Pendant que la France lutte contre un épisode de pollution aux particules fines, la Chine prévoit de lutter contre la pollution de son air à l’aide de drones ! Si ce n’est pas aussi dangereux que de la géo-ingénierie (manipulation délibérée du climat), cette décision pourrait toutefois ne pas être sans conséquence…

drone pollution chine

Les tes ont commencé pour vérifier l’efficacité du drone. © Hao Tongqian/REX

En France, un épisode de pollution atmosphérique aux particules fines a sévi durant une semaine. Mais depuis plusieurs mois, un nuage récurent de pollution recouvre Pékin, faisant craindre des impacts sanitaires graves. Le 5 mars, le Premier ministre Li Keqiang a réagi à l’Assemblée nationale populaire, le Parlement chinois, en lançant une « guerre à la pollution » et un vaste plan de réduction d’émissions des industries lourdes et de l’automobile. Il qualifie cette pollution « d’avertissement de la nature face à un modèle de développement aveugle et inefficace ».

Alors qu’en France, nous avons testé la circulation automobile alternée et la gratuité des transports publics, le constructeur Aviation Industry Corporation of China (AVIC) a proposé les services de son drone anti-pollution au Gouvernement chinois. Doté d’une aile de parapente, il peut charger jusqu’à 700 kg de substances chimiques – trois fois plus qu’un avion habituel – et les disséminer dans une zone de 5 kilomètres à la ronde. Les produits chimiques gèleraient les particules présentes dans l’air et les feraient retomber au sol.

Ce genre de vaporisations est fréquent en Chine, mais ce sont les performances du drone qui sont nouvelles. A en croire le constructeur, en plus du nombre impressionnant de substances qu’il peut transporter, l’engin serait beaucoup moins cher et plus maniable que les drones déjà utilisés.

Les tests vont commencer ce mois-ci. S’ils s’avèrent concluants, les drones seront déployés à grande échelle dans le ciel de Pékin et dans les zones les plus polluées, notamment au-dessus des ports et des aéroports.

Des drones dangereux ?

Combattre la pollution par des produits chimiques, cela peut sembler quelque peu farfelu. L’idée est d’asperger le ciel de tonnes de produits chimiques, pour faire geler les particules. Elles retomberont donc, avec ces produits chimiques sur la ville et ses habitants. Quelles seront les conséquences sanitaires ? Puisque la composition des produits chimiques n’a pas été dévoilée, il est impossible de répondre à cette question.

Ce qui est sûr, c’est que ces particules ne pourront pas être balayées. Une fois solidifiées, les particules tomberont sur les toits des immeubles, sur les routes et les habitants. Une partie sera vraisemblablement remportée par le vent, mélangée avec de nouveaux polluants. Pas sûr que cela soit très efficace.

Le grand public ne se laisse d’ailleurs pas berner. Ce projet coûterait 63 millions d’euros et, selon le journal Ta Kung Pao, repris par Reuters, les internautes ont du mal à croire aux solutions miracles et réclament des mesures plus solides sur les réseaux sociaux. Selon l’académie des sciences sociales, la pollution atmosphérique tue chaque année 350 000 à 500 000 Chinois.

Un plan pour diminuer la pollution atmosphérique

Heureusement, ce projet est accompagné de vraies solutions pour prendre le problème à la source ! La Chine tire 70 % de son énergie du charbon. Ajoutez à cela une industrialisation rapide et vous obtenez un taux de particules fines dans l’air très préoccupant. Ce taux serait trente fois supérieur au seuil recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé. Il faudra donc plus que quelques drones pour y mettre fin !

Pour contrer le problème, le Premier ministre chinois cherche à réduire l’utilisation massive du charbon et de véhicules polluants. « 50 000 chaudières à charbons seront supprimées cette année » et « six millions de véhicules anciens (…) seront mis à la casse » a-t-il précisé. Mais le pouvoir ne veut toutefois pas d’une croissance économique inférieure à 7,5 % pour 2014. Les experts s’interrogent donc sur la mise en œuvre réelle de ces engagements. Bref, le nuage n’est pas prêt de se dissiper…

Auteur : Matthieu Combe, pour Techniques-ingenieur.fr


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