Le recyclage des DEEE peine à augmenter, mais la nouvelle directive européenne DEE 2 impose à la France d’atteindre une collecte de 15 kg par an et par habitant en 2019, contre les 7 kg collectés actuellement. Eco-systèmes, principal éco-organisme des DEEE ménagers a présenté son plan d’actions pour y parvenir !

recyclage DEEE

Comment doubler le recyclage des DEEE et éviter leur enfouissement ou incinération ? © Basel Action Network

Il existe 4 éco-organismes pour les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) ménagers : les éco-organismes généralistes Ecologic, Eco-systèmes et ERP et l’éco-organisme spécifique aux ampoules Récylum.

Selon le rapport annuel « Equipements électriques et électroniques » de l’ADEME publié en septembre 2013, 452 732 tonnes de DEEE ménagers ont été collectés en 2012. Comme en 2011, Eco-systèmes en a récolté 74%, Ecologic 17%, ERP 8% et Récylum 1%. En 2013, Eco-systèmes a récolté plus de 341 000 tonnes de DEEE, soit une hausse de 2,1 % par rapport à 2012. Eco-systèmes est donc le principal acteur de la collecte des DEEE. Le 11 mars 2014, l’éco-organisme a présenté son plan d’actions pour doubler son taux de collecte d’ici 2019.

Où partent les DEEE jetés ?

Les objectifs de recyclage des DEEE en France sont d’atteindre une collecte de 15 kg de DEEE en 2019. Cela représente 65 % du poids moyen d’appareils mis sur le marché.  Les éco-organismes en récoltaient 7 kg en 2013 et ils doivent donc doubler ce taux de collecte à cet horizon.  Doubler le volume de collecte en 5 ans, c’est compliqué ! Eco-systèmes part donc en chasse des gisements non exploités.

Une étude réalisée pour le compte de l’ADEME et OCAD3E (organisme coordonnateur des 4 éco-organismes agréés pour les EEE ménagers) par BIO Intelligence montre que chaque Français achète en moyenne 23 kg d’EEE par an, toutes catégories confondues. En parallèle, chaque consommateur se débarrasse chaque année d’environ 20 kg d’appareils (l’estimation est comprise entre 17 et 23 kg/habitant).

Selon cette étude, sur les 20 kg de DEEE jetés chaque année par les Français, 7 kg sont collectés par les éco-organismes (dont environ 74% sont récoltés par Eco-systèmes), 4,9 kg partent en mélange ferraille (ils peuvent encore être séparés et retraités), 6,1 kg partent dans des flux non identifiés (export illégal et « platin », un état plus avancé que la ferraille où l’on ne peut plus identifier les DEEE et les traiter) et 2 kg sont incinérés ou enfouis.

Quelles sont les pratiques de collecte des DEEE ?

Décortiquons les pratiques de collecte des 20 kg de DEEE jetés chaque année par les Français pour comprendre quels gisements peuvent encore être exploités. Les collectes se répartissent ainsi : 9,5 kg de DEEE sont apportés en déchèteries, magasins ou via l’économie sociale, 5,5 kg sont retraités par des acteurs dits « « orphelins » de filière,  3 kg sont déposés directement sur le trottoir, 1 kg est récupéré via des entreprises de négoce des produits informatiques (brokers et leasers informatiques ) et 1 kg est jeté dans la poubelle !

Mais sur les 9,5 kg de DEEE apportés en déchèteries, magasins ou via l’économie sociale, 2,5 kg disparaissent avant leur retraitement ! Ces vols sont orchestrés au niveau des déchèteries ou des livraisons. « Il faut faire en sorte qu’un DEEE qui arrive sur site y reste », clame Christian Brabant, Directeur Général d’Eco-systèmes. Pour cela, la lutte contre le vol et le pillage en déchèteries va être intensifiée : Eco-systèmes prévoit 2 500 opérations de marquage des appareils et une meilleure traçabilité des retours livraisons.

