Le continent africain abriterait actuellement moins de 700 000 éléphants alors qu’il en aurait compté environ 1 300 000 dans les années 1980. En Afrique de l’Ouest, l’aire occupée par l’éléphant ne couvre plus qu’environ 220 000 km2, la pression croissante des activités humaines sur les écosystèmes naturels (agriculture et élevage) a conduit à une réduction alarmante des habitats utilisés par les pachydermes.

éléphant d'afrique

Femelle et ses deux jeunes dans le parc de Mikumi en Tanzanie. © Renaud Fulconis/Awely

Le braconnage intense pour l’ivoire constitue une menace majeure pour l’avenir de cette espèce. Considéré comme menacée par l’UICN, et placé en Annexe 1 de la CITES en 1989, à la suite de la chute drastique des effectifs, l’éléphant est actuellement intégralement protégé dans son aire de distribution à l’exception de trois pays d’Afrique australe pour lesquels existent des dérogations pour le commerce de l’ivoire depuis 2002 (Afrique du Sud, Botswana et Namibie).

À la suite des mesures prises pour la réglementation du commerce de l’ivoire en 1989, les populations d’éléphants se sont petit à petit reconstituées, en particulier en Afrique orientale et en Afrique du Sud, où ces mesures fonctionnent avec efficacité. Cependant, cette évolution ne se constate réellement que dans des zones où la protection est suffisante. Ailleurs, la situation demeure précaire surtout dans le bloc continental et central où se trouvent des populations d’éléphants davantage isolées ou fragmentées. Le braconnage pour l’ivoire continue en Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale, en particulier, dans des pays où l’instabilité politique et le manque de moyens pour une sécurité efficace laisse presque libre accès à ceux qui en font le commerce (Kenya, Cameroun, etc.). Ainsi, des groupes entiers sont parfois abattus sans que les responsables ne soient jamais inquiétés. Cela a des conséquences sur le développement des défenses puisque les individus à petites défenses ont de plus grandes chances de survie que les autres. Ainsi, une proportion croissante d’individus ne développe pas de défense au cours de sa vie. Le commerce de l’ivoire, en lien avec la Chine est de nouveau en pleine expansion et menace les populations d’éléphants de toute l’Afrique centrale. Face à ce constat, la République du Congo perfectionne sa lutte contre le trafic d’ivoire.

L’éléphant doit aussi faire face à la dégradation de son habitat, car la plus grande partie de ses effectifs vit à l’extérieur des aires protégées. La pression humaine se fait plus imposante chaque jour et hommes et éléphants doivent à la fois se partager l’espace et les ressources. Les conflits avec les hommes deviennent une nouvelle menace majeure sur l’avenir de bon nombre de populations en Afrique, mais également en Asie. Chaque jour, ces animaux font des dégâts considérables dans les cultures, détruisent les habitations et les réserves de grain de villageois bien souvent déjà très pauvres. Aussi, dans de nombreuses régions, l’espèce n’est vue désormais que comme une source de problèmes constants et il n’est pas rare que les hommes demandent la mise à mort de l’individu responsable pour les pertes qu’il vient d’occasionner. Il est donc important de travailler au quotidien avec les communautés locales, notamment en les aidant à mieux organiser la répartition de leurs cultures, ou en leur proposant de faire pousser des céréales qui n’attirent pas les éléphants. Les barrières à piment, dont l’odeur fait fuir les éléphants, ont également montré que des solutions simples et peu onéreuses peuvent être couronnées de succès.

À l’exception de l’homme, les éléphants adultes n’ont pratiquement aucun prédateur naturel. Les éléphanteaux sont par contre souvent la proie des Lions (Panthera leo). En milieu naturel l’éléphant a une longévité d’environ 60-70 ans, s’il a la chance de ne jamais se trouver sur le chemin d’un braconnier qui en veut à ses défenses ou à sa chair.

Habitat et répartition

Les éléphants sont capables, jusqu’à une certaine limite, de s’adapter à différents environnements allant de la savane aux forêts primaires en passant par les plaines herbeuses, des régions marécageuses aux zones sèches. Ils peuvent occuper des habitats très variés, à condition que les ressources en nourriture et en eau soient suffisantes. Cependant l’éléphant de forêt, présent dans les régions d’Afrique centrale et de l’Ouest, semble, quant à lui, incapable de s’adapter aux habitats ouverts et son avenir soit directement lié à celui des forêts dans lesquels il vit.

