En France, 47 % des papiers sont recyclés, contre 75 % en Allemagne et 64 % en Espagne. L’objectif est d’atteindre 55 % en 2016, 60 % en 2018 et plus encore à l’avenir ! Découvrez notre entretien avec Géraldine Poivert, Directrice Générale d’Ecofolio, pour tout savoir sur le recyclage de vos papiers !

Géraldine Poivert, directrice générale d’Ecofolio. © Ecofolio

Eco-organisme agréé par l’Etat, Ecofolio est en charge de la collecte et du recyclage des papiers en France. Créée en 2006, Ecofolio est une société privée à but non lucratif, agréée par l’Etat. Son action d’intérêt général consiste à mobiliser, orienter et accompagner les acteurs de la filière de la collecte et du recyclage des papiers. Les émetteurs de papiers qui diffusent, distribuent ou fabriquent des papiers sur le marché français doivent donner à Ecofolio une éco-contribution à travers le dispositif de Responsabilité Elargie du Producteur (REP). L’éco-organisme reverse ensuite cette contribution sous forme de soutiens financiers aux collectivités locales en charge du service public de gestion des déchets. Son rôle est également de limiter l’usage de produits perturbateurs du recyclage, tels que certaines encres ou colles, par exemple.

Natura Sciences : Du bois « frais » est toujours nécessaire à la fabrication du papier en complément du recyclage. Est-on obligé de rajouter du bois du fait que la fibre recyclée est abimée ou uniquement parce qu’il n’y a pas assez de papier recyclé ?

Géraldine Poivert : La principale raison du besoin de fibres neuves ne vient pas du phénomène de dégradation des fibres au fil du recyclage. Cela vient de la proportion importante (plus de 53 %, puisque nous avons un taux de recyclage de 47 %) de papiers qui finissent dans les ordures ménagères résiduelles car les usagers ne les ont pas jetés dans la collecte sélective. Ensuite, sur les tonnages collectés sélectivement, certains papiers récupérés vont être recyclés dans des filières du type emballage ou ouate de cellulose/tissue. Ce sera autant de matière à remplacer dans la filière graphique. Si, avec beaucoup d’imagination, 100 % des papiers étaient jetés dans le bac de collecte sélective et que 100 % des papiers graphiques récupérés étaient orientés dans la boucle graphique, les besoins de renouvellement de la matière (besoin de fibre vierge) serait de l’ordre de 5 à 10 % pas plus, à cause des phénomènes de dégradation de la fibre.

Natura Sciences : D’où viennent les fibres vierges de pâtes à papier ? 

Géraldine Poivert : On importe en France peu de papiers graphiques récupérés. Il n’en va pas de même de la pâte à papier vierge. L’industrie papetière française est très importatrice de pâte vierge : environ 57 % (soit environ 1,6 million de tonnes).  Le taux d’export des papiers-cartons récupérés en France était de 41,3 % en 2011 contre 37,8 % en 2010. Le taux d’export des papiers graphiques récupérés en France était de 17 % en 2011 (source Revipap) contre 21 % en 2010.

82 % des tonnages soutenus par EcoFolio sont recyclés sur le territoire français (soit environ 1 million de tonnes). EcoFolio, par son dispositif, soutient donc l’industrie française et les usines locales. Par ailleurs, 97 % des papiers soutenus par EcoFolio sont recyclés en papier graphique. La matière première représentant un poste de coût important (près de 50% des coûts de production d’une usine papetière), c’est un enjeu de compétitivité fort qui joue en faveur du papier recyclé par rapport au papier vierge. Le papier recyclé est une alternative rentable. L’enjeu pour EcoFolio est d’en garantir l’accès à moindre coût pour les usines.

Toute la logique de l’économie circulaire, ou société du recyclage, vise bien à garantir la pérennité de la filière en rationalisant le tri et la collecte, pour maîtriser les coûts et capter plus de vieux papiers.

Concrètement, dans son nouvel agrément, l’éco-organisme prévoit une garantie de reprise et définit un principe de proximité. Une collectivité sera assurée de voir les papiers qu’elle a récupérés pris en charge pour leur recyclage. Les vieux papiers sont une ressource proche et régulière pour l’industrie, il ne faut pas s’en détourner mais au contraire mettre en œuvre la dynamique de tri et de collecte efficiente pour la croissance durable de cette filière d’avenir.

Natura Sciences : Y a-t-il des papiers qu’il est déconseillé de recycler ?

Géraldine Poivert : Avec les papiers c’est simple : « Tous les papiers se trient et se recyclent » ! Suite au Grenelle II, EcoFolio a travaillé à la définition et à la mise en place d’un barème éco-différencié pour l’éco-contribution des papiers concernés par le dispositif de la Responsabilité Elargie du Producteur (REP). Les travaux ont consisté à identifier les éléments perturbateurs du recyclage.