Structurer les acteurs « orphelins »

Les acteurs dits « « orphelins » de filière sont les professionnels qui interviennent chez les particuliers : artisans, installateurs et cuisinistes. Ces derniers n’ont généralement pas accès aux déchèteries publiques et, en absence de point d’apport agréés, ils n’ont pas d’autre solution que de déposer les appareils désinstallés chez des récupérateurs de métaux ou chez des opérateurs de broyage.

Pour la plupart des DEEE en question, il s’agit de gros appareils : on dénombre ainsi environ 2 kg de chauffage/climatisation, 2 kg d’encastrable et 1,5 kg de chauffe-eau. Ces gros appareils échappent à la filière éco-organisée et vont alimenter les flux de mélange ferraille et les flux non identifiés. Eco-systèmes mise donc particulièrement sur ce gisement pour atteindre les objectifs de collecte en 2019.

L’éco-organisme va donc mettre en place une éco-organisation par contractualisation des récupérateurs et des opérateurs de broyage. Eco-systèmes espère éco-organiser 350 sites d’ici 2016 sur les 2000 à 2500 sites existants, sachant que le tonnage potentiel par site est d’environ 20 tonnes de DEEE par mois.

Eco-systèmes va également développer la collecte auprès des opérateurs de broyage. Ceux-ci sont approvisionnés par les récupérateurs, ou directement par les artisans, les installateurs, les poseurs et quelques particuliers. D’ici 2016, Eco-systèmes espère regrouper l’ensemble des 54 opérateurs existant. Leur tonnage potentiel est d’environ 40 tonnes par mois par site.

Ne pas déposer ses DEEE sur le trottoir !

Déposer un DEEE sur le trottoir, est-ce un geste pertinent ? Pas vraiment selon Eco-systèmes. Car, ce qui se passe en réalité est que sur les 3 kg déposés en moyenne, 2 kg vont nourrir une collecte informelle par des acteurs non identifiés : il n’y a aucun contrôle, aucune dépollution et aucun recyclage. Le kilogramme résiduel va nourrir les encombrants de la ville. La collecte se fait en mélange avec les autres encombrants et les appareils ne sont plus recyclables. Ils partent alors à l’incinération ou à l’enfouissement.

 « Sur ces 3 kg, nous en avons 2 qui sont quasiment immédiatement pillés et il ne reste sur le trottoir que des carcasses », confie Guillaume Duparay, Directeur Collecte et Relations Institutionnelles chez Eco-systèmes. Cette collecte informelle, par des acteurs non identifiés, avec des petites camionnettes pose une difficulté. Il reste au sol des carcasses qui peuvent en plus représenter des difficultés pour les agents des villes », précise-t-il. Dans les encombrants classiques, même les DEEE qui restent sont mis dans bennes tasseuses et ne peuvent pas être récupérés.

Pour capter ces appareils qui sont déposés dans la rue, Eco-systèmes souhaite proposer de nouveaux dispositifs aux collectivités locales. L’éco-organisme va ainsi encourager les communes à sortir les DEEE des consignes « encombrants », et densifier le réseau de points collecte dans les grandes villes, notamment via le développement de collectes de proximité, via des déchèteries mobiles, des collectes solidaires ou d’autres points d’apport de proximité.

De premières expérimentations de collectes de proximité ont eu lieu dans le XIe arrondissement parisien. Ce type de collecte va être étendu aux autres arrondissements de la capitale en 2014, puis sur l’ensemble des grandes villes françaises l’année prochaine.

Enfin, encore 1 kg d’appareils est jeté dans la poubelle. Eco-systèmes continue la sensibilisation pour leur préférer plutôt l’un des 5500 meubles verts. Un doute ? Rendez-vous sur le site d’Eco-systèmes pour découvrir l’option de collecte la plus proche de chez vous !

Auteur : Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


La rédaction vous conseille aussi :