La démarche pour devenir éco-organisme est volontaire, il n’y a pas d’appel d’offre. « J’aime prendre l’exemple de la PME spécialisée dans le retraitement de fauteuil de dentiste. Celle-ci n’est pas intéressée par des ordinateurs, des distributeurs de boissons ou des portables », explique Jean-Charles Caudron. Il y aura donc beaucoup plus de structures, spécialisées par domaine.

Quelle est la situation actuelle ?

Aujourd’hui, ce sont les professionnels qui se chargent de l’élimination de leurs DEEE. Il n’y a pas d’éco-organismes systématiques responsables de cette collecte, comme c’est le cas pour les DEEE ménagers. Ils doivent mettre en place un système individuel, déléguer l’élimination à une société ou à l’utilisateur final.

Une expérience réussie de délégation est la filière mutualisée nationale de collecte et de recyclage des DEEE professionnels du bâtiment opérationnelle depuis le 1er juillet 2010. Gérée par l’éco-organisme Récylum pour le compte des producteurs, elle permet à tous les détenteurs de matériels électroniques de sécurité, d’éclairage et de régulation usagés de les traiter dans le respect de l’environnement.

Sur les 16 021 tonnes de DEEE professionnels déclarées traitées en France en 2010, 59 % du tonnage a été traité en France, 21 % aux Pays-Bas, 3 % en Egypte, 3 % en Malaisie et 14 % dans d’autres pays selon l’ADEME. Les DEEE qui posent problèmes et qui finissent sur les plages africaines sont justement ceux qui échappent à toute statistique. On peut espérer que la mise en place de contrôles plus fréquents grâce à cette nouvelle filière permettra de changer un peu la donne.

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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