Dès 2014, les barèmes d’EcoFolio fixant le montant de l’éco-contribution et les soutiens aux collectivités récompenseront les bonnes pratiques environnementales. Quatre familles d’éléments perturbateurs ont été identifiées, en lien avec le Centre Technique du Papier :

  • La teinte de la fibre avec les papiers colorés ou teintés dans la masse et les fibres « kraft »;
  • Certaines encres dont le désencrage est difficile comme les encres oxydables et les encres non hydrophobes;
  • Certaines colles générant des encrassements dans le process de recyclage;
  • La présence d’éléments non pulpables comme les vernis, les inserts ou échantillons, films ou fenêtre en plastique, … qui diminue le rendement fibreux d’un process de recyclage des papiers.

Natura Sciences : Plus précisément, quelles colles ou encres sont néfastes au processus de recyclage ?

Géraldine Poivert : Pour les encres, ce sont les encres non hydrophobes principalement. Cela concerne principalement les encres utilisées dans les procédés d’impression flexographique, ainsi que   celles utilisées dans les procédés d’impression numérique Jet d’Encre.

Pour les colles, elles sont nombreuses à pouvoir perturber le recyclage. Toutefois, nous avons pu identifier que les colles HotMelt mises en œuvre par exemple pour les dos-carrés-collés (livres, catalogues, annuaires…) ou encore pour le façonnage des enveloppes sont les colles les plus facilement traitables dans les process de recyclage. D’autres colles (PSA, Dispersion aqueuse…) sont plus fortement perturbatrices.

Tous ces éléments font l’objet d’études scientifiques précises qui sont actuellement approfondies. L’objectif d’Ecofolio n’est pas d’imposer un malus financier mais plutôt de promouvoir des solutions alternatives innovantes et plus écologiques auprès des metteurs en marché de papiers.

Natura Sciences : Ne faut-il donc pas éviter de mettre les papiers écrits (bic, stylo plume, encre fluo…) et les cartons souillés dans les poubelles de tri ?

Géraldine Poivert : Les papiers écrits ne posent pas de problèmes majeurs pour le recyclage. Même si certaines encres ne sont pas optimales, le taux de présence n’est pas assez élevé pour perturber significativement le recyclage. C’est une autre histoire lorsque les vieux papiers sont mélangés avec votre brique de lait ou votre bouteille d’huile et qu’ils se retrouvent abîmés !

Auparavant, les déchets papiers étaient triés à part. De nos jours, le mélange des emballages, des cartons, des plastiques et des papiers au sein d’un même bac s’est imposé alors que la plupart des pays européens continuent de séparer les papiers.  Or, mélangés aux autres déchets à recycler, les papiers se dégradent et sont difficilement recyclables. Peu efficaces sur le plan environnemental pour les papiers, ces dispositifs doivent être interrogés et rationalisés. Inviter les citoyens à trier séparément, dans un bac dédié, les papiers voire les cartons, si possible en apport volontaire, est l’une des voies à explorer avec les collectivités locales.

Natura Sciences : Y a-t-il une bonne prise en compte de ces questions par les industriels ?

Géraldine Poivert : Il est difficile de répondre à cette question sans faire des généralités. Les réalités sur le terrain et les contraintes industrielles sont très diverses… Dans toutes les catégories de papiers, certains produits vont être très bien éco-conçus, d’autres moins.

Le barème éco-différencié d’Ecofolio encouragera tous les émetteurs de papiers à prendre en compte les impacts, écologiques du produit et le coût de la gestion de son cycle de vie. Mieux conçus et éco-achetés, les papiers seront plus simples et moins coûteux à recycler.

En facilitant le recyclage des papiers à la fin de leurs vies, EcoFolio offre de nouvelles opportunités de croissance et d’innovation pour les industries de nos territoires : papiers, textiles, isolants, biocombustibles, chimie verte, etc.

Natura Sciences : Du papier du produire du papier… cela paraît évident. Mais par quels processus transforme-t-on le papier en textile, isolants, matériaux d’isolation et biocombustibles ?

Géraldine Poivert : Schématiquement, le papier est analysé suivant trois critères selon les experts : les propriétés mécaniques de résistance (traction, déchirure, éclatement, pliage, flexion avec la rigidité statique et dynamique, abrasion, compression, etc.), les propriétés optiques (blancheur, opacité, brillance, etc.) et les propriétés de fibre et de texture (recyclé ou pas, grammage, main, porosité, capacité à transmettre la lumière de manière homogène, perméabilité à l’air et aux liquides, etc.). Selon les variations de ces propriétés, divers procédés peuvent donner lieu à de multiples transformations des vieux papiers. La fibre cellulosique est un univers dont nous n’avons pas encore révélé toutes les potentialités et les débouchés industriels sont nombreux. Par exemple, l’isolant de cellulose ou isolant cellulosique, est un matériau de construction très prisé en « éco-construction ». C’est le premier isolant thermique entièrement écologique. Il est fabriqué à partir de journaux recyclés en majorité et de minerais.  Sa fabrication nécessite peu d’énergie et limite la pollution.

De façon générale, l’un des principaux axes de développement de la chimie verte aujourd’hui consiste à travailler sur les biomatériaux. La simple extraction et purification de biopolymères végétaux tels que la cellulose, peut trouver de nombreux débouchés dans les marchés du bâtiment, de la construction automobile ou de l’emballage. Nos papiers se recyclent en papiers, et nos vieux papiers sont nos cahiers et nos journaux de demain. Mais ils sont aussi beaucoup plus que cela… il est difficile de dire aujourd’hui toutes les vies que pourront avoir nos vieux papiers demain.