L’aire de distribution de l’éléphant d’Afrique est particulièrement vaste, incluant les zones pré-désertiques (steppes sahéliennes du Mali, désert du Namib), l’ensemble des savanes soudaniennes et guinéennes, jusqu’à la forêt dense tropicale humide et jusqu’à une altitude de 4 000-5 000 m. On le trouve dans les pays suivants :

  • En Afrique centrale : Cameroun, Centrafrique, Tchad, Congo, République démocratique du Congo, Guinée équatoriale et Gabon,
  • En Afrique de l’Est : Érythrée, Éthiopie, Kenya, Ruanda, Somalie, Soudan, Tanzanie et Ouganda,
  • En Afrique australe : Angola, Botswana, Malawi, Mozambique, Namibie, Afrique du Sud, Swaziland, Zambie, Zimbabwe.
  • En Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

Cependant, la pression des activités humaines, la dégradation des habitats des éléphants et l’impact du braconnage ont considérablement modifié, morcelé et réduit cette aire de distribution.

Comment vit un éléphant d’Afrique ?

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Lutte entre deux mâles dans le cratère du Ngorongoro en Tanzanie. © Renaud Fulconis/Awely

Très intelligents (leur cerveau pèse cinq kilos) !, il a été démontré que les éléphants ont la conscience d’eux-mêmes, mais aussi un comportement incluant l’altruisme et l’empathie.

Les femelles passent leur vie dans de petits groupes de cinq à une quinzaine de femelles de la même famille et de mâles encore immatures. C’est la plus âgée d’entre elles, que l’on nomme la « matriarche » qui domine. Le groupe ne peut s’étendre à l’infini et lorsqu’il devient trop grand, les femelles parmi les plus âgées le quittent pour former leur propre clan. Les groupes de femelles ainsi constitués se rencontrent souvent et les interactions entre elles sont alors nombreuses. Si un groupe devient trop important, il s’éclate en deux mais les sous-unités demeurent proches l’une de l’autre.

De leur côté, les mâles mènent en grandissant une existence de plus en plus solitaire en bordure du groupe, passant plusieurs heures, voire plusieurs jours, à distance avant de prendre réellement le large lorsqu’ils atteignent 14 ou 15 ans. Ils peuvent cependant développer des interactions en s’approchant de groupes de femelles, mais aussi s’associer à d’autres jeunes mâles dans une situation similaire. Seul le mâle dominant, généralement un individu dont l’âge dépasse les 30 à 40 ans peut s’accoupler. C’est durant la période de reproduction que les interactions entre mâles deviennent les plus violentes. La femelle choisit de préférence un mâle de bonne taille et plus fort, c’est-à-dire le plus souvent plus âgé afin de donner le plus de chances à sa progéniture à venir.

Herbivores, les éléphants passent près de 20 heures par jour à la recherche de nourriture. Celle ci est composée d’une cinquantaine de plantes différentes en fonction de la disponibilité, mais aussi de leur apprentissage et de leurs propres tests. L’herbe est souvent l’aliment ingéré dans la plus grande proportion (de 30 à 60 %), puis viennent les feuilles, les tiges, les racines, l’écorce et dans une moindre mesure les fruits, les fleurs et les graines. Incapable de digérer la totalité de la nourriture ingérée, l’éléphant doit en avaler de grandes quantités. Il consomme quotidiennement environ de 4 % à 6 % de son poids de matière végétale, soit jusqu’à 300 kg qu’il prélève à l’aide de sa trompe. L’éléphant a besoin de boire de 100 à 300 litres d’eau par jour, parfois en une seule fois. Il a la capacité de sentir l’eau à une grande distance et a besoin de se baigner quotidiennement. Ces bains d’eau, et de boue, sont suivis de bains de poussière pour une protection contre les effets du soleil et des parasites. Il ne dort que quelques heures chaque jour. Ce temps de sommeil est réparti entre les heures les plus chaudes et la période qui précède le lever du soleil.

Comment reconnaître un éléphant d’Afrique ?

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Jeune parmi son groupe dans le parc du Lac Manyara en Tanzanie. © Renaud Fulconis/Awely

L’éléphant est le plus gros mammifère terrestre. La peau, épaisse mais souple, ridée et faiblement pigmentée, est de couleur grise à noirâtre. Elle est pratiquement nue à l’exception de longs poils raides et sensitifs au niveau de la trompe, des oreilles et du menton. Quelques poils persistent, disséminés, dans les replis formés par les rides. La peau peut être plus ou moins jaunâtre ou rougeâtre en fonction de la terre utilisée par les animaux lors de leurs bains de boue et de poussière. La tête, massive, au front convexe, présente trois caractéristiques essentielles : la trompe, pouvant atteindre 200 cm de longueur, flexible, les oreilles, très grandes, en forme d’éventail, à lobe pointu et pouvant atteindre 200 cm de hauteur et 150 cm de large et les défenses.

Auteur : Renaud Fulconis, Awely, des animaux et des hommes et Pierre Poilecot pour le Manuel des aires protégées d’Afrique francophone (extrait)


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