Natura Sciences : La presse et les livres ne contribuent pas à la REP papiers. Cela ne pose-t-il pas de problèmes aux collectivités pour financer la collecte ?

Géraldine Poivert : Nous sommes forcés de reconnaître que toutes les collectivités locales prennent en charge une quantité importante de papiers de la presse alors que ce secteur ne contribue pas à financer la fin de vie de ses produits (en France 33 % des tonnages de papiers sont exonérés d’éco-contribution dont la presse, les livres et les papiers liés à une mission de service public principalement)

Il est certain que l’application partielle de la REP papiers pose problème aux collectivités qui portent seules le poids du traitement des papiers de la presse, évalué à 50 millions d’euros par an. De plus, près de 1,2 million de tonnes de papiers de presse n’appliquent pas les politiques d’éco-conception que la filière met en place, ce qui freinent le recyclage.

Ecofolio milite depuis plusieurs années pour une REP universelle mais non uniforme, et préconise d’élargir le champ de la REP aux papiers exonérés. La participation à la REP pourrait s’organiser sous une forme non-financière et adaptée, telle que la mise à disposition d’espaces de sensibilisation au tri et au recyclage. EcoFolio négocie actuellement avec les syndicats de la presse une convention d’engagements volontaires sur cette base, mais ceux-ci ne participent qu’à reculons.

Natura Sciences : A peine 15 % des papiers de bureau sont triés aujourd’hui.  650 000 tonnes… est-ce uniquement le gisement des collectivités publiques ou de toutes les entreprises ?

Géraldine Poivert : Comme le précise la Convention du 6 février 2012 sur l’engagement volontaire des acteurs professionnels et des partenaires institutionnels de la collecte et du recyclage des papiers de bureau engagement volontaire :

« Dans leur ensemble, les déchets de papiers de bureau constituent un gisement important insuffisamment mobilisé et valorisé avec moins de 45 % de collecte pour recyclage. Pour un gisement estimé à plus de 900 000 tonnes (estimation 2009), plus de 500 000 tonnes ne seraient pas collectées séparément et donc pas recyclées. Les papiers de bureau mis en marché en France sont consommés à près de 25 % par les ménages et à un peu plus de 75 % par les entreprises. Lorsqu’ils deviennent déchet, près de 65 % se retrouvent dans le « circuit municipal », appellation qui désigne les circuits de collecte, séparés ou non, mis en place par les collectivités. Au sein de ce circuit municipal, le taux de collecte pour recyclage de ces déchets de papiers de bureau est estimé à 15 % soit 100 kt sur 650 kt pris en charge par les collectivités. Ces déchets de papiers de bureau sont très majoritairement recyclés en mélange avec les journaux, revues et magazines (catégorie 1.11 de la nomenclature européenne des sortes de papiers). »

En résumé, les 2/3 du gisement de papiers des bureaux sont collectés par le service public. Aujourd’hui ils ne sont pas toujours collectés en vue du recyclage (bac de « tout venant »). Le nouvel agrément d’EcoFolio met l’accent sur ces gisements contenant beaucoup de papiers bureautiques. Notre industrie en a besoin (il faut des papiers bureautiques pour faire des ramettes en papier recyclé). Aujourd’hui, moins de 10 % des ramettes sont produites à partir de recyclé. L’action d’Ecofolio se fera en partenariat avec les collectivités et leurs prestataires (opérateurs, acteurs de l’économie solidaire etc.).

Natura Sciences : « Ecofolio travaille sur des pistes de modernisation adaptées aux besoins de chaque collectivité et susceptibles de diminuer les coûts. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Géraldine Poivert : Tout l’enjeu est de trier plus et de collecter mieux en rationalisant et en modernisant les schémas de collecte et de tri industriel. La collecte en mélange des papiers peut générer des coûts élevés pour un gain de performance parfois faible. En effet, les taux de refus en centre de tri sont près de 10 fois supérieurs à ceux observés avec une collecte dédiée en apport volontaire (environ 20 % contre 2 à 3 %).

Durant son second agrément (2013-2016), Ecofolio proposera des appels à projets et des financements spécifiques (dits « accompagnent au changement » de 5 millions d’euros par an) pour les collectivités souhaitant améliorer leurs performances et mettre en œuvre des expérimentations sur le terrain.

Ecofolio participe aux côtés de l’État à une étude sur les coûts et les performances des schémas de tri et de collecte des emballages et des papiers dans le service public. Il accompagne également l’ADEME dans le cadre d’une étude dédiée à l’adaptabilité des centres de tri.

Suite à ces études, Ecofolio proposera des pistes de modernisation adaptées aux besoins de chaque collectivité et susceptibles de diminuer les coûts (nouveaux contenants dédiés aux papiers et outil de tri optique pour les centres de tri par exemple).

Propos recueillis par Matthieu Combe, fondateur du webzine Natura-sciences.com